All Posts By Angelo Di Genova

Le Japon va refleurir

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Malgré tous les évènements, la nature continue sa marche. Catastrophe ou pas, il est temps pour les cerisiers de fleurir. Tout le monde accueil l’évènement avec joie car c’est particulièrement symbolique cette année. Ces cerisiers et leurs belles fleurs nacrées de reflets parfois roses, apportent du baume au coeur des Japonais et permettent d’avancer, de reconstruire, de comprendre que la vie est un cycle.

La floraison lance donc la fête que l’on appelle Hanami. Je vous invite à voir l’article que j’ai écrit à ce sujet l’année dernière – cliquez ici
Comme c’est le cas avec la saison Koyo, qui correspond au rougissement des feuilles en automne, un tableau est affiché dans les gares de la compagnie Hankyu annonçant l’avancée de la floraison en fonction des lieux emblématiques où admirer les cerisiers.

Nous sommes donc à l’orée du Hanami. Cette année, il résonnera de manière particulière, mais la floraison sera bel et bien fêtée comme chaque année. J’en parlerai sûrement dans ce blog d’ici quelques jours, lorsque j’aurai pris des photos.

Une journée de sérénité

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Assis seul en silence
J’aperçois une lueur au fond de mon coeur
Il se passe trop de choses chez les hommes
Comment pourrais-je oublier ce monde intérieur ?
J’ai par hasard obtenu une journée de sérénité
J’ai compris cent ans d’agitation
Où pourrai-je garder cette nostalgie lointaine ?
Sinon dans le ciel vaste où règnent les nuages blancs

– Natsume Sôseki –

Et pendant ce temps-là . . . à Kyoto

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Kyoto, Dimanche 13 mars 2011

Bilan à cette date : environ 1800 morts et disparus suite au séisme et au tsunami qui a frappé les régions du Kanto et du Tohoku.

Ici, il fait beau. Là-bas, il pleut.
Ici, les abeilles butinent les premières fleurs. Là-bas, les flocons de neige rappellent que le printemps n’est pas pour l’heure.
Ici, c’est comme si rien ne s’était jamais passé. Là-bas, c’est comme si plus rien ne subsisterait.
Le contraste fait peur. La valeur de ce simple quotidien paisible grandit avec l’impression d’être dans une région privilégiée, celle-là même qui tremblait en 1995 avec le séisme de Kobe.

Dimanche à Kyoto. Le temps splendide est idéal pour une belle promenade. Kyoto et ses temples. Kyoto et sa richesse touristique. Je la retrouve fidèle à elle-même. Mis à part quelques détails.

Les bus circulent normalement

Sur le pont de Shijo, non loin du théâtre Kabuki Minami-za, des bonzes sont installés comme toujours

Belle journée pour les motards

Un guitariste, installé près de l’entrée de la compagnie de train Keihan

À côté, 4 Japonais récoltent de l’argent pour aider les victimes :
“Please Help Something Earth Quake in Tohoku”

Les couples sont de sortie et profitent des installations prévues pour le Hanami

Les enfants jouent avec les pigeons du parc Maruyama

Les appareils photos continuent de chauffer

Une radio, diffusant les informations de la NHK, a été installée sur un trottoir par un magasin

On se photographie sous les pruniers en fleurs

Les “ema”, des tablettes de voeux sont parfois dédiées aux victimes. Celle-ci, a été écrite par des étrangers

Les gens prient. Peut-être un peu plus que d’habitude . . .

Le destin semble s’être acharné contre les habitants de la région sinistrée. Est-ce juste ou pas ? La nature ne décide pas si une chose est juste ou pas. Elle fait son oeuvre sans s’en soucier. Tantôt généreuse, tantôt cruelle, on le sait, la nature ce qu’elle t’a donné, elle se réserve le droit de te le reprendre.

Ça ne vaut pas grand-chose, mais je soutiens toutes les personnes touchées par la catastrophe et espère que les choses reviendront dans l’ordre autant que possible.

Et pendant ce temps-là . . . à Osaka

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Osaka, 12 mars 2011, 19h48

Aujourd’hui, à Osaka, c’est avant tout un samedi. Et qui dit samedi, dit sortie nocturne. Les rendez-vous sont fixés aux pieds du centre commercial Hep-Five. Une fille attend son petit-ami portable à la main. Une rabatteuse d’un restaurant présente d’alléchantes réductions pour une pinte de bière.

