All Posts By Angelo Di Genova

Sowaka, l’invitation

Article sponsorisé avec une liberté totale dans sa rédaction

Par Posted on 5 min lecture
Il y a des invitations qui ne se refusent pas, surtout si elles proviennent de l’hôtel Sowaka à Kyoto. Mes amis et collègues, David (lejapon.fr), Geoffrey (suteki.fr) et moi-même avons eu la chance de pouvoir manger et dormir dans ce magnifique lieu, à quelques pas du sanctuaire Yasaka mais aussi du quartier de Gion.

C’est avec un peu de nostalgie que je me suis rendu là-bas. Non pas que je connaisse le lieu mais simplement que visiter des établissements touristiques faisait partie de mes activités professionnelles quand je travaillais comme créateur de voyages sur-mesure au Japon. C’est ainsi que j’ai pu notamment découvrir un peu le monde du luxe. L’hôtel Sowaka fait justement partie de ces établissements de prestige. Ceux dont le seul fait d’entrer en son sein révèle déjà d’une expérience en soi.

Quand un architecte ou un designer fait bien son travail tout devient plus facile pour un photographe pour faire de jolies photos. Et le moins que l’on puisse dire c’est que l’hôtel Sowaka est photogénique ! Chaque recoin, chaque espace est agréable à regarder. N’y attendez pas des espaces grandiloquents, ici les pièces forment un assemblage qui favorise une certaine discrétion comme savent si bien le faire les Japonais. On y retrouve l’agencement propre aux auberges traditionnelles, les ryokan. Mais d’ailleurs le Sowaka, est-ce un ryokan ou non ?

Un établissement hybride

Sowaka se définit comme un Small Luxury Hotel. Mais pour comprendre il faut revenir en arrière. Le bâtiment principal, le Honkan vieux de 150 ans, était un ancien restaurant traditionnel de type ryotei. Rénovée tout en préservant l’identité d’origine du lieu c’est cette partie de l’hôtel qui nous fait hésiter. On se croirait arriver dans un ryokan.

Pourtant les agencements intérieurs, entre matériaux d’origine et touches modernes, nous font rapidement comprendre que nous sommes face à quelque chose d’hybride. L’impression est d’autant plus forte qu’un bâtiment annexe a été construit à côté de l’ancien, apportant une vision plus contemporaine du sens de l’accueil japonais.

Au-delà de l’esthétique, il faut bien comprendre l’essence la plus pure d’une nuit en ryokan. C’est un lieu dont le repas est aussi important que le logement, ce qui explique pourquoi la demi-pension est quasi systématique et que le prix est par personne et non par chambre. En principe il est rare de rester plusieurs jours dans un ryokan. C’est possible mais ce n’est pas prévu pour cela initialement. L’hôtel Sowaka vous permet de bénéficier à la fois des aspects charmants des auberges traditionnelles, leur esthétique, leur sens pointu du détail et de la discrétion, tout en gardant une approche plus souple et internationale. Le raffinement et l’élégance dans une bulle plus décontractée. Comme dans un hôtel standard, il est possible de ne prendre que les nuits au Sowaka, idéal pour les voyageurs qui préfèrent aller explorer les délices nocturnes que révèle Kyoto.

Le restaurant

Mais si le coeur vous en dit, la gourmandise ne se boude pas au Sowaka. Ici le restaurant, nommé La Bombance Gion, est la version kyotoïte d’un établissement déjà titré par les guides Michelin à Tokyo. Le Chef Urimori-san, 30 ans d’expérience, a su là aussi mélanger les genres, à l’image de l’hôtel dans lequel il officie. Fusion encore donc mais avec une grande sensibilité. C’est très intéressant en plus d’être exquis. Morceaux choisis.

Et cerise sur le gâteau, il est possible de déjeuner au restaurant à midi sans forcément dormir à l’hôtel. Le prix pour le Lunch Set est d’ailleurs très intéressant vu la qualité de ce qui est servi. Quand on y était il y avait une soupe de Nyumen avec huile pimentée Rayu, bol de riz avec tartare de thon Negitoro, alvins et jaune d’oeuf, un excellent Tofu froid avec bouillon et flocons de bonite (coup de coeur), différentes petites assiettes, Tsukemono et une gelée froide avec Azuki en dessert pour se rafraîchir la bouche la fin du repas.

Les chambres

Nous avons donc deux bâtiments, le Honkan et l’annexe pour deux approches différentes. On se rapproche d’un ryokan classique avec le Honkan avec notamment 3 chambres spacieuses qui s’articulent autour d’un magnifique jardin intérieur et sa maison de thé. Mais quand on y regarde de plus près, les salles de bain sont très modernes et le couchage se fait sur des lits à l’Occidentale. Ambiance traditionnelle, confort international. Le meilleur des deux mondes diront certains.

L’annexe permet plus de libertés. C’est assez original ! Il y a des trésors pour les photographes dans certaines de ces chambres ! Et il est important de comprendre qu’aucune chambre du Sowaka n’est identique.

Dans toutes les chambres, les équipements et accessoires, literies, savons et produits de beauté sont les mêmes, que ce soit pour la chambre la plus abordable ou la suite. Il faut noter aussi que la boutique Masa Antiques de Kyoto est en charge des éléments décoratifs. Meubles et vases de choix disséminés dans l’hôtel avec gout.

Un détour par le bar

Nous avons même eu le droit de profiter d’un cocktail au bar, qui est ouvert sur demande. C’est un petit espace mais c’était très sympa encore une fois de vivre ce service finalement très occidental dans un bâtiment de 150 ans.

Le petit déjeuner

Après une bonne nuit, rien de tel qu’un bon petit déjeuner pour commencer la journée. Comme dans beaucoup d’établissements il est possible de choisir entre un petit déjeuner japonais ou continental. A titre personnel, le matin chez moi, je ne mange pas japonais, en revanche quand je dors dans un établissement qui me propose un petit déjeuner japonais je le prends systématiquement. J’apprécie vraiment ! Nous descendons au restaurant où un excellent repas nous attend.

Les prix

Vous vous en doutez, l’hôtel Sowaka n’est pas adapté à toutes les bourses. Les prix peuvent aller d’environ 30 000 yens par nuit pour les chambres les plus abordables à 130 000 yens pour la suite la plus prestigieuse. C’est cohérent vu la qualité proposée, le confort, l’espace et l’emplacement hyper central. Je pense en tout cas qu’un établissement de cette qualité est une expérience à faire au moins une fois au Japon. Je me souviens encore de mes premières nuits dans ces établissements de prestige. C’est une expérience marquante qui a du sens surtout dans ce pays je trouve, où le luxe, comme tant d’autres choses, revêt des formes si particulières qui tranchent avec ce qu’il peut se faire ailleurs. Unique, comme si souvent ici.

Demain ?
Le jour suivant ?
Qui sait ?
Nous sommes ivres
De ce jour même !

Ryōkan Taigu
Pour suivre le Sowaka

Vivre pour écrire ?

Refonte du blog et nouvelle dynamique

Par Posted on 2 min lecture

Il est venu le temps des gouttes. Le temps des flaques qui s’invitent sur notre route. Tsuyu, la saison des pluies. Cette eau qui vient couler sous les ponts de nos vies. Tandis que nos habitudes quotidiennes deviennent moites, les moments d’introspections pleuvent. Un nouveau départ qui vient perler sur la peau ? 

Il n’y a pas que des goutes qui ont coulé sous les ponts sur ce blog. Le temps a fait son œuvre. Ni abandonné ni actif. Disons en suspension. Papa de deux enfants maintenant les priorités évoluent, le temps libre fond comme neige au soleil, et ce blog a hiberné. J’en suis le premier désolé. Il continuera de somnoler quand ce sera nécessaire. Et il se réveillera quand le printemps arrivera.

En tout cas, je n’ai jamais si peu écrit de ma vie depuis mes 10 ans et Ems premières histoire inventées sur un calepin. Quelque part ça me manque. Mais j’aimerais que dorénavant l’écriture devienne aussi une étape plus concrète. J’y travaille. Nous aurons l’occasion d’en reparler mais les choses évoluent et un projet est en cours. J’espère le premier d’une longue série. 

Comme vous pouvez le constater pour les habitués, le blog a changé de peau. Plus sobre, plus simple, il me correspond plus aujourd’hui. Il a muri je pense comme j’ai peut-être évolué moi-même. 

La technique évolue aussi, avec elle la résolution des écrans. Mes photos entre 800 et 900 pixels de large ne sont plus assez nettes dorénavant. Je suis en train d’envisager de les recharger à nouveau pour une meilleure résolution, en utilisant le Plugin de l’ami Jordy que je conseille grandement : WP Retina 2x

Bref, j’espère pouvoir continuer d’écrire ici un peu plus et surtout d’avoir toujours des choses à dire. Mon travail avec les visites d’Osaka me fait tellement partager avec les voyageurs que sur le blog j’aimerais que ça prenne une forme différente. Il y a eu toutes sortes de thématiques évoquées ici. Difficile de savoir ce qu’il en sera dorénavant mais j’invite tout le monde à se replonger dans les entrailles de ce site car certains articles méritent surement toute votre attention. 

Bref, tout ça pour dire qu’il y a eu sur le blog une nouvelle dynamique. Je ne pourrais jamais revenir aux périodes les plus actives de ce site mais je tâcherais de continuer de l’entretenir comme une oeuvre parallèle à ma vie 🙂 Merci à tous !

Après la pluie viennent les Hanabi.

Horizons de Taiwan

Par Posted on 6 min lecture

Taiwan pour moi c’était Millenium Mambo, film du réalisateur Hou Hsiao-Hsien, qui suit la jolie Shu Qi dans ses déambulations nocturnes au coeur d’une Taipei moderne, « stroboscopée » de bars et discothèques. Le tout rythmé par la musique de Lim Giong. C’était une image forte pour moi dans les années 2000, mais un peu solitaire à vrai dire.

