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Balade autour du Cosmosquare d’Osaka

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Tokyo et Osaka sont des villes côtières. On a tendance à l’oublier. Alors, afin de se rafraîchir la mémoire, il est bon d’aller faire un tour du côté d’Odaiba à Tokyo ou vers le Cosmosquare à Osaka. l’année dernière, j’avais déjà parlé de l’Aquarium d’Osaka ici. Le Cosmosquare est à une station plus loin.

En ce début d’été, il fait bon se promener vers le large et sentir son regard buter contre l’horizon et non contre le béton. Le vent côtier apporte fraîcheur et saveurs marines. Bien que le lieu ne soit pas formidablement joli, car en face, le port commercial et ses conteneurs occupent une bonne part de l’espace, globalement ça reste très agréable lorsque le temps est au rendez-vous.

Le Maritime Museum (designé par Paul andreu) et son surprenant dôme de verre arrondi les angles de ce polder rectangulaire gagné sur la mer qu’est le Cosmosquare. Globalement, le littoral au Japon est rarement exploité pour des moments de loisirs. Les risques naturels venant de l’océan ont depuis longtemps poussé les villes à implanter leur coeur vers les terres et non vers la mer. Ça fait donc plaisir de pouvoir se promener ici en ce moment.

En continuant ma promenade, j’atteins le ATC, un centre commercial a l’architecture étrange. À travers celui-ci, je sens l’envie de reproduire la recette d’Odaiba à Osaka. C’est assez maladroit, car cette zone reste assez peu fréquentée par les habitants et encore moins par les touristes. J’ai presque l’impression d’être seul dans ce centre commercial. Même le piano, trônant au milieu, n’est manipulé par personne. Alors qu’une douce mélodie jazzy sort de ses entrailles, les touches s’enfoncent comme si un pianiste fantôme manipulait l’instrument. C’est assez impressionnant comme sensation !

Ce n’est pas désagréable de se sentir presque seul dans une grande ville comme Osaka. J’explore, grimpe, balaie du regard tous les environs et sors sur la terrasse bordée de palmiers. Il semble que les couples aient pris l’habitude de cadenasser leur amour vers le large cédant leur destin à la mer et son vent iodé, cimentant leur pacte dans le temps par de la rouille. Je me demande si des couples brisés sont venus rouvrir leur cadenas ?

Avec 256 mètres, le WTC Cosmo Tower était le plus haut gratte-ciel de la ville d’Osaka, détroné aujourd’hui par la tour Harukas à Tennoji.

À l’intérieur, une oeuvre temporaire excentrique orne le hall d’entrée : un lutteur de catch qui fait un German Suplex à une voiture !

Délire et surprises font souvent bon ménage au Japon. Et dans un autre style, au 47e étage de la tour, la gente masculine pourra uriner avec vue sur la baie ! Rien que ça !

C’est donc sur le petit coin que se termine cette balade. Il est temps pour moi de revenir vers la ville, la vraie, celle qui vit, grouille et s’étend en profondeur vers les montagnes bordées de temples et sanctuaires.

L’île d’Okinawa

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MENSÔRE ! !

Voici comment on souhaite la bienvenue dans la langue locale d’Okinawa, l’Uchinaguchi, (qui est étonnamment proche du Coréen sur certains points).

Okinawa, et sa beauté tropicale, était la dernière grosse région qu’il me restait à découvrir au Japon. C’est avec une excitation non dissimulée que j’ai embarqué dans l’avion pour y aller. Accueilli à l’aéroport de Naha, la capitale de la région, par des étals d’orchidées et une humidité très élevée, j’ai tout de suite senti que j’étais sur des terres bien différentes du reste du pays. Et pour cause, ici, c’est l’ancien Royaume de Ryukyu, un pays à part conquis par le clan de Satsuma (actuelle Kagoshima) en 1609. Aujourd’hui, Okinawa a beau faire partie du Japon, ça reste une région particulière, unique même.