Je parle d’Osaka car c’est là que je me trouve. Je parle de tout ça pour montrer ce qui s’y passe parallèlement à la catastrophe que vit une partie du Japon et dont les images tournent en boucle à la télévision.
Le Japon sous les vagues, le Japon détruit, le Japon des réfugiés, le Japon sous les risques radioactifs ; tous ces Japon-là existent. Mais un autre Japon poursuit sa vie presque normalement. Un Japon quotidien, classique dont personne ne parle mais qui existe bel et bien.

Osaka, 12 mars 2011, 19h13

À travers les médias, qui ne montrent que les zones sinistrées, on peut facilement s’imaginer que le pays tout en entier pris dans les problèmes. Mais la réalité est bien différente. Lorsque je regarde par la fenêtre de mon logement, je vois la vie paisible que je connais bien se dérouler sous mes yeux. Lorsque je regarde dans l’encadrement de la télé, je reste bouche bée devant les dégâts et ne sais quoi faire pour soutenir les victimes, culpabilisant presque d’être tout à fait à l’abri au sein même du pays catastrophé. Est-il correct de montrer ces images lorsque l’on sait que la souffrance n’est pas très loin ?

Les livreurs de pizza travaillent comme d’habitude

L’équipe de baseball du collège du quartier revient d’une partie interscolaire

On continue de manger des crêpes de cocorico

Les trains sont à l’heure

Les filles font du shopping

Comme toujours, on fait la file pour aller déguster les ramen de ce restaurant

Les “Nanpa” (dragueurs) et rabatteurs sont sur leur 31, tels des prédateurs, postés au coin du passage piéton le plus traversé par leur proie. Que doivent-ils faire ? On pourrait penser que c’est mal placé de continuer à vivre normalement. Ont-ils le droit de célébrer la vie ? Ne peuvent-ils pas être heureux de ne pas avoir été touchés par cette catastrophe ? Ils en profitent tant qu’ils peuvent. Qui sait, les prochains sur la liste, c’est peut-être eux.

Ce soir, les sourires ne manquent pas malgré tout

Finalement, j’ai trouvé un lien avec la catastrophe. Finalement, un élément inhabituel est là. Un jeune pratiquant du beatbox dédie sa prestation aux 1200 morts et disparus. Acte de compassion. Acte d’entre aide. Nombreux sont ceux qui déposent de l’argent dans sa boîte improvisée. Ses beats font échos aux sons des pièces qui s’amassent, à mesure que les gens passent. Preuve que l’on s’amuse mais que l’on n’oublie pas pour autant.

Lorsque je regarde vers le haut, je vois la lune, brillante, tel un point blanc dans l’obscurité. Toujours là, rien ne la perturbe. Elle est annonciatrice de jours meilleurs ici bas. Un élément naturel qui ne nous trahit pas.

La roue tourne. La vie est un cycle permanent fait de joie et de peine. Comme pour les fleurs de cerisiers, elles doivent se faner une fois pour pouvoir refleurir . . .

Les sandales des Dieux

Sur la cime d’une petite montagne se trouve un temple. Il faut gravir presque 2000 marches pour y arriver. C’est le souffle lourd que je suis arrivé au bout de l’ascension. La transpiration perlant sur mon front et le thorax gonflé, je me réjouissais du calme des lieux. J’étais seul avec la vallée qui s’ouvrait sous mon regard plongeant. Une odeur d’encens flottait dans l’air. Peu à peu je reprenais mes esprits. Assis sur un banc de pierre aussi froid que l’hiver, mon cerveau bouillonnait d’informations. Je sentais une présence. Était-ce les Dieux ?

Il me semblait que j’étais seul mais une paire de sandales trônait là, à l’entrée d’une des enceintes du temple. L’intérieur du bâtiment était trop sombre pour y voir le moindre détail. Aucun bruit n’en émanait. Le calme régnait. Peut-être même trop ; ça en devenait angoissant. Pourtant, c’est le calme que j’étais venu chercher ici. Ces sandales appartenaient bien à quelqu’un, mais à qui ? Je ne le saurais jamais . . .