En octobre 2017, nous avons fait la réunion annuelle de l’équipe des safaris photo à Taiwan. Pourquoi Taiwan ? Parce que Vincent, habitué des balades à Tokyo, y développe les Taiwan Safari depuis un moment déjà. Il y a encore tant à faire sur place pour développer le tourisme mais c’est un des premiers Français à se pencher sur le sujet. Quand je le regarde, j’ai un peu l’impression de me revoir en 2012 face au challenge de développer mes visites d’Osaka et faire comprendre tout l’intérêt de passer ici.

UN BRIN D’HISTOIRE

L’histoire de Taiwan est assez courte mais très mouvementée. Mais ce que je trouve intéressant en visitant cette île c’est qu’on peut y voir culturellement une Chine alternative. En gros on peut voir à quoi aurait pu ressembler la société chinoise sans la révolution culturelle de Mao Zedong.

Je vous la fais simple : dans les années 40, Tchang Kaï-chek voyant sa défaite politique face à Mao arriver, décide d’installer son gouvernement à Taiwan, avec 2 millions de fidèles, des intellectuels, des artistes et tout l’or stocké dans la Cité Interdite. Malin le bonhomme 😉

Tchang Kaï-chek est souvent à l’honneur sur place, à l’image de son mémorial. Vincent nous explique que l’homme est pourtant controversé, notamment pour la période de la Terreur blanche ainsi que la dictature mise en place ensuite.

Aujourd’hui républicaine, Taiwan est donc une nation sans vraie influence communiste dans son fondement, aujourd’hui très ouverte et embrassant la modernité avec force.

Je précise qu’il est important de ne pas confondre Taiwan et la Chine bien que l’histoire de ces 2 pays soit liée. Je laisserai Vincent vous expliquer plus en détails tout ça, surtout qu’il n’y a pas que le peuple chinois sur l’île, un autre peuple était là depuis bien plus longtemps.

TAIPEI

Mon expérience ne s’est basée que sur Taipei. Je n’ai pas envie de parler de Taiwan au sens large car je ne connais pas. Je n’ai pas envie de faire avec Taiwan la même erreur que l’on fait avec le Japon en considérant que Tokyo représente le pays. Il y a toujours un décalage entre un pays et sa capitale, peut-être encore plus dans les pays d’Asie qui se développent encore.

C’est à travers les nuages que mon regard se pose en premier sur les terres de cette  « Isla Formosa ». Le vent fait balancer un peu l’avion et nous atterrissons à l’aéroport de Taoyuan.  Les systèmes de transports publics semblent très efficaces et modernes. On rejoint Taipei en 30 minutes.

Les premiers pas dans le centre-ville nous plongent comme dans un film. Il y a quelque chose de très cinématographique ici. Surtout dans les petites ruelles secrètes coincées entre les immeubles dégradés, que Vincent semble connaitre sur le bout des doigts.

Ça part dans tous les sens, les outils, les gens, les odeurs se mélangent dans un charmant bordel coloré où tout semble ne tenir encore debout que par magie. Les étals, les fruits, les marchés sont impressionnants ! Et j’y ai mangé la meilleure mangue de toute ma vie 🙂

Je marche et lève les yeux. Un bout de ciel timide se cache dans l’interstice d’arrière d’immeubles tantôt noircis par le temps tantôt verdi par des plantes tropicales qui leur grimpe dessus. Les tubes, fils et câbles qui dansent au-dessus de ma tête, des effluves exotiques me ramènent devant moi, où une flaque d’eau, que tout le monde évite, reflète une échoppe fumante maquillée de néons grésillants. Il règne une ambiance si spéciale. La vue est attirée par des lanternes rouges qui colorent le mur où elles se balancent. C’est prenant ! J’entends dans ma tête un vieux vinyle passant quelques chinoiseries d’Onra.

On a souvent envie de prendre en photo ce que font les locaux. Je ne sais pas si c’est parce que je me retrouve dans un pays dont je ne connais pas la culture mais en tout cas c’est l’effet que ça me fait. Pour la street-photo, Taipei c’est top ! En plus les gens sont plutôt sympas.

Sur place je n’avais emporté qu’un objectif 50mm et mon vieil iPhone, donc j’étais pas mal réduit au niveau des possibilités photographiques. J’ai un peu regretté sur le coup car les petites ruelles étroites seraient bien passées avec un grand angle. Mais bon, on tente alors d’autres exercices photographiques.

Dès les premières heures on remarque que c’est encore une société où les libertés individuelles sont grandes. On voit en permanence cette audace et ces initiatives personnelles qui font de Taipei une ville qui grouille. Le Japon parait beaucoup plus strict et figé à côté, même pour moi habitué à une Osaka assez libérée.

Dans les temples au premier abord tout semble si difficile à comprendre. Une femme jette par terre des bouts de bois. Un homme récite une prière. Pourquoi ces offrandes ? Que signifient toutes ces divinités ? C’est aussi là que les lumières de Vincent sont les bienvenues pour comprendre les rites, les symboles, les principes du taoïsme. Faut dire que le bonhomme est particulièrement calé sur la religion et le folklore.

La bouffe est bonne. Parfois déroutante mais c’est pour être dérouté que je voyage. Vincent m’explique qu’on dit qu’à Taiwan tout est sucré sauf les desserts. C’est vrai que y a beaucoup de gouts sucré-salés et que les desserts ont souvent une note salée. En tout cas, quelques mois plus tard, j’ai tellement envie de remanger les « gyoza » locaux. Franchement, c’est à tomber ! Une claque 🙂

Bon souvenirs aussi avec ces dégustations de Oolong. Le thé hein, pas le cochon dans Dragon Ball ^^

Un petit bonus, je confirme qu’Osaka semble avoir bien la côte à Taiwan, au vu des nombreux rappels de la ville ici 😉

TAIWAN SAFARI

Je ne saurais que trop vous conseiller de faire appel à Vincent pour vos visites de Taiwan si vous ne voulez pas passer à côté de l’essence même des lieux que vous visitez. C’est le principe de nos safaris photos, vivre un peu comme un local, ouvrir des portes cachées, optimiser son temps sur place, comprendre les spécialités locales et y gouter, améliorer ses connaissances culturelles et rencontrer un accompagnateur sympa au parcours atypique et qui parle la langue du pays que vous visitez 😉

Vincent, mec passionné et passionnant qui connait aussi très bien le Japon et saura donner du liant entre les deux cultures, ce qui est particulièrement intéressant. Le Japon et Taiwan jouent une partie de ping-pong culturel depuis pas mal de temps et il saura vous éclairer sur cet aspect-là. Par exemple, savez-vous qu’il existe des Torii japonais à Taiwan ? Où que l’on peut y voir des statues de Kukai, célèbre moine à l’origine du pèlerinage des 88 temples de Shikoku ?

Aller à Taiwan depuis le Japon

Pour ceux qui prévoient de visiter Taiwan depuis le Japon, sachez que les diverses compagnies low-cost comme Peach, JetStarScoot, Vanilla et Tigerair. Il y a parfois des promos très intéressantes. Et pour ceux qui seraient à Okinawa, le prix de base est de seulement 4000¥. Vous n’aurez plus d’excuses 🙂

Pour approfondir et suivre le travail de Vincent
www.taiwansafari.com
@taiwansafari sur Twitter
@hoxiong sur Instagram (un super compte pour en en prendre plein la vue et en apprendre plus sur Taiwan)

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Les Yatai, l’âme des rues d’Asie ?

Par Posted on 5 min lecture

Le son d’une chalemie résonne au loin dans les ruelles du quartier. Des jeunes hommes en costard marchent encore en ces heures tardives sous la pleine lune. L’un d’eux s’exclame :

« Ah ! Je veux manger des ramen ! »

C’est alors qu’ils se dirigent vers le son. Un homme d’âge avancé pousse un chariot de bois illuminé par des lanternes apparaît au coin d’une rue. 

« Occhan ! Trois bols de Ramen s’il te plait ! »

L’homme pose alors son chariot, range sa chalemie, allume sa radio et passe vers l’arrière où se trouvent deux grosses marmites, une pour le bouillon et l’autre pour l’eau chaude. 2 minutes plus tard. Les bols sont prêts tandis que Kiiroi Sakuranbo des Three Cats passe. Ces ramen ce ne sont pas les meilleurs de leur vie, mais dans la fraicheur nocturne, la chaleur du bol qui fume a quelque chose de réconfortant. 

DES ÉCHOPPES EMBLÉMATIQUES

Les Yatai, sorte de stands ambulants, sont monnaie courante en Asie. Pour nous autres, Occidentaux, ils revêtent d’une part d’exotisme mystérieux. Charmants mais douteux à la fois, on se laisse avoir parfois de bon coeur face à des vendeurs insistants. L’Europe a aussi connu ce genre d’ambiances mais notre société cartésienne, régulée et aseptisée ne laisse plus vraiment de brèche pour l’improvisation dans l’espace de nos rues pavées. Enfermés dans une mentalité binaire où le monde se sépare tout simplement entre ce qui est légal et illégal, on s’étonne de voir le charmant bordel organisationnel qu’il peut encore y avoir dans les villes où cette frontière est moins palpable.

Merci à Ronan (TanuKitsuNeko.com pour la photo
Car oui on aime à penser le Japon comme d’un pays hyper régulé, discipliné et aseptisé. A tel point qu’il ferait passer l’Europe pour le dernier de la classe en terme d’organisation. Mais si on regarde de près le Japon on constate que cette image n’est que partiellement vraie et que cette structuration est en réalité assez récente ici. Sans compter qu’il reste encore vraiment beaucoup de zones dites grises ; ni blanches, ni noires. Qu’on le veuille ou non, le Japon reste un pays d’Asie.

HISTOIRE DES YATAI AU JAPON

Les Yatai ont avant tout commencé pour répondre à un besoin, une demande. Un évènement désastreux comme le grand incendie de Meireki en 1657 à Edo aurait eu une grande influence dans le développement de ces stands ambulants. Il faut savoir qu’on estime que cet incendie aurait détruit plus de la moitié de la ville, faisant environ 100 000 morts. De nombreux travailleurs venus la reconstruire se pressèrent dans les zones dévastées. Afin de les nourrir des restaurateurs, plus ou moins improvisés, se seraient installés sur le bord des routes pour palier le manque de véritables établissements. Le principe a eu du succès et se serait développé ensuite pour sa chaleureuse convivialité.