Mer turquoise, plage de sable blanc, corail et autres poissons multicolores forment cet archipel paradisiaque où les coquillages sont quelques fois si grands qu’ils peuvent servir de lavabo. La mer de l’île et ses récifs offrent de bons spots pour effectuer de la plongée sous-marine.

Okinawa se trouve sur le 26e parallèle de l’hémisphère nord. Ce qui correspond à peu près en latitude au Qatar. C’est la première fois de ma vie que je me suis senti ébloui par la lumière du soleil alors que celui-ci se trouvait derrière un rideau de nuages.

Palmiers, fleurs et autres végétations subtropicales sont omniprésents. Okinawa produit du sucre de canne, des petites bananes, des mangues, de succulent citrons verts nommés Shikwâsâ, ainsi que d’autres fruits exotiques. L’autoroute est par moment la plus jolie qu’il m’a été donné de voir dans ma vie, bordée d’hibiscus et de pins maritimes touffus et petits comme des hérissons. On comprend facilement qu’on se trouve ici dans le Nangoku, le pays du sud. C’est une réserve naturelle exceptionnelle pour la faune comme pour la flore.

Les visages des habitants sont souvent différents des Japonais. Les traits sont plus marqués, la peau plus mate. Les locaux sont réputés pour leur côté fêtard et leur amour de l’Awamori, l’alcool fort du coin. Ce dernier est quelquefois présenté dans un bocal avec un habu un serpent du coin, dont la morsure peut-être mortelle.

À Okinawa, la musique folklorique locale prend un aspect monumental. Elle est omniprésente. C’est une des attraits que les touristes recherchent en venant à ici et les habitants, leur rendent bien. Mais, c’est avant tout parce qu’eux-mêmes, étant très fiers de leur propre musique, ont grand plaisir à la partager. Comme le ukulele hawaïen, le Sanshin d’Okinawa est devenu un trésor touristique local.

Sur les cimes des montagnes et des collines aucun temple et sanctuaire. Les tombes d’Okinawa sont très différentes de celles du reste du Japon. Ce sont de petites maisonnettes de béton.

Le bouddhisme semble avoir eu moins d’influence ici que dans le reste du pays. Le shintô aussi est assez peu présent. L’identité d’Okinawa étant très marquée, les symboles religieux que l’on voit le plus ce sont les Shisa, les gardiens protecteurs des Dieux que l’on voit partout et qui prennent toutes les formes possibles, et même les plus comiques. J’en parlerai plus profondément lors d’un prochain article.

Okinawa connue pour être la terre du karaté. Il existe une danse masculine nommée Eisa, qui comporte des ajouts de diverses disciplines, à la fois musicales, théâtrales et martiales. C’est impressionnant à voir !

La cuisine n’est pas en reste avec différentes spécialités, mais surtout la production du fameux Goya, particulièrement bon pour la santé. Les habitants d’Okinawa sont réputés pour avoir la plus grande espérance de vie du monde.

À Okinawa où le niveau de pluviométrie enregistré par an est assez important, la vie n’est pas amusante tous les jours. L’île est régulièrement touchées par les vents forts produits par les nombreux typhons (cyclones) passant par là, apportant de très fortes pluies, couchant des arbres et agitant dangereusement la mer. Mais, il y a un effet bénéfique à tout ça car ces tempêtes seraient essentielles à la bonne santé des coraux.

Culture locale bien marquée, histoire intéressante sous influence chinoise et japonaise, architecture typique, gastronomie, musique folklorique etc. Voici la recette du succès. Okinawa est très attachante ! Il se dégage une belle force ici. Et si l’on connait déjà le Japon, l’expérience est troublante. Impossible de savoir distinctement si l’on découvre un nouveau pays ou simplement une nouvelle région du Japon. Tout semble différent et familier en même temps.

Okinawa une île qui a un son, celui du Sanshin, qui rythme sa vie quotidienne. Difficile de ne pas avoir envie de retourner dans son écho si captivant.