Quand l’occident regarde le Japon

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J’ai envie de pousser un petit coup de gueule. Ce n’est pas trop le style du blog mais j’ai envie de dire ce que je pense au sujet de l’image médiatique du Japon en France. Cela fait des années que certains points m’exaspèrent, et je ne suis pas le seul. Que ce soit par des reportages ou des prises de paroles, le Japon souffre souvent.

Un reportage est censé être une création médiatique rapportant une situation. Rapporter et pas forcément interpréter. Autre point qui me semble très important : beaucoup de reporters commencent leur travail de réflexion en partant d’une conclusion. Par exemple, ils regardent les résultats d’un sondage, puis en tirent une conclusion généraliste, et enfin vont sur place afin de chercher des exemples concrets témoignant de cette conclusion sans jamais se laisser surprendre par la réalité du terrain et développer par eux-mêmes leur propre enquête. Partir d’une conclusion et s’y tenir est le meilleur moyen de rater la qualité du contenu d’un reportage. Cela contribue à s’enfermer dans un système dit destructif et non constructif.

Beaucoup de productions audiovisuelles semblent avoir été pensées dans le seul but de déshumaniser la société nipponne.
Tokyo, avec le monopole de présence, y est montrée comme une sorte d’usine d’êtres humains mal dans leur peau. Dans un va et vient accéléré de Japonais entrant et sortant de métro bondé, de lumières clignotantes et autres mécanismes robotique, la mise en scène et le montage deviennent les outils d’un parti pris alors qu’on pourrait penser qu’un reporter choisisse une certaine neutralité dans son analyse et dans ses propos.

Le reportage, l’Empire des sans, récemment diffusé sur France 3 et traitant la vie sexuelle des couples au Japon est un parfait exemple de réflexion “monologique” comprenant tous les mauvais ingrédients cités plus haut. En gros, l’équipe choisit des cas particuliers, voir extrêmes et les traitent l’un après l’autre sans jamais apporter de contre-poids. Pas de contre exemple, pas de personnes heureuses et épanouies dans cet étalage de cas désespérés corroborant une conclusion faite dès le départ. L’effet sur le spectateur est radical : “Ho ! comme la vie est bizarre et triste au Japon ! ” Cela créé une forme de répulsion injustifiée envers le pays.

Cette manière d’agir me fait penser à une sorte de “colonialisme intellectuel” que l’Européen impose envers les Japonais. Et tout le monde sait qu’en terme de colonialisme, l’Européen a de l’expérience. Ces personnes se penchent sur le Japon et l’observent comme on observe des souris de laboratoire.

Certains intervenants en France sont devenus des ambassadeurs du Japon ; quelques fois malgré eux, à l’image d’Amélie Nothomb et ses approximations teintées de clichés concernant l’archipel. Comme beaucoup, l’écrivain, mangeuse de fruit pourri, se complaît à voir le Japon malade. On dirait que ça les rassure au sujet d’eux-mêmes. Le Japon devient l’antidote de leur propre frustration. Une sorte d’échappatoire qui n’est efficace que si l’on s’accorde à présenter le Japon comme un pays bourré de problèmes.

Bref, on a tous le droit d’avoir un avis sur le pays, mais ils faut bien faire attention à ne pas l’imposer comme une science exacte.

Arashiyama

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Arashiyama et son fameux pont Togetsukyo est un lieu très apprécié des Japonais. Il y a encore quelques années, il  n’était pas dans les priorités des touristes étrangers sur Kyoto. Aujourd’hui, c’est devenu une étape de choix.

Arashiyama, situé à 15 minutes en train depuis Kyoto, propose un peu d’espace pour nos yeux pouvant plonger au loin. Un lieu où un bon air passe. Qu’il soit apporté par le vent ou par la joie des visiteurs.

Par delà la rivière et ses nombreux couples en bateaux.

Par-dessus les gorges où passe un ancien train de mineur transportant aujourd’hui des touristes.

À travers la bambouseraie.

Une pause plus “naturelle“ agréable après plusieurs jours de visites culturelles sur Kyoto.
Un ancien lieu de villégiature plein de surprises pour qui sait voir, sentir et observer. Arashiyama donne envie de s’enfoncer au travers de ses nombreux petits chemins. Qui sait sur quoi on va tomber ?