Estampe montrant les Yatai dans les rues d’Edo
Les stands Yatai aujourd’hui ce sont surtout ces échoppes provisoires qui s’installent lors des festivals et Matsuri au Japon, notamment près des cerisiers en fleur. Mais ici, je préfère me pencher sur ces restaurateurs ambulants qu’on trouve dans la rue. J’avais d’ailleurs déjà parlé des fameux Yatai de Fukuoka.

Jusqu’à récemment, même en plein coeur d’Umeda, pile en face du Yodobashi Camera on pouvait en voir. C’est impensable aujourd’hui !

Merci à Thomas du blog La rivière aux canards pour cette photo prise en 2002

LE DÉCLIN

Petit à petit, les Yatai disparaissent. Et ce n’est pas que le Japon qui est touché. Plus un pays d’Asie se développe et s’enrichit et moins on en voit, comme s’il était une échelle de mesure du « progrès » économique. Bangkok étudie d’ailleurs la possibilité d’interdire purement et simplement la Street Food.

Pour beaucoup, ces stands font vraiment vieille Asie crasseuse et démodée. Leur disparition fait entrer le pays dans la modernité aux yeux de leurs dirigeants. 

Voici par exemple la comparaison entre une photo prise en 2011 sur les bords de la rivière Akagawa à Osaka et ce qu’on y trouve aujourd’hui : grillage, béton. Le béton, cette réponse à tant de problèmes au Japon.

Photo de Kens7a (http://blog.livedoor.jp/cm9onf777/) et Google

LES RAISONS DE LEUR LENTE DISPARITION

  • Beaucoup sont liés à la mafia locale. Difficile pour le pays de contrôler ces business, de réguler les emplacements pris et récupérer sa part de bénéfice.
  • Des lois de plus en plus restrictives, notamment sur l’hygiène. Donc plus complexe à mettre en place.
  • Les Yatai ont une image sale et négative parfois. Une partie de la population boude ces « vieilleries dignes des périodes de disettes de l’après-guerre ».
  • À l’époque, les Yatai commençaient quand les magasins et restaurants standards fermaient. Aujourd’hui, beaucoup de restaurant restent ouverts jusqu’à très tard la nuit. Plus besoin de se replier sur les stands de rue.

Les premiers JO à Tokyo en 1964 ont été la première grosse vague de disparition des Yatai. Il fallait mettre en ordre les rues de la capitale pour montrer au monde l’entrée dans la modernité (Occidentalisée) du Japon. Ils subsistent encore un peu malgré tout aujourd’hui. Mais les prochains Jeux de Tokyo en 2020 pourraient bien donner l’ultime coup de massue à ce monde déjà si bancal.

Merci à Geoffrey (Suteki.fr) pour la photo

Il reste toujours de la Street Food au Japon, notamment dans certains quartiers d’Osaka. Mais ça reste des établissements permanents. J’aime l’idée de ces restaurants transportables ou improvisés. Le problème qu’ils peuvent poser sont compréhensibles. Je trouve normal qu’on veuille un peu réguler tout ça et éviter les risques et accidents. Mais n’y a-t-il pas des solutions alternatives afin d’éviter leur totale disparition ?

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Osaka Retro Houses, un nouveau compte Instagram

Par Posted on 3 min lecture

Voici un nouvel article pour vous présenter une nouvelle initiative de ma part. Elle me travaille depuis un moment mais voilà, j’ai sauté le (petit) pas. Je viens de créer un nouveau compte sur Instagram en plus de @horizonsdujapon que vous connaissez probablement déjà et qui continuera parallèlement.

Dans ce nouveau compte il est question de vieilles maisons japonaises à Osaka, au sens large du terme. Bien que je m’autorise à prendre des libertés un jour sur ces points, ces maisons sont toutes prises de face et de la même manière. Elles sont témoins des époques MeijiTaisho ou Showa, autrement dit elles ont entre 130 et 60 ans environ.

Si vous me suivez ici, vous savez à quel point je suis sensible à ces vieilles barques plus ou moins délabrées et à ces bâtiments d’avant et d’après-guerre. J’en parle souvent comme dans cet article sur les maisons disparues, ou ici sur un hameau presque abandonné, ou encore quand je parle de ce Japon de l’envers tel que je le nomme personnellement.

Il en reste des milliers de vieilles maisons sur Osaka mais peu semblent le savoir où y prêter attention. En France personne n’en parle jamais, personne ne dit qu’Osaka en regorge et donc personne ne va à leur rencontre ou ne les regardent avec attention quand par hasard leurs yeux non préparés se posent dessus. On passe devant sans y accorder d’importance.

Pourquoi un tel projet ? Déjà pour témoigner. En postant ces photos ces maisons peuvent survivre. J’ai par exemple déjà posté deux photos de maisons qui n’existent plus aujourd’hui. Combien vont suivre ce mouvement parmi celles que je posterai  prochainement ? Ces maisons peuvent ainsi rester un peu vivantes à travers vous quand vous poserez le regard sur elles via ce compte.

Ces battements sont souvent des vestiges d’une époque qui se meurt chaque jour. Elles ont été l’antre d’une vie de famille. Des gens y ont vécu, on y a entendu des rires, on y a vu des larmes. Destinées à être réduites en poussière, j’avais envie de leur rendre hommage. Je le fais sur Osaka avec l’espoir aussi qu’on change un peu sa vision à son sujet plutôt que de rabâcher machinalement qu’elle est industrielle quand bien même on n’a pas vu d’usine lors de sa visite de la ville.

Maison détruite en 2013 qui se trouvait au coeur d’Amerikamura

Il y a donc une démarche presque sociologique dans tout ça. Ce sont des photos d’une banalité quotidienne. Néanmoins, j’ai compris récemment que quand, installés dans notre présent, on se tourne vers les temps révolus, on a tendance à vouloir connaitre la banalité du quotidien d’alors pour voir comme il était par rapport à celui que l’on vit aujourd’hui. Finalement, plus le temps passe et plus ces photos prendront de la valeur. 

Merci de soutenir ce projet en partageant cet article et en suivant @Osaka_retro_houses sur Instagram 🙂 Je compte sur vous !

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Ces photos qui dorment

Par Posted on 3 min lecture

Ce blog a des périodes d’hibernation. J’en suis sincèrement désolé. Mais ne vous inquiétez pas, le printemps revient toujours toquer aux portes de l’hiver.

Il n’y a pas que le blog qui hiberne, beaucoup de mes photos également. C’est un classique pour tous les photographes j’imagine. De nombreux clichés, peu de visibles et des ratés.

Ces photos dans les bras de Morphée, il y en a tant ! Elles attendent patiemment leur passage sous les projecteurs. Arrivera-t-il ? Depuis mes premières explorations nippones j’en ai emmagasiné tellement ! Je viens les voir de temps en temps, les bichonner, leur refaire une beauté pour qu’elles tiennent le coup avant de refermer le coffre où elles sont entassées.

Elles pleurent parfois alors je viens voir ce qui se passe. Elles me disent que personne ne les regarde. Qu’elles n’ont pas été créées pour mourir d’ennui au fond d’un dossier. Elles ont un destin, celui d’être partagé. Elles témoignent d’un lieu, d’un moment figé, d’un regard de l’instant, d’une sensibilité du photographe à la seconde où elles lui sont apparues.

La vie est un théâtre sans entracte où la pause n’est possible qu’avec un appareil photo.

Quelles valeurs ont ces photos ? Comment peut faire un photographe pour savoir si telle photo est digne d’intérêt ? Comment être sûr que quelqu’un se souciera de les regarder, mais surtout, de les apprécier à leur juste valeur ?

Je les classe, cherche une thématique pour les relier, parfois en vain. Manque de temps, manque d’inspiration. On se dit que quitte à les réunir ensemble pour les montrer autant le faire correctement. Seulement parfois, on ne peut pas réaliser tout ce que l’on a en tête. Il y a des priorités dans la vie et la préciosité du temps rend difficile l’accomplissement des innombrables idées qui germent dans notre esprit à chaque seconde. 

Quelquefois on se demande, pourquoi faire tout ça ? Pourquoi bloguer ? Pourquoi écrire toutes ces choses ? Pour qui ? Pour quelles raisons ? 

Mais si tu réfléchis trop c’est fini ! Il faut parfois avancer tête baissée, sans se mettre de pression. J’aime suivre mon instinct et les chemins qu’il me dicte passent souvent par ici. Ce blog est un fil rouge de ma vie. Une « oeuvre » qui s’agrandit au fur et à mesure que le temps passe.

Alors j’attrape quelques photos laissées de côté, les prend virtuellement dans mes mains pour vous les montrer ici. Il y en a des milliers d’autres qui dorment encore et que j’entends parfois crier de désespoir. À moins que vous aussi vous les entendiez ? C’est possible, car elles ont besoin de vous. Elles veulent se montrer et que vous posiez le regard sur elles, petites poupées de pixels.

Merci d’être venu dans cette pièce pour les rencontrer aujourd’hui. Je crois que vous avez fait des heureuses ^^

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Silence, où le christianisme muet au Japon

À l’occasion de la sortie prochaine de Silence, nouveau film de Martin Scorsese, adapté du roman éponyme de l’écrivain catholique Shusaku Endo, je vous propose une introduction sur la fascinante histoire du christianisme au Japon.