Mais, les Japonais n’arrêtent pas de me dire que plus au sud encore, en continuant vers Taiwan, les îlesYaeyama sont encore bien plus jolies. Un jour . . . oui, un jour assurément !

Odaiba

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Odaiba est en fait une île de la baie de Tokyo accessible via l’impressionnant pont Rainbow Bridge. Symbolisant la modernisation, Odaiba a toujours été à l’avant-garde. C’est une des premières îles artificielles (polder) gagnées sur la mer construite au monde. Tenez-vous bien, elle date de 1853 ! Sa fonction première était militaire. Elle devait servir de rempart pour empêcher les Occidentaux et leurs cuirassés de venir envahir le pays. De nombreux canons y furent installés et il en reste encore aujourd’hui.

Centres commerciaux, cinéma, grattes-ciels résidentiels, musées, centres d’expositions, hôtels et bureaux composent l’île en plein développement encore aujourd’hui. L’Oedo Onsen Monogatari représente assez bien l’esprit “entertainment” du lieu. Le bâtiment de la chaîne Fuji Tv, dessiné par Kenzo Tange symbolise l’audace architecturale.

La petite statue de la Liberté offre un réconfort à ceux qui n’auraient pas pu voir la vraie. Ok, c’est sympa mais quel est le rapport avec le Japon ? Odaiba voudrait-elle se donner des airs de Manhattan ?

C’est un peu ça Odaiba. Une terre nouvelle où l’on trouve tout et n’importe quoi.
Le dernier étage d’un centre commercial a prit les couleurs de Hong-Kong tandis que le 3e étage reproduit l’ambiance du Japon des années 50.

Un autre centre commercial s’est quant à lui inspiré de l’Italie.

Toyota expose tout son savoir-faire non loin de là.

Et Sega tente d’innover en matière de loisirs interactifs avec son centre Joypolis.

Pour ma part, j’aime mieux m’approcher du rivage et observer la ville, calmement bercé par le bruit des vagues. Le vent frais se fait sentir tandis que le soleil commence à se coucher derrière la Tour de Tokyo. Les nuages semblent s’être arrangés pour se positionner de telle façon que tout devient beau.

La nuit de va pas tarder et peu à peu, les lumières multicolores remplaceront le soleil. Mes doigts commencent à refroidir. Je les mets dans mes poches et me décide de rentrer. Direction la station de Daiba et son monorail automatisé Yurikamome sans chauffeur, slalomant entre les buildings et à travers le Rainbow Bridge et sa forme arquée. Qui a dit Pont de Brooklyn ?

Le volcan de l’île de Sakurajima

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Comme tous volcans, celui de l’île de Sakurajima a fière allure. On lui voue une admiration respectueuse mêlée d’une crainte envers la force naturelle de son cône fumant. Aussi contradictoire que cela puisse paraître, ce que craint l’homme il a tendance à le respecter.

Malgré le danger, des personnes vivent aux pieds du volcan. Malgré le danger, Kagoshima, une ville de plus de 600 000 habitants, se trouve non loin de là. Cette dernière est jumelée avec Naples et son Vésuve, toutes les deux se tenant par la “manche volcanique”. Demain peut-être, les deux cités seront rayées de la carte. Les habitants sont fatalistes et prennent ça avec le sourire. Souvent, pour rien au monde ils n’iraient vivre ailleurs malgré le risque et les inconvénients quotidiens.

Le cône est fumant quasiment tous les jours et les petites éruptions de fumées sont régulières. En outre, même lorsque le volcan est calme, l’air est chargé de poussière, et presque chaque jour il faut enlever les cendres grisonnantes accumulées sur les voitures et nettoyer les vitres des maisons.