En toutes circonstances, Arashiyama mérite une visite. Que ce soit avec des cerisiers en fleurs,

ou au début de l’été, lorsque les arbres arborent un vert d’une intensité que nous n’avons pas chez nous,

ou encore la nuit, quand les lanternes se reflètent en dansant dans la rivière.

Et, je ne vous parle même pas de l’automne.

Matsushima

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“Un haiku se lit un peu comme on contemple un tableau, sur le même tempo. Le poète est peintre, mais un peintre qui sur sa palette disposerait, outre les couleurs, de sons, d’odeurs et de saveurs philosophiques. Le haiku, en reflétant un évènement du domaine des sens, nous donne accès, d’emblée, au sens.

De passage à Matsushima, les “Îles des Pins”, où “la beauté du paysage surpasse toute description”, Bashô écrit :

松島やああ松島や松島や

Ah! Matsushima
Matsushima ah!
Ah! Matsushima”

(extrait de “Ah! Matsushima, l’art poétique du Haiku” aux éditions Moundarren)

Joyeux Noël du Japon !

Je vous souhaite un joyeux Noël depuis le Japon !

Noël au Japon est fêté comme il se doit, bien que l’aspect religieux soit naturellement occulté ; ce qui est normal vu le peu de chrétiens vivant dans l’archipel. On fête Noël par habitude culturelle et non par croyance religieuse. Alors, oui, c’est surtout devenu commercial, mais c’est aussi la tendance dans nos contrées. Toujours est-il que l’ambiance est là, musiques, illuminations, sapins décorés et saveurs rappelant l’arrivée de Noël. C’est toujours agréable pour réchauffer du froid hivernal en approche.

Noël se fête surtout en couple au Japon. Autour d’un gâteau blanc de crème et rouge de fraise, rappelant les fameuses couleurs de “Santa Claus”, le père Noël.
Bien sûr, les enfants ne sont pas en reste, et comme chez nous, commandent leurs futurs cadeaux en regardant dans des catalogues de jouets que les commerçants s’arrangent pour distribuer dès le mois de novembre.

Étant originaire de Strasbourg, ville très connue pour Noël, je ne peux que faire un clin d’oeil au marché de Noël de Strasbourg à Tokyo, inauguré l’année dernière :
http://www.t-i-forum.co.jp/noel/

Faute de pouvoir me rendre à Tokyo, les photos de cet article présentent le marché de Noël allemand d’Osaka (qui est, en toute objectivité, beaucoup plus réussi que la première édition du marché de Noël de Strasbourg à Tokyo 🙂

Kurama et couleurs d’automne

Certaines splendeurs n’ont pas besoin de commentaires. Kôyô en fait partie. Littéralement, cela veut dire, le rougissement des feuilles. En gros, ici, on parle de l’automne et de la transformation de la nature à l’approche de l’hiver.

Les feuilles se colorent entre le jaune et le rouge avec une vivacité et une beauté que l’on ne voit pas sur le vieux continent.

Le rouge est tellement vif qu’on a l’impression que les feuilles brûlent de tout le soleil emmagasiné durant l’été.

Comme pour les cerisiers en fleurs, les japonais se bousculent pour observer cette beauté naturelle. Dans certains endroits on peut observer des panneaux faisant état de l’avancée de la coloration.

Dans la région de Kyoto un des endroits appréciés pour Kôyô est Kurama, village de montagne connu pour ses Tengu, des créatures mythiques au long nez.

Une randonnée sympathique sillonne dans la montagne surprenant le voyageur par un nouveau temple ou de nouvelles feuilles colorées.

Une fois détachées de leur branche, les feuilles sont destinées à former un magnifique tapis sur le sol. Mais il arrive que certaines se retrouvent prises au piège.

Dans la forêt, on aperçoit de temps en temps de drôles de créatures.

À travers des chemins d’arbres centenaires, de lanternes et de racines qui se déracinent, c’est le coeur de l’homme qui se laisse prendre au jeu de la coloration.

Les feuilles tombent. Les arbres se découvrent. Le froid s’installe peu à peu et bientôt le rouge sera remplacé par le blanc . . .