J’ai lu Silence (沈黙), il y a quelques années. J’en garde un souvenir fort. Le contexte est particulièrement intéressant et l’histoire soulève des thématiques pesantes qui trouvent encore écho aujourd’hui tant notre histoire et les cultures du monde sont intimement liés aux religions. C’est une fiction (inspiré de faits et de personnages historiques) qui se déroule dans le Japon du 17e siècle. On en ressort enrichi. Un livre dur mais que je conseille vivement et qui est d’ailleurs lauréat du prix Tanizaki en 1966. Pour en savoir plus : http://www.folio-lesite.fr/Catalogue/Folio/Folio/Silence

christ-japonais

LES PREMIERS PAS

C’est en 1543 que les premiers Occidentaux arrivent au Japon. Ce sont des Portugais qui débarquent sur une plage de l’île de Tanegashima, dans la préfecture de Kagoshima. Accompagnés de Chinois, ils ont pu communiquer avec les locaux en écrivant des kanji (sinogrammes) sur le sable. Tout d’abord venus commercer, ces Portugais vendent leurs fusils aux seigneurs régionaux. En 1549, ce sont cette fois-ci des missionnaires jésuites qui se rendent au Japon pour répandre leur foi. Parmi eux, François-Xavier, le plus connu de tous dont ces paroles sont célèbres :

« Parmi les races non chrétiennes, sans doute, celle-ci est la meilleure »; « La volonté d’apprendre est très grande chez les Japonais. Il faut donc envoyer des missionnaires suffisamment éloquents et intelligents pour convaincre à l’aide de débats avec des lettrés japonais et surtout des bonzes japonais. »

La condition du peuple Japonais était tellement précaire et dure à cette époque que la parole du christ pouvait apporter un certain réconfort. Face au discours des missionnaires, les Japonais découvraient des approches nouvelles, un concept de vie original. On y entendait aussi parler d’amour et de miracles, ce qui pouvait apporter une nouvelle vibration dans le coeur des Japonais.

sainte-vierge

Oda Nobunaga, le plus fort seigneur de cette époque, a toujours toléré le christianisme. Il voyait dans cette nouvelle religion un moyen d’affaiblir le pouvoir bouddhique, composé de moines qui remettaient souvent en question le pouvoir grandissant des seigneurs de guerre. Vers la fin du 16e siècle certains samurais étaient d’ailleurs convertis au christianisme. Nobunaga aurait même aidé le missionnaire jésuite Luis Frois, dont les textes d’analyse de nos différences entre Japonais et Occidentaux sont parfois étonnamment d’actualités encore aujourd’hui.

LES HOSTILITÉS COMMENCENT

La situation change progressivement lorsque Toyotomi Hideyoshi prend les rennes du pays. Ce dernier commençait à se méfier des menaces extérieures, particulièrement celles des puissances européennes en Asie. Il devint suspicieux vis-à-vis de cette religion étrangère qu’il voyait comme un instrument de domination. Voir les Philippines tomber sous le joug des Espagnols et de leur religion n’a pas aidé les choses. Il lance alors un premier décret d’interdiction du christianisme.

Le 5 février 1597, 26 catholiques sont crucifiés à Nagasaki pour donner l’exemple. Mais ce n’est qu’en 1614 que le shogunat Tokugawa interdit totalement cette religion et lance une campagne de violentes persécutions dans tout le pays. Cette interdiction supprime alors officiellement toute trace du christianisme au Japon. Du moins,  c’est ce que l’on pensait.

PIÉTINER LE CHRIST

Afin de reconnaître les convertis inavoués, le gouvernement de l’époque met en place la méthode du fumi-e (踏み絵), une image du Christ ou de la Sainte Vierge, que le peuple devait piétiner devant des représentants de l’autorité. Tous ceux qui refusaient, ou même qui hésitaient, étaient alors emprisonnés ou torturés à mort.

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C’est dans ce contexte que se déroule l’histoire de Silence, quelques années avant la fermeture complète du pays (sakoku) mais pendant les hostilités envers les chrétiens : en 1638, deux missionnaires jésuites se rendent au Japon, malgré les persécutions antichrétiennes, pour enquêter sur le sort du Père Ferreira, un mentor pour eux, ayant prétendument trahi la foi.

Le silence est donc celui de Dieu face à nos prières et aux atrocités commises à ses fidèles.  Le silence est aussi celui des chrétiens obligés de le garder pour survivre.

FERMETURE ET OUVERTURE

Entre 1633 et 1639, cinq décrets sont promulgués pour fermer les frontières du Japon. Parmi les Occidentaux, seuls les Hollandais ont le droit de commercer avec l’archipel sur l’île de Dejima dans la baie de Nagasaki. Le Japon vivra donc presque en autarcie pendant plus de 200 ans. C’est un fait exceptionnel de l’histoire de ce pays et un évènement historique qui a grandement contribué à façonner la culture et la mentalité japonaise telle qu’on la connaît aujourd’hui.

En 1863, le prêtre catholique français Bernard Petitjean arrive au Japon dont les frontières sont à nouveau ouvertes et où l’interdiction du christianisme est désormais abolie. Le pays entame une nouvelle politique d’ouverture avec la fin du régime des samurais (Bakumatsu). L’Empereur va bientôt reprendre le pouvoir et s’installer à Tokyo, ce qui marquera le début de l’Ère Meiji.

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L’église des 26 martyres à Nagasaki

Petitjean débarque à Nagasaki où il participe à la construction de l’église Oura sur les hauteurs de la jolie baie. Nagasaki est alors une ville très ouverte sur le monde où de nombreux commerçants étrangers sont installés (lire mon article sur les maisons des étrangers à Nagasaki). La construction de l’église a pour but de rendre hommage aux 26 martyres crucifiés par Toyotomi en 1597, mais aussi à permettre aux nombreux Occidentaux sur place de pratiquer leur foi.

Un jour, Petitjean reçoit la visite de Japonais qui rentrent dans l’enceinte de l’église. Sur le coup, le prêtre est sur la défensive, il croit qu’il a affaire à la police. Un des Japonais s’adresse au Père : « Où se trouve la statue de la Saint Mère Marie ? ». Une fois face à la statue, agenouillés et émus, ils annoncent au Père : « Notre coeur est le même que le vôtre ». C’est ainsi que Petitjean découvre que pendant 250 ans, certains Japonais avaient continué de pratiquer le christianisme en secret. On les appelle aujourd’hui les Kakuré Kirshitan, les chrétiens cachés.

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Scène où l’on voit Petitjean et les chrétiens cachés devant la Vierge Marie

SYNCRÉTISME

Petitjean voyage avec eux pour voir leurs hameaux. Il en découvre des dizaines notamment sur les îles Goto. Ces chrétiens silencieux se sont cachés dans ces îles reculées aux criques rocheuses et aux plages de sable blanc. Dans ce paradis de nature, ils ont construit de petites chapelles fragiles recouvertes de tatami.

Pratiquant indépendamment tout ce temps, leur christianisme, transmis oralement, a évolué et s’est mélangé aux croyances locales. Chez eux, les statues bouddhiques de la déesse Kannon servaient de substitut pour prier la Sainte Vierge.

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LE CHRISTIANISME AUJOURD’HUI

Aujourd’hui, le Japon est parfois marqué par ces silhouettes familières. Pour moi, c’est toujours étrange de voir une église dans ce pays. Il y en a peu à vrai dire mais quand elles sont intéressantes visuellement, je ne manque jamais une occasion de les prendre en photo. Elles me rappellent une partie de moi que je le veuille ou non. Je ne suis pas pratiquant ni même croyant, mais il n’y a pas besoin de l’être pour se sentir un peu comme « à la maison » face à ces formes.

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La cathédrale d’Oura à Nagasaki a été classée Trésor national du Japon en 1933. C’est le premier bâtiment de style occidental au Japon à recevoir cet honneur. Une petite revanche sur l’histoire donc.

Actuellement, il y a environ 2,6 millions de chrétiens au Japon, ce qui ne représente que 2% de la population. C’est tout simplement un des pays les moins chrétiens du monde ! Pour vous donner un ordre d’idée, il y en a plus en Chine, en Arabie Saoudite et en Irak. En Corée du Sud, les chrétiens représentent presque 32% de la population. Aux Philippines ce chiffre atteint les 93% !

Que dirait François-Xavier face à la situation du christianisme au Japon aujourd’hui, lui qui ne tarissait pas d’éloges sur le potentiel du pays ?

POUR CONCLURE

Il est important de savoir que Silence est un film que Scorsese essaie de réaliser depuis presque 25 ans. C’est un projet qui lui tient à coeur depuis longtemps. Cette adaptation a tardé car il a été bien difficile de trouver des financements pour ce film qui ne parle peut-être pas au grand public. Les acteurs ont accepté des cachets ridicules pour Hollywood et il me semble même que le réalisateur italo-américain a travaillé bénévolement. On est donc loin de la démarche purement commerciale dont nous sommes habitués avec les grosses productions américaines. Silence ce n’est pas, pour reprendre l’expression d’un ami, un film où on peux dire s’il est bien ou pas. C’est un film que l’on regarde et après on vit avec. Sortie en France prévue le 8 février 2017.

Sources :
http://fr.wikipedia.org/wiki/François_Xavier
http://www1.bbiq.jp/oourahp/
http://fr.wikipedia.org/wiki/Fumi-e
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Petitjean
http://fr.wikipedia.org/wiki/Kakure_kirishitan
http://fr.wikipedia.org/wiki/Christianisme_par_pays
http://fr.wikipedia.org/wiki/Shūsaku_Endō

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Une cité millénaire

Par Posted on 4 min lecture

Aujourd’hui je vais vous parler d’une ancienne capitale impériale que tout le monde connaît, une ville historique qui a façonné le pays depuis de nombreux siècles et qui est aujourd’hui une des plus visitées au Japon.

Entree de temple

On ne compte plus ses temples qui se succèdent sans discontinuer dans certains quartiers. C’est ici que se trouve une des plus fortes concentrations de sites bouddhiques de tout le pays. Lieux de cultes mystérieux et apaisants que beaucoup de touristes occidentaux, parfois en mal de spiritualité, fantasment avant leur arrivée ici.

On a forcément des images qui nous marquent les esprits avec le bouddhisme, notamment ses moines.

Moine bouddhiste

Ou encore ses magnifiques statues.

Statue bouddhiste

Des pierres qui dépassent de la surface d’un étang vous invitent à traverser d’étroits chemins dans un jardin caché.