Certains cimetières ont des petits toits au dessus des stèles funéraires afin de les protéger de la poussière de cendre qui se dépose sans discontinuer.
Les enfants de l’île vont à l’école avec un casque de chantier sur la tête en prévention des expulsions éventuelles de cailloux.

source : http://photo2.si.edu

Lors d’une éruption en 1914, l’île a cessé d’en être une après qu’une coulée de lave se soit étendue dans le détroit et se rattache au littoral obligeant le pays à redessiner ses cartes. Aujourd’hui, Kagoshima est devenue plus accessible que jamais grâce aux nouvelles lignes de Shinkansen. L’occasion de découvrir cette pointe sud de l’île de Kyushu, charmant territoire de l’ancien clan des Satsuma, par là même où les premiers Occidentaux arrivèrent Japon ; apportant la croix et les fusils.

Diaporama de photos prises au Japon après le 11 mars 2011

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Voici un Diaporama de photos prises au Japon après le 11 mars à travers les villes d’Osaka, Kyoto, Kobe, Ikeda, Tokyo, Abiko ainsi que sur les îles d’Awajishima et d’Okinawa.

Le but de cette vidéo est de montrer que le Japon continue de vivre. Beaucoup de personnes dans le monde s’imaginent que le pays tout entier est en deuil permanent, que le moral est à zéro, que les gens restent chez eux et que les sourires sont rares. Ceux qui sont au Japon en ce moment savent que ce n’est pas tout à fait vrai.

Depuis le 11 mars, on a montré dans les médias des images de lieux dévastés du Japon en occultant presque ce qui a résisté. Ça aide beaucoup à se faire une idée fausse de la situation réelle sur place et à s’imaginer que tout le pays est touché, voir dévasté.
L’objectif n’est pas de dire ce qui est vrai ou faux concernant le Japon, ni de polémiquer, mais de rééquilibrer un peu l’information. Ensuite, libre à chacun de penser, d’interpréter et de faire ce qu’il veut.

Les pertes économiques pour le Japon sont énormes. Aussi, la fuite des touristes étrangers n’arrange pas les choses. Là aussi, c’est un gouffre important. Peut-être qu’en voyant ce diaporama, certaines personnes finiront par se dire que finalement, il est possible de voyager au Japon puisque les attraits dont il dispose semblent toujours-là.

Comme je l’avais écrit dans un de mes articles sur mon blog, “Visiter le Japon est une marque de solidarité“.

N’hésitez pas à partager ce diaporama où vous le voulez comme vous le voulez. Je vous remercie d’avance pour votre soutien. Plus nombreux nous serons, plus grande sera notre voix.

En espérant que les choses évoluent le plus rapidement possible dans le meilleur sens qu’il soit.
Une dernière pensée pour les vraies victimes de cette catastrophe qu’il ne faut pas non plus minimiser et envers laquelle il faut rester tout de même prudent.

Faute de moyens, cette vidéo est un simple diaporama. J’aurais voulu faire quelque chose de plus ambitieux. J’espère néanmoins que le message passera et que ça vous plaira.

Balade nocturne à Shibuya après le 11 mars

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Prendre le pouls de la ville de Tokyo. Voilà ce que j’ai plusieurs fois cherché à faire lors de mon dernier passage, fin avril, dans la capitale japonaise. Une simple balade nocturne dans le quartier de Shibuya, permet de se faire une idée globale de la situation actuelle.

Setsuden (économies d’électricité) est un mot qui revient souvent. Aussi troublant que ça puisse être pour ceux qui connaissent Tokyo, la ville n’en est pas pour autant sombre. Elle est juste moins éclairée. C’est ainsi qu’il faut prendre la chose.

Une simple promenade à Shibuya me prouve à quel point peu de choses ont changé ici. Je ne vois rien dans le comportement qui me rappelle la catastrophe du 11 mars. La jeunesse déjantée de la ville se retrouve comme toujours ici, cherchant sa voie, défiant les modèles établis par les générations précédentes, apportant de la fraîcheur ainsi qu’un brin d’occidentalisation et d’individualisme et donc aussi, par extension, une légère indiscipline.

Dans ce coeur névralgique de la capitale, l’ambiance est là, aussi charmante et bruyante qu’à l’accoutumée. Les ados et leur “nouveau rapport au corps” s’affichent sans vergogne en tant que personne divisible du collectif. S’afficher pour exister . . .
Shibuya est un théâtre dont les panneaux publicitaire servent plus de spots pour éclairer la scène que pour véhiculer un message commercial.

Je finirai par citer Augustin Berque :

“Chacun vient là mettre sa corporéité en scène et apprécier celle des autres, à l’affût des consonances et dissonances, guettant les variations créatrices dans les comportements et les habillements, qui, à chaque instant, remettent en jeu le devenir des modes.”

“Zeami (1363-1443), grand acteur, auteur et théoricien du théâtre de No entendait que le véritable acteur doit être capable de maîtriser ses gestes comme s’il se voyait lui-même de loin, et même de dos ; c’est-à-dire capable non seulement de se regarder comme dans une glace, mais de se voir comme à partir de l’endroit que l’on regarde (c’est que Zeami appelle kensho no ken, le regard du lieu regardé)”

Golden Week en Jazz

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Le 29 avril était un jour férié au Japon. Celui-ci annonce le début de la Golden Week, une courte période de vacances au Japon. Je me balade aujourd’hui armé uniquement de l’appareil photo de mon téléphone portable.

Dans le parc d’Inokashira à Tokyo, c’était un jour férié comme les autres. Des couples, des sourires, des forains, des musiciens, des effluves de grillades et autres bonnes odeurs, des pique-niques familiaux, etc. le tout dans une ambiance apaisée et agréable, harmonieuse et sans contraintes.

Un concert de jazz en plein air a eu lieu, assuré par une troupe de lycéens. Oui, des lycéens qui font du jazz ! Le genre de petits détails que je ne vois jamais en France. Sans dire que ça n’existe pas, je constate juste que je n’ai jamais eu la chance d’en voir dans mon pays natal alors que ce n’est pas la première fois que je suis étonné par des choses similaires au Japon.

Des écrans dans les gares indiquent la consommation électrique en direct. Les économies sont toujours bien assurées. Le contexte particulier dans lequel les Japonais se trouvent en ce moment n’est pas oublié. Mais ça n’empêche pas pour autant les peintres de faire danser leurs pinceaux.

Visiter le Japon, c’est une marque de solidarité

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On parle beaucoup de solidarité envers le Japon. C’est très bien, et je soutiens toutes les initiatives allant dans ce sens. Mais la plus belle solidarité qu’on puisse montrer envers ce pays c’est encore d’y aller. La non-venue des touristes est une perte économique énorme pour le Japon. Ce n’est pas aider le pays que de refuser de s’y rendre alors que l’ambassade de France ne le déconseille plus. En y voyageant, on contribue à redynamiser l’économie. Pour ceux qui ont encore peur d’y aller, sachez que le Japon n’est pas un petit pays. En superficie, il est plus grand que l’Allemagne et il s’étend sur presque 3000 kilomètres du nord au sud.

Pour les Japonais, c’est une joie que de sentir que leur pays ne fait pas peur. Voir des touristes jouir des attraits de son propre pays fait toujours plaisir, n’est-ce pas ? Les sourires deviennent réciproques et se chargent d’un sens plus fort encore. La vie peut avancer dans une ambiance meilleure. Visiter le Japon, c’est une marque de solidarité.

Je suis arrivé à Tokyo mardi matin. Je retrouve la ville comme je l’ai laissée. À quelques petits détails près.

Hier soir, je suis allé rapidement à Akihabara, le quartier de l’électronique de Tokyo. Là-bas, j’ai pu obtenir une vue globale de la situation dans la capitale japonaise. Mis à part les économies d’électricité, tout est comme à l’accoutumée. J’ai remarqué tout de même que les touristes sont moins nombreux dans ce quartier, pourtant très prisé par eux.

Le Japon est toujours fidèle à lui-même, tel que je l’aime. Avec par exemple ce vendeur de fruits et légumes ambulant posté devant le Yodobashi d’Akiba, un des plus grands magasins d’électronique du monde.