Jardin japonais

Quelques pas, et nous voilà devant une maison de thé.

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Mais n’oublions pas que la nuit joue aussi son rôle dans la spiritualité.

Temple illuminé

Les richesses bouddhistes sont nombreuses dans cette ville fondée autour de son palais impérial ancestral et dont les limites naturelles se dessinent avec les montagnes qui l’entourent presque totalement. Les sanctuaires ne sont pas en reste bien que nettement moins nombreux.

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Les rues paisibles plantées de maisons traditionnelles donnent un cachet villageois à l’ensemble. On se croirait à la campagne parfois, mais avant tout ici, on effleure le Japon ancien. Mur de torchis recouvert de planche de bois usées par le temps.

Vieilles maisons

Homologue à notre vielle pierre européenne, ici le vieux bois n’est jamais très loin.

Vieille maison

Les tatamis apportent une fraîcheur agréable en été tandis qu’un jardin s’esquisse entre les Shoji. Quoi de plus esthétiquement japonais ?

Entre les shoji

Dans ces quartiers on peut admirer de vieux murs de terre.

Vieu mur

Qui n’apprécie pas ces tuiles délicates et ces pins taillés ?

quartier de temple

C’est ce Japon traditionnel qui résonne dans l’imaginaire collectif. Il est précieux, car parfois rare.

Temple de l'egalite

Je parle là d’une ville fascinante du Japon.

osaka

Vu comment j’ai tourné le texte (dont il est important de préciser que rien n’est mensonger d’ailleurs) certains auront peut-imaginé que je parlais de Kyoto. Désolé d’avoir tenté de vous piéger 🙂

Comme on s’attend à l’esthétisme et au summum du raffinement traditionnel à Kyoto, on a tendance à ne lui attribuer que des aspects historiques et touristiques ; ou encore à ne montrer de cette dernière que ses jolis coins, ses magnifiques temples et jardins, ses ruelles charmantes, tous très nombreux il est vrai. C’est le plus gros vivier de ces aspects du Japon, pas de doutes possibles.  Elle en est même la garante. C’est là où les Japonais eux-mêmes partent découvrir leur propre culture historique. Kyoto reste unique !

Mais tout comme il y a un Osaka dont on ne parle presque pas (celui cité plus haut), il y a un Kyoto dont on ne parle presque pas, dont l’urbanisme ressemble souvent à ce que l’on voit sur cette photo prise en plein coeur de la ville.

Urbanisme Kyoto-01

C’est une réalité comme une autre. À d’autres endroits, ça peut aussi ressembler à ça.

Urbanisme Kyoto-02

L’ami Geoffrey, qui fait des balades à Kyoto, avait d’ailleurs tweeté sur le sujet. Les réponses suite à son tweet sont sympas à lire ^^

Kyoto est une ville moderne avant tout.  Elle ne se réduit pas qu’à magnifiques temples, jardins et ruelles traditionnelles. Il ne faut pas oublier qu’elle possède de nombreuses industries, comme toutes les autres villes finalement. Elle a plusieurs visages, des plus charmants aux moins reluisants, à l’instar d’Osaka, qui n’est pas qu’une ville moderne, animée et joviale, mais pas très jolie et soi-disant sale. Osaka est bien plus complexe que ça.

La manière dont une ville va être traitée par les médias quels qu’ils soient conditionnent le futur voyageur. Kyoto a tellement cette image de tradition qui lui colle à la peau que certains sont convaincus qu’il n’y a que ces aspects-là à voir sur place, ce qui est faux.

Les villes sont comme les gens, elles possèdent de nombreuses facettes. Reste à venir sur place pour découvrir celles qu’on ne vous montre pas. Souvent, vous ne les trouverez que par vous-même, tant qu’autant de textes sur le Japon continueront à rester si souvent figés dans ces sempiternels carcans.

Je tiens à dire un grand bravo aux quelques bloggeurs qui proposent un vrai travail de fond et qui contribuent à faire bouger les choses.

Sinon, vous pouvez toujours faire appel au groupe Japon Safari pour voir les diverses facettes du pays. Et si vous comptez visiter Osaka, vous savez ce qu’il vous reste à faire ^^

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Une histoire d’Okonomiyaki

L’Okonomiyaki, ça commence à être connu, oui, mais sans être « bien » connu. On lit beaucoup d’approximations sur le sujet. Autour de ce plat, en apparence simple, gravite un univers complexe tant les variantes sont nombreuses et que, finalement, peu semblent avoir pris le temps de vous expliquer les choses de manière complète. Mais ne vous inquiétez pas, car grâce à Horizons du Japon vous allez devenir de véritables bêtes sur le sujet ! Accrochez-vous, car voici un gros dossier de présentation de l’Okonomiyaki, probablement LA référence francophone sur le sujet ! (soyons fous ^^)

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TOUT D’ABORD

Quand on pense à la cuisine japonaise, on ne pense pas de suite aux Okonomiyaki. On a plus de facilité à envisager la gastronomie raffinée du pays. Mais l’Okonomiyaki est le fer de lance d’un autre aspect de la cuisine sur place, où il n’y a absolument rien de sophistiqué ou de délicat. Tout d’abord, il faut savoir que ce plat est un Konamono 粉物」(ou Konamon comme on le dit en patois d’Osaka), un aliment à base de farine qui se trouve dans la catégorie B-kyu GourmetB級グルメ」. Cette catégorie officieuse inclut tous les plats peu chers, populaires, généreux, pas franchement raffinés, mais nourrissants. On peut traduire ça comme les plats de 2e grade, de 2e niveau, bref, appelez ça comme vous le voudrez.

Personnellement l’Okonomiyaki quel qu’il soit n’est pas le plat qui me transporte vers les jardins d’Éden, même si j’aime bien en manger et qu’il m’en faut un de temps en temps. Pour être honnête, lors de ma première fois, j’avais même très moyennement accroché face au côté galette compacte du truc recouvert de sauce dégoulinante. Aujourd’hui je sais pourquoi : je n’avais pas compris tout à fait l’état d’esprit du plat.

Pour apprécier un met, parfois il ne suffit de le trouver bon gustativement parlant, il faut aussi adopter la bonne mentalité, connaître le mode de consommation, le backround et se mettre dans l’humeur adéquate. Manger un Okonomiyaki c’est se plonger dans la culture populaire. Manger un Okonomiyaki c’est faire un bond dans le temps. Manger un Okonomiyaki c’est rendre hommage aux Japonais d’après-guerre qui ont connu la galère.

On parle donc ici d’un plat qui se consomme dans des restaurants décontractés et à la bonne franquette. Ce sont souvent des espaces d’échanges sociaux qui décomplexent facilement les gens. Parfait pour un dîner en compagnie d’une personne avec qui on n’est pas encore à l’aise. L’Okonomiyaki va vous faire fondre la première glace en rien de temps. Rien de classieux ici, on est dans le lourd, le généreux, le dégoulinant et le savoureux. Il y a du sel, du sucre, du gras, des légumes, de la viande ou des fruits de mer, des oeufs, parfois des nouilles, du gluten, de la sauce, de la générosité, des calories à foison, tout un petit monde en soi ; de la vie quoi !

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Sur Osaka on ne se pose pas de question devant un Okonomiyaki. On attrape sa spatule de la main droite (car normalement ça ne se mange pas à la baguette, les tokyoïtes sont prévenus) et on lui fait sa fête, tandis que la main gauche tient une bonne bière (Asahi en bouteille de préférence, avec son petit verre). Les gens distingués qui cherchent l’élégance peuvent rester chez eux ; au mieux ils pourront admirer le beau geste d’un chef-artiste qui vous sculpte cette galette sous vos yeux, sinon c’est vous qui serez derrière les fourneaux individuels, accompagnés des effluves du plat. Car oui, on sent parfois le graillon quand on sort d’un de ces restaurants, surtout ceux à l’ancienne où c’est vous qui préparez la galette sur plaque au milieu de votre table. Vous commandez, et on vous apporte une gamelle avec des trucs crus dedans. À vous de jouer !

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L’OKONOMIYAKI C’EST QUOI ?

Pour la génération Club Dorothée, l’Okonomiyaki c’est avant tout ce truc bizarre qu’on voyait parfois dans les dessins animés de notre enfance. On aurait dit une crêpe, mais pas de Nutella à l’horizon. Où est le beurre, où est le sucre ?!

Ranma 1/2 & Lucile, amour et rock'n roll
Ranma 1/2 & Lucile, amour et rock’n roll

L’Okonomiyaki est composé de farine, d’eau, de beaucoup de chou râpé, d’oeuf, et de divers ingrédients (porc, boeuf, calamar, gingembre, kimchi, fromage, tout ce que vous voulez), le tout avec un peu de dashi (bouillon à base de poisson). On recouvre à sa convenance la galette cuite avec de la sauce, de la mayonnaise, des flocons de bonite séchés, des algues Aonori  (qui ont la fâcheuse habitude de jouer à cache-cache entre les dents), et même parfois de la moutarde forte (karashi) ; le tout pour un mélange détonant de sucré et de salé. Certains recouvrent même la galette de piment. Bienvenue à vous ! Vous êtes en face de l’Okonomiyaki tel qu’on le fait dans les restaurants (old school) à Osaka. De préférence si le menu en japonais est accroché avec des punaises sur du bois collant c’est encore mieux.

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Sur Hiroshima c’est plus complexe. Le standard est de faire d’abord une crêpe, puis ont y ajoute du dashi (bouillon poisson) et du chou par dessus (et parfois des pousses de soja) que l’on fait cuire lentement. Divers coup de passe-passe pendant la cuisson, on garnit de divers ingrédients comme on le fait sur Osaka, porc, calamar, etc. On fait cuire des nouilles, on pose la crêpe et sa mixture sur les nouilles et on recouvre le tout d’une fine omelette. Un coup de sauce, d’algues Aonori, parfois de la mayonnaise aussi, et voilà, vous êtes en face de l’Okonomiyaki d’Hiroshima. Et sur un comptoir en face d’un chef loquace fan des Carp d’Hiroshima, c’est encore mieux (d’ailleurs victoire pour eux cette année).