En Europe, un mois et demi après le 11 mars, on parle quelques fois de reprise au sujet du Japon. Pour ceux qui sont sur place depuis le début, c’est assez bizarre d’entendre ça, car il n’y a tout simplement jamais eu d’arrêt.

Susumu, un homme de la mer – inspiré de faits réels

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(Texte lu dans le cadre d’une soirée d’artistes sur la péniche Anako à Paris, en soutien au Japon)

Sur la petite île d’Oshima, au nord de la baie de Matsushima dont le poète Basho louait la beauté, vit un marin de 64 ans, passionné par son métier et spécialisé dans la pêche d’ormeaux. Il se verrait bien continuer de travailler jusqu’à la fin. S’arrêter un jour ? Peut-être, mais pour faire quoi ? Depuis son adolescence il est sur un bateau. Sa petite île, il la connait par coeur. Le vent iodé qui lui caresse le visage au large, il ne peut s’en passer. Et la douce silhouette des collines d’Oshima grandissant à l’horizon, lorsqu’il regagne le port, lui cause toujours de l’émotion. C’est la terre de ses ancêtres et il aime visiter la région à bord de son bateau, le Himawari, le tournesol.

Mercredi 9 mars 2011, après un tremblement de terre peu inquiétant, il y eut une alerte au tsunami. La vague qui arriva sur le rivage d’Oshima faisait environ cinquante centimètres. Des phénomènes comme celui-ci, le marin en avait tant vécu, qu’il ne les comptait plus. Après cet évènement, les habitants d’Oshima restèrent vigilants. Par expérience, ils savaient que les tremblements de terre retentissent toujours plusieurs fois.

Le vendredi 11 mars, en début d’après-midi, alors que le marin se promenait autour du port, sa vision commença à légèrement basculer de gauche à droite. Cette sensation, il ne la connaissait que trop bien. Un tremblement de terre débutait. La terre se mit à trembler de plus en plus fort. Le roulis, sur son bateau, le marin en avait l’habitude; mais des sensations marines en pleine terre , ce n’était pas rassurant ! Les vagues de secousses se faisaient  de plus en plus fortes et amples. Autour de lui, les gens montraient des visages inquiets. Il sentait son coeur cogner fort dans sa poitrine. De quel genre de séisme s’agissait-il ? Jamais, non, jamais, il n’avait ressenti une telle force provenir des tréfonds de la terre. Il était impossible d’avancer, de marcher et même, pour certains, de se tenir debout. Les étals, autour de lui, se vidaient dans un fracas asourdissant. Tout s’écroulait. Les oiseaux tournoyaient dans les airs. Les voitures semblaient se déplacer toutes seules. Les arbres et les immeubles dansaient sur le même rythme inquiétant, orchestré par la terre. Des cris se firent entendre. Les tuiles des maisons tombaient les unes après les autres et les vitres des fenêtres volaient en éclats. Le marin chercha du regard si quelqu’un avait besoin d’aide. Certaines routes se fissuraient sous ses yeux, comme si l’on ouvrait les entrailles du monde. Près du port, un hangar s’effondra, il vit des hommes courir pour s’en éloigner.
Puis, petit à petit, les secousses se calmèrent jusqu’à s’estomper. La plupart des gens restaient sans voix. Le marin demanda autour de lui si tout le monde allait bien. Heureusement, rien de très grave ne semblait s’être passé sous son regard. Il aida des gens à se relever et vérifia que personne n’était enfoui sous les débris du hangar.

Par la suite, une alerte à un puissant tsunami fut lancée. Les habitants allèrent se réfugier dans les hauteurs de l’île. Le marin aussi s’apprêtait à faire comme les autres lorsqu’il aperçut, au loin, son bateau, le Himawari. Avec un tremblement de terre d’une telle ampleur, le tsunami allait sans doute tout ravager sur son passage et détruire tout moyen de communication entre son île et l’extérieur.
Il lui vint alors une idée folle dont les chances de réussite étaient très faibles. Tandis que les habitants d’Oshima allaient s’abriter dans les montagnes, lui, à contre-sens, courût vers le port. Il monta dans le Himawari, et salua du regard le reste de la flotte. Une fois sorti du port, il enfonça la manivelle au maximum et se dirigea vers le large.