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Je précise qu’ici aussi ça se mange normalement avec la spatule. A priori il existe de très rares restaurants où l’on peut le faire soi-même, mais c’est peu habituel sur Hiroshima et ça finit souvent en massacre 😉

REMONTER LA PENDULE

Dans l’origine de chaque plat, il y a une part de romantisme. Il n’est jamais évident d’en comprendre les sources et il y a souvent un décalage entre ce que l’on sait et aime répéter aux autres et ce qui est clairement avéré. Par exemple, saviez-vous que Marco Polo n’a jamais rapporté de pâtes en Italie suite à son voyage en Asie ? (Voilà, j’ai fait mon devoir vis-à-vis de mes ancêtres italiens 🙂

Ici nous allons tenter de remonter le temps pour élucider les origines de l’Okonomiyaki. En japonais ce plat pourrait se traduire en quelque sorte comme « le cuit à sa façon ». Comprenez, chacun le prépare comme il l’entend en y mettant ce qu’il veut dedans.

Enquêter sur l’histoire de ce plat est donc compliqué tant chacun semble avoir tenu au pied de la lettre le précepte de son nom, y ajoutant du sien, façonnant, changeant, jusqu’à obtenir ce que l’on a aujourd’hui et ses nombreuses variantes qui forment un arc-en-ciel de saveurs prêtes à vous séduire.

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Pour obtenir des réponses claires sur les origines des plats, sonder les Japonais est souvent peu fructueux. Quand on demande à quelqu’un d’Osaka ce qu’il pense de l’origine de ce plat, on obtient souvent cette réponse :

« Pour moi l’Okonomiyaki c’est du « soul food », je n’ai jamais réfléchi à son origine. »

Le romantisme fait souvent commencer l’histoire de l’Okonomiyaki après la guerre, quand la nourriture venait à manquer et qu’il fallait un plat consistant pour remplacer le riz. De par ces conditions spécifiques, c’est un plat qui a une valeur affective très forte, quelle que soit la région, mais il faut savoir que son origine est en réalité plus vieille encore.

PRÉSENTATIONS 

On la présente parfois comme une omelette, mais ce n’est pas approprié puisque la matière principale qui compose une omelette ce sont les oeufs, ce qui n’est jamais le cas des Okonomiyaki, qui sont plus souvent proches de galettes, même si la description est parfois compliquée.

On la présente parfois comme une pizza, mais je trouve ça moyennement approprié, bien que le point commun « tu mets ce que tu veux dedans » est assez proche. La pizza c’est un plat qui dérive du pain et quand tu manges un Okonomiyaki, ok il y a de la farine dans les ingrédients, mais tu as beau chercher, du pain tu n’en trouvera pas.

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En gros, il y a deux zones géographiques connues pour l’Okonomiyaki : Le Kansai (avec Osaka en haut du podium) et Hiroshima.

Les versions du Kansai et d’Hiroshima sont deux plats différents. En général il n’y a pas de concurrence réelle, car la distinction est assez nette dans la tête des Japonais. C’est peut-être beaucoup moins le cas pour les touristes.

Comprenez bien qu’il arrive qu’un habitant d’Osaka mange un Okonomiyaki à la mode de Hiroshima sans que ça ne lui pose problème. Il ne va pas être désintégré sur place par les Dieux de Naniwa (ancien nom d’Osaka). C’est juste que ce n’est pas la version qu’il va manger chez sa maman, mais ça lui plaît quand même. Quand c’est bon pourquoi se priver ? D’ailleurs on voit régulièrement l’Okonomiyaki à la mode d’Hiroshima dans le menu de certains restaurants à Osaka. Pour le coup, l’inverse semble bien plus rare à Hiroshima, qui jouit pourtant de la plus forte concentration de restaurant d’Okonomiyaki par habitant de tout le Japon. Par contre, si une famille d’Hiroshima avec des gamins décide de faire une Okonomiyaki-Party à la maison (comme une crêpe-party quoi), dans ce cas c’est l’Okonomiyaki d’Osaka qui est serait préféré pour sa simplicité de préparation.

Après peut-être que chacun doit penser que ce sont ses Okonomiyaki qui sont à la base du plat, mais la réalité est peut-être tout autre. Il se pourrait bien que les ancêtres de ces galettes ne soient ni d’Hiroshima, ni d’Osaka. Au moins ça mettra tout le monde d’accord 🙂

Tout d’abord, il est important de savoir qu’il y a deux familles d’Okonomiyaki :

  •  Les Mazé-yaki 混ぜ焼き où globalement tous les ingrédients sont mélangés avant d’être cuits sur la plaque. Méthode principalement utilisée à Osaka
  •  Les Kasané-yaki 重ね焼き où la cuisson se fait par couches distinctes comme il se fait à Hiroshima

Oui, j’ai mis un accent sur le « E » afin d’être sûr que tout le monde prononce bien. Retenez bien ces mots, car vous allez les retrouver souvent tout au long de l’article. Mazé pour les mélangés, Kasané pour les empilés.

Le Kasané-yaki est bien plus complexe à faire que le Mazé-yaki. Au-delà des différences gustatives, il y a aussi un décalage de mode de consommation entre Osaka et Hiroshima.

À la base sur Osaka, l’Okonomiyaki c’est un truc hyper convivial et simple que l’on fait soi-même et que l’on mange aussi bien chez soi (ce point est important) qu’au restaurant, notamment sur des tables avec une plaque chaude (le fameux Teppan 鉄板) au centre. Sur Hiroshima, c’est un plat convivial, mais plus technique, consommé surtout au restaurant et préparé devant vous sur comptoir par un pro ou une Mama-san.

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AU COMMENCEMENT

Aussi loin que l’on puise remonter la pendule, le principe de « crêpe/galette » aurait été pensé par le maître de thé Sen no Rikyu à la fin du 16e siècle. Sen no Rikyu, né à Sakai (Osaka) est tout simplement un des maîtres du mouvement Wabi-Sabi et un des pères de la cérémonie du thé japonaise. Rien que ça ! Il aurait pensé à une pâtisserie nommée Fu no Yaki麩の焼き」une sorte de crêpe garnie cuite sur une plaque qui se serait transmise jusqu’à Edo (actuelle Tokyo). On ne sait pas vraiment de quoi était composée cette pâtisserie, mis à part qu’elle était sucrée pour se marier à merveille avec l’amertume du thé. Les Sukesô-yaki助惣焼」 et les plus célèbres Dora-yaki, originaire de Tokyo, seraient des évolutions du dit Fu no Yaki. Pour l’instant on reste dans le sucré, mais on a un début de pâte de farine cuite et accommodée de diverses façons.

Plus tard, en 1819, le Monja-yaki fait son apparition à Tokyo. Vous connaissez ? David en fait de très bons ! On le présente souvent comme un dérivé ou une évolution de l’Okonomiyaki, mais en réalité le Monja-yaki est plus ancien. Cette version très liquide aurait été assaisonnée de sauce soja au départ puis de sauce Worcester. Cette sauce anglaise serait arrivée au Japon à l’ère Meiji (1868-1912) et aurait tout de suite plu au palais des locaux. C’était nouveau, ça venait des pays qu’il fallait prendre en exemple, c’était super « hype » quoi ! La sauce et ses dérivés deviendront un point important pour l’avenir des Okonomiyaki ainsi que pour beaucoup d’autres plats. On va y revenir plus tard.

Tout ça c’est super, mais les Monja-yaki, trop liquides, n’étaient pas pratiques pour une vente à emporter. C’est pourquoi, dans les années 30, certains Yatai (restaurants ambulants) auraient alors pensé au Dondon-yaki どんどん焼」fait avec une pâte plus solide enroulée autour de baguettes et que l’on mange en la mordant comme une brochette. Idéal donc lors de festivals en plein air.

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L’APPARITION DES KASANÉ-YAKI

À l’ère Taisho (1912-1926), dans le Kansai (certains disent Kyoto, d’autres disent Osaka), serait apparu un des plus directs ancêtres de l’Okonomiyaki : le Yoshoku-yaki 「洋食焼き」 plus communément appelé Issenyoshoku一銭洋食」. Les 2 noms subsistent, mais le plat est presque identique. Le Yoshoku-yaki c’est un Kasané-yaki  très simple fait d’une crêpe de farine de blé, garni de choux, de viande, de divers légumes et d’un peu de sauce.  C’était un en-cas (おやつ) apprécié des enfants.

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Aperçu d’un Yoshoku-Yaki tel qu’on peut le trouver encore (rarement) sur Osaka aujourd’hui.

Sur Osaka, de nombreuses marques de sauces ont vu le jour. Le Yoshoku-yaki se développe bien et arrive dans d’autres régions du pays, notamment à Hiroshima. Je rappelle que le Yoshoku-Yaki est un Kasané-yaki comme les actuels Okonomiyaki de la ville de la paix.

De ces ancêtres d’Okonomiyaki il reste aujourd’hui quelques traces comme le Kabétsu-yaki 「キャベツ焼き」à Osaka ou le Kashimin-yakiかしみん焼き」 de Kishiwada. Mais le plus important de ces ancêtres est le Négi-yaki 「ねぎ焼き」dont le restaurant Yamamoto du Juso (Osaka) est considéré comme le précurseur. Le Négi-yaki est une des grosses variantes d’okonomiyaki que l’on retrouve partout dans Osaka aujourd’hui.

Vendeur de Kabétsu-Yaki sur le trottoir à Osaka
Vendeur de Kabétsu-Yaki sur le trottoir à Osaka

UN MOT SUR LA SAUCE

Depuis l’ère Meiji, les plats à base de farine de blé et de sauces Worcester étaient considérés comme des plats hauts en couleur, modernes, élégants même (ハイカラ)  et d’influence étrangère, d’où le nom Yoshoku-yaki, « Yoshoku » voulant simplement dire cuisine occidentale. Le Yoshoku (洋食), en gros, c’est de la Western Food à la sauce japonaise, et c’est le cas de le dire tant il suffisait de balancer cette sauce sur n’importe quoi pour que ça devienne du Yoshoku dans la tête des gens. Pour en savoir plus sur le Yoshoku, vous pouvez consulter cette page du projet Osaka-en-bouche auquel j’ai participé.