Il avait décidé de foncer tout droit sur le tsunami. Ainsi, il aurait peut-être l’infime chance d’éviter la destruction de son bateau. La peur, l’appréhension, bien sûr qu’il les ressentait. Mais, le sens du devoir était le plus fort. Il faut bien que quelqu’un se sacrifie pour sauver les autres. C’est ainsi qu’il a été éduqué. Aujourd’hui, à 64 ans, il était déterminé, seul face à l’immense univers des choses, réduit à la taille d’un grain de poussière silencieux au milieu de la mer. Il ne pouvait plus reculer.

Après quelques minutes, il vit arriver les premières ondulations en guise d’avertissement. Par le passé au cours de violentes tempêtes, il lui était déjà arrivé d’affronter des vagues de cinq mètres. Mais là, c’était different. La ligne d’horizon disparût soudain lorsque son bateau s’enfonça dans le creux d’une vague immense. Il ne sentait plus le vent sur son front. Tout était étrangement calme. Il eût envie de crier pour briser ce silence. Les reflets argentés de la vague et ses millions de petites tâches contrastées en mouvement étaient aussi beaux que saisissants. Le bateau tournait à plein régime pour remonter cette vague qui semblait sans fin. Il se prit pour un fou d’avoir fait un tel choix. Il oublia qui il était. Il n’existait plus. Il s’était lancé et il était pris au piège.
Le son revint avec une force retentissante. Lorsque le Himawari atteignit le haut de la vague, il paraissait être sur le toit du monde. Les alentours semblaient bas, lointains et petits. Le marin vit alors d’autres vagues tout aussi grandes en approche. Elles devaient faire presque vingt mètres de haut. Jamais, il n’aurait pensé devoir, dans sa modeste vie, défier un tel ennemi! Cette immense vague n’était que la première. Il guida son bateau au travers des passages les plus indulgents. Tenir. Ne pas sombrer. Plusieurs fois, la proue du Himawari se planta dans l’eau et la mer recouvrait le corps du bateau, ruisselant par tous ses orifices. Une, deux, trois, quatre vagues démesurées passèrent, et lui s’étonnait d’être toujours là, sur son bateau, bravant toutes les éclaboussures possibles. La mer était encore endiablée, mais les vagues de quelques mètres lui semblaient être une partie de plaisir à présent. Il ne savait pas combien de temps il avait combattu le tsunami. La notion du temps semblait altérée. Minute, seconde, il ne voyait plus la différence.

Un sourire lui vint aux lèvres devant le miracle de sa réussite mais la réalité le rattrapa rapidement lorsqu’il imagina les dégâts que de telles vagues allaient causer sur sa petite île. Après quelques minutes, il fit volte-face et se dirigea vers Oshima, appréhendant autant sa future rencontre avec la belle silhouette de son île que sa rencontre précédente avec les vagues du tsunami. Lorsqu’il arriva sur Oshima, tout semblait détruit. Les bateaux du port avaient, pour la plupart, fini à l’intérieur des terres, percés par les rares bâtiments encore debout. Les débris avaient recouvert l’île jusqu’aux abords des collines. De l’eau s’écoulait encore en sens inverse rejoignant la mer, quand elle ne restait pas emprisonnées par les digues anti-tsunami…
Le marin ferma les yeux et une larme coula sur son coeur.

Pendant les semaines qui suivirent, le Himawari fut le seul navire opérationnel pour transporter des gens et des vivres entre l’île d’Oshima et l’extérieur.

Le marin du Himawari s’appelle Susumu Sugawara.
Sa destinée était peut-être toute tracée, car Susumu en japonais, cela veut dire avancer. . .

Je tiens à remercier tout particulièrement Montaine pour son aide et ses précieux conseils.
Un grand merci aussi à tous les participants de cette soirée de soutien.