Tout ça pour dire qu’il ne faut donc pas négliger l’influence de la cuisine occidentale dans le développement des Okonomiyaki modernes. Ces derniers, bien que faisant partie des spécialités du pays, restent des plats liés au Yoshoku. On est donc, pour moi, hors du pur Washoku 和食, le nom officiel de la cuisine japonaise. C’est vrai quoi, regardez ! Une galette de pâte à base de farine, de la sauce dérivée du Worcester, de la mayonnaise, etc.

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Pour information, le Tonkatsu, l’Omurice ou encore, le curry japonais, sont de bons exemples de cuisine Yoshoku.

J’en profite pour indiquer que les Gyoza et Ramen, pour ne citer qu’eux, sont des plats originaires de la cuisine Chûka (中華), entendez par là, cuisine chinoise.

Beaucoup d’Occidentaux m’ont dit « J’adore la cuisine japonaise » ! Et quand je leur demande de nommer les plats qu’ils aiment, certains me répondent : « L’ Okonomiyaki, le Tonkatsu, les Ramen et les Gyoza ». C’est bien. Sauf qu’aucun de ces plats n’est véritablement représentatif de la cuisine japonaise de base. Je conçois que c’est un thème délicat tant la gastronomie, comme les langues, est vouée à ne jamais rester figée. Tout est fait d’apports, d’influences, d’adoption et d’évolutions, mais il est important de comprendre le côté exotique que revêtent les plats en sauce pour les Japonais de l’époque.

D’ailleurs, notez qu’un des noms donnés à la farine de blé à cette époque était Meriken-ko「メリケン粉」. Meriken, c’est tout simplement la prononciation de « American » par les Japonais de l’ère Meiji. Par extension, au 19e siècle, tout ce qui venait de l’autre côté de la mer pouvait porter le nom de Meriken.

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La région du Kansai avec Kobe et Osaka a été particulièrement inventive avec les dérivés des sauces Worcester. La sauce Tonkatsu, inventée en 1948, et autres plus ou moins épaisses comme la Nôko Sauce 「濃厚ソース」voient le jour après la Seconde Guerre mondiale. Sur Hiroshima on a probablement la plus célèbre marque avec le mastodonte Otafuku qui possède une énorme part du marché national. C’est la sauce standard là-bas. Dans le Kansai, il y a un monopole moins important où il existe de nombreuses marques comme Oliver, Ikari ou encore Hermes Sauce (non non, pas la marque française). Avec toutes ces marques, beaucoup de restaurants préparent leur mélange original afin d’obtenir un goût unique pour se démarquer des autres. Dans le même genre, certains restaurants confectionnent une mayonnaise maison également.

ET LES MAZÉ-YAKI ALORS ?

Certains estiment que le gros courant du Mazé-yaki date du début de l’ère Showa (1926 – 1989) à Tokyo et aurait été transmis à Osaka par la suite. Oui, vous avez bien lu ! TOKYO. Non seulement une bonne partie des plus anciennes sources du plat (Monja-yaki et Dondon-yaki) en sont originaire, mais aussi le tout premier Mazé-yaki connu. On ne sait pas exactement à quoi il ressemblait néanmoins.

LA QUESTION EST DE SAVOIR QUAND EST-CE QU’ON A UTILISÉ LE MOT OKONOMIYAKI POUR LA PREMIÈRE FOIS.

La plus vieille mention écrite d’un Okonomiyaki remonte au livre « Watashi no shokumotsu-shi » publié en 1931/1932. L’auteur, Ikeda Yasaburo, explique que dans un quartier de plaisir de Tokyo, fréquenté normalement par des clients plus ou moins fortunés et des Geishas, un établissement aurait installé des plaques dans une pièce en tatami invitant les clients à cuire eux-mêmes une galette selon leurs goûts, d’où le mot Okonomiyaki. Quand il s’agit de cuire soi-même son Okonomiyaki, le Mazé-yaki s’impose par sa simplicité.

SI ÇA A COMMENCÉ À TOKYO, POURQUOI ÇA NE S’EST PAS DÉVELOPPÉ DANS CETTE VILLE ?

Bonne question. Sur Tokyo, le plat ne se serait pas propagé parce que le restaurant en question ne proposait pas que des galettes à manger, si vous voyez ce que je veux dire 🙂 A priori il y avait d’autres douceurs au menu. L’établissement était dans un quartier louche et ses activités étaient directement liées à des business pas clairs, notamment la prostitution. Le restaurant était un endroit tenu secret et officiait aussi discrètement comme maison close. Pour faire simple, l’Okonomiyaki là-bas, c’était un plat hyper underground ^^

Ceci explique pourquoi le plat serait resté marginal malgré l’ouverture de restaurant Sometaro en 1938 à Asakusa. Pour information, il existe encore. C’est le plus vieux restaurant d’Okonomiyaki du Japon encore en activité. Le chef ne le dira pas, mais sa recette a dû sacrément évoluer au fil des ans pour s’adapter aux évolutions et aux apports si nombreux des restaurateurs d’Osaka et d’Hiroshima.

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Malgré la mauvaise connotation du plat, cette manière ludique de manger se serait tout de même transmise à Osaka en 1937 avec l’ouverture à Kitashinchi (quartier de plaisirs et de bonne bouffe) du restaurant Itoya (fermé depuis) qui lui ne proposait qu’à manger. L’Okonomiyaki est arrivé lavé de son image louche pendant le voyage jusque dans le Kansai, et c’est propagé pendant et après la guerre. C’est bon, on le fait soi-même, à sa façon, comme l’aime tant les habitants d’Osaka, ville où on s’affirme souvent bien plus qu’à Tokyo. De plus, il était peu cher à faire, dans l’air du temps, et remplissait bien l’estomac. Un plat parfait pour ces périodes difficiles d’après-guerre. La popularité du plat est donc très liée aux circonstances de l’après-guerre. On verra que c’est encore plus vrai sur Hiroshima où sans la guerre, peut-être que l’Okonomiyaki actuel n’aurait jamais vu le jour là-bas.

Ce n’est pourtant qu’à partir de 1970 que l’Okonomiyaki a été reconnu dans tout le Japon comme un plat typique d’Osaka. Grâce notamment à des chaînes emblématiques comme BotejyuChibo ou Yukari, créateurs de nouveaux styles, avec de la mayonnaise (dès 1953 chez Botejyu)) en plus de la sauce et de l’igname râpé pour alléger la pâte.

1970 correspond aussi à l’année de l’Expo universelle d’Osaka, la première de l’histoire en Asie. L’afflux de visiteurs et de touristes a eu un impact considérable dans le rapprochement entre Osaka et Okonomiyaki.

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L’arrière de la fameuse Tour du soleil, de l’artiste Taro Okamoto, construite pour l’Expo Universelle de 70

Jusqu’alors c’était ce plat que l’on cuisait soi-même, mais petit à petit dans la ville, on voit apparaître des restaurants où on laisse un chef vous le préparer. Les techniques de professionnel devant les yeux apportent une valeur ajoutée qui font du plat quelque chose de plus respecté qu’une simple galette que l’on cuit un peu à l’arrache de manière ludique. C’est très étonnant de voir les différences d’ambiance qu’il peut y avoir entre les restaurants d’après-guerre qui n’ont que peu évolué, et ceux qui tendent à se moderniser et à devenir plus classes.

Restaurant Okonomiyaki old school-Osaka
Dans ce genre de vieilles gargotes que j’adore, il n’y a que des habitués, que ce soit les clients ou Hector, le cafard qui se balade parfois en été. 

Aujourd’hui, beaucoup de restaurants proposent néanmoins les deux manières de faire : par le chef ou une Mama-san, ou soi-même. Le faire soi-même reste très ancré néanmoins. C’est propre au style d’Osaka et c’est, je le rappelle, une des grosses différences avec l’Okonomiyaki de sa cousine.

ET POUR HIROSHIMA ALORS ?

Sur Hiroshima, on a une base identique à celle d’Osaka avec le Yoshoku-yaki. C’est ensuite que les choses se séparent clairement.

On pense que les habitants ont arrangé un Yoshoku-yaki que les enfants avaient l’habitude de manger dans des Dagashiya駄菓子屋」, des sortes de magasins de bonbons, en remplaçant le poireau par du chou (plus facile à obtenir toute l’année), en ajoutant les pousses de soja ainsi que divers ingrédients. Ils ont adapté cet en-cas afin de compenser le manque de nourriture qu’il pouvait y avoir après la guerre. Il fallait un plat nourrissant, une alternative au bol de riz. La présence américaine aurait permis aux habitants d’obtenir facilement beaucoup de farine de blé, la fameuse Meriken-ko. C’est ainsi que serait né l’Okonomiyaki d’Hiroshima après la Seconde Guerre mondiale.

Là-bas, il semblerait que le plat était souvent préparé par des veuves de guerre qui, pour gagner leur vie, ont aménagé leur cuisine pour faire de la petite restauration. Pas trop d’influence de l’Okonomiyaki apparu à Tokyo donc. Ça explique pourquoi il n’y a pas de Mazé-yaki sur Hiroshima.

C’est aux alentours de 1955 que les nouilles se seraient ajoutées au plat, transformant la préparation de manière plus concrète vers la forme que l’on connaît actuellement dans la ville.

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Si aujourd’hui un Okonomiyaki avec du porc et de l’oeuf est un standard, avant les années 60, il était parfois rare d’en trouver. Beaucoup n’étaient alors garnis qu’avec du chou et des nouilles (parfois même sans nouilles).

Quand un client voulait un Okonomiyaki à emporter, il venait avec une assiette et on y déposait sa galette encore chaude dessus emballée avec du journal pour qu’elle ne refroidisse pas. On parle ici d’un Japon qui nous semble très loin, mais ô combien charmant ! J’adore m’imaginer à quoi pouvait ressembler un Hiroshima d’après guerre comme ça.

Justement, après la guerre, les employés de la marque Otafuku, aujourd’hui célèbre entreprise locale, allait acheter les épices nécessaires à Osaka, qui était, je le rappelle, le garde-manger du Japon (天下の台所), là où on trouvait toute la bouffe du pays et même plus, pour fabriquer une Worcester Sauce, commercialisée à partir de 1950.

Sur Hiroshima, comme partout ailleurs, au départ on utilisait cette sauce Worcester liquide pour assaisonner l’Okonomiyaki, avant que les locaux n’imaginent une sauce parfaitement adaptée au plat, plus épaisse, telle qu’on la connaît aujourd’hui. Le simple ajout d’amidon de pomme de terre  a permis d’obtenir une texture idéale qui se répand moins et accroche plus à l’Okonomiyaki, à la manière de la Nôkô Sauce utilisée dans le Kansai. Cette sauce d’Otafuku sera la première à être nommée sauce Okonomiyaki, nom repris ensuite dans tout le pays.

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C’est à partir des années 80 que l’Okonomiyaki du style d’Hiroshima (広島風のお好み焼き) s’est développé dans tout le Japon, soit 10 ans plus tard que pour la version d’Osaka. Le mot Okonomiyaki étant déjà attribué pour la galette d’Osaka, c’est alors qu’est apparue une expression pour les différencier :

  • 広島風お好み焼き ou  広島焼き (Hiroshima-fû Okonomiyaki ou Hiroshima-yaki) Okonomiyaki à la mode d’Hiroshima

Il faut savoir que les habitants d’Hiroshima n’appelleront jamais leur galette Hiroshima-yaki, et ils ont bien raison ! Malgré tout, l’usage de l’expression Hiroshima-yaki reste très forte dans tout le pays pour qui le mot Okonomiyaki fait de base plutôt penser à la version d’Osaka. Hiroshima-Yaki permet donc de distinguer facilement les deux variantes. Il y a même une page Wikipédia sur la dénomination. Mais normalement, le mot à employer pour les galettes d’Osaka et Hiroshima est toujours le même : OKONOMIYAKI. Il faut simplement préciser de la version de quelle ville vous faites mention. (J’entends déjà les fainéants râler au fond).

LES VARIANTES

La famille des Okonomiyaki est grande, très grande.

Sur Osaka, en attendant que votre galette cuise, on mange souvent des Yaki-soba (des nouilles sautées). C’est un classique !

Il existe d’ailleurs de nombreux genres d’Okonomiyaki différents sur les menus d’Osaka. De quoi s’emmêler les pinceaux :

  • Les Okonomiyaki standards : la Mazé-yaki avec divers ingrédients
  • Le Négi-yaki 「ねぎ焼き」 : on enlève le chou et on le remplace par du poireau. Souvent servi avec de la sauce soja ou du Ponzu à la place de la sauce classique
  • Le Modern-Yaki 「モダーン焼き」: Mazé-yaki standard garni en plus de nouilles. Oui c’est costaud !

Modern-Yaki-Osaka
Les entrailles d’un Modern-Yaki bien costaud rien que pour vous

Sans parler des autres dérivés moins directs comme :

  • Le Tonpei-yaki 「とん平焼き」: une sorte d’omelette avec du porc et la fameuse sauce. Très répandu dans le Kansai, mais qui existe aussi sur Hiroshima, sous une forme légèrement différente.
  • Le Tchobo-yaki 「ちょぼ焼き : une crêpe épaisse.
  • Le Kabétsu-yaki 「キャベツ焼き」: un des ancêtres de l’okonomiyaki que l’on trouve encore à Osaka pour seulement 140¥ à emporter.

Mais cette grande famille est loin de se réduire qu’aux villes d’Hiroshima et Osaka.

Vous avez par exemple :

  • Le Monja-yakiもんじゃ焼き」 à Tokyo, dont je parle plus haut
  • Le Shigure-yakiしぐれ焼」à Fujinomiya
  • Le Nikuten肉天」à Kobe
  • L’Onomichi-yaki 「尾道焼き」à Onomichi
  • Le Kure-yaki (呉焼き) à Kure
  • Le Dago 「ダゴ」sur l’île de Kyushu
  • Le Hirayachiヒラヤーチー」 à Okinawa
  • Le DàBǎnShāo (大阪燒) à Taiwan, directement inspiré de l’Okonomiyaki d’Osaka

SONDAGE

J’ai effectué un petit sondage (qui n’a aucune valeur statistique réelle) sur Twitter récemment :

C’est une surprise pour moi. La version d’Osaka remporte les suffrages haut la main, ce que je n’aurais pas imaginé.

J’ai pourtant plutôt l’impression que l’Okonomiyaki d’Hiroshima est plus médiatisé auprès des Occidentaux. Je trouve même que la cuisine d’Hiroshima est souvent réduite qu’à ça dans les articles et photo, ce qui est vraiment dommage ! Bon, sur Osaka aussi c’est un peu le même souci, on réduit ses spécialités aux seuls Takoyaki et Okonomiyaki. C’est tellement réducteur !

Concernant le sondage, je me demande si finalement le problème ne vient pas du nom. Peut-être que pour beaucoup c’est spécifiquement le mot Hiroshima-Yaki qui évoque pour eux l’Okonomiyaki d’Hiroshima.

CONCLUSION

L’Okonomiyaki étant un plat que l’on cuisine soi-même ou que le chef prépare devant vous, il a été très facile de le copier. Les nouveaux restaurants ouvrant les uns après les autres, s’imitant et s’influençant pour obtenir la richesse que l’on a aujourd’hui. Remonter le temps à ses trousses nous pousse probablement à supposer d’éventuelles connexions. En cuisine, il y a toujours des inspirations quelque part. Les traces les plus anciennes remontent peut-être à Tokyo, mais ça ne fait pas de l’Okonomiyaki une spécialité de la capitale.

De toute façon, les origines peu importe. Il n’y a que le plaisir de manger qui est important. Finalement, les Okonomiyaki, bien que différents, font partie d’une même famille. Alors, tous à vos spatules et bon appétit ! (^_^)/

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REMERCIEMENTS

Je tiens à remercier Yann, mon ami et collègue qui assure les Hiroshima Safari, pour avoir répondu à mes questions et pour m’avoir permis d’illustrer cet article avec quelques une de ses photos. J’ai parlé de lui récemment. Vous pouvez voir ça ici.

Merci également à Judith du blog Jud à Hiroshima que je conseille vivement de suivre. Elle fait vraiment du bon boulot et montre un Japon du quotidien comme je l’aime. On a pu discuter pas mal de temps sur l’Okonomiyaki et elle a même sondé un peu son entourage afin de m’éclaircir sur divers points. Mes connaissances sur l’Okonomiyaki d’Hiroshima étant moins riche que pour celui d’Osaka.

Je vous remercie d’avance de partager cet article et de le commenter. J’y ai passé de longues heures et vos réactions m’intéressent. Si ça vous a plu, merci de me le faire savoir. Ça me donnera peut-être des idées pour la suite. Car oui, je vous le rappelle, j’ai toujours des idées en tête ^^

Sources :
– http://ja.wikipedia.org/wiki/お好み焼き
– http://www.otafuku.co.jp/laboratory/culture/history/his01.html
「食のルーツ」なるほど面白事典, publié par PHP研究所 – 大阪の教科書 Version 2015, publié par 創元社/増補改訂

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L’air du temps … celui qui ne fait que passer

Par Posted on 4 min lecture

C’est une balade en mars 2012. Un an après la grande catastrophe du nord-est du Japon. Je marche seul, mais je suis accompagné de la ville d’Osaka et de mon vieux Pentax. Je me laisse porter par les ruelles japonaises et découvre une maison isolée, recouverte de taule. Un de ces taudis charmants que l’on voit souvent au Japon. On dirait que celle-ci ne demande qu’à s’écouler. La rouille sur la taule et le bordel autour lui donne un aspect tiers-monde vraiment marqué.

Taudis japonais

Je continue mon chemin et passe devant 3 maisons mitoyennes. On dirait une Nagaya, mais elle est un peu différente de celles que je croise régulièrement. Sa beauté m’interpelle et je reste planté là quelques instants jouant au jeu des devinettes. Qu’est-ce qu’il se cache à l’intérieur ? Depuis quand cette maison existe ? Qui vit ici ?

Nagaya de Lino Ventura

Le ciel gris ne me motive pas franchement à continuer à faire de la photo. Je décide de revenir le lendemain.

C’est sous un beau ciel bleu que la journée commence cette fois. Je piétine à nouveau les chemins d’hier, approfondissant les moindres recoins. C’est que j’ai des Osaka Safari en préparation moi !

Le soleil c’est une invitation à sortir quand on est dans les mois froids de l’année. Je vois plus de monde dans les rues ainsi que des oiseaux en pleine activité. En repassant devant la Nagaya, une vieille dame sort et, me voyant fixer sa maison, elle me dit :

– C’est joli n’est-ce pas ?
– Oui, très. J’aime beaucoup les vieilles maisons japonaises.
– Celle-ci date de l’avant-guerre. J’ai grandi ici. Mais plus personne ne vit là à part moi. Mes voisins ne sont plus là.

Vieille dame

J’ai toujours une admiration pour ces destins fidèles à un lieu. N’ayant plus de voisin, elle s’occupe des fleurs elle-même. Tout en portant ses plantes, elle continue :

– Comme il fait beau, j’en profite pour mieux exposer mes plantes. Elles ont besoin d’affection.
– Comme nous tous non ?
– C’est vrai. Vous venez d’où ?
– De France.
– Ah ! C’est un beau pays !
– Merci. Le Japon n’est pas mal non plus.
– Oui c’est bien le Japon, mais la France ce n’est pas n’importe quoi !

Elle enlève son bonnet et regarde le ciel bleu.

– J’aime bien Jean Gabin et Lino Ventura.
– Ha ha ! Vous connaissez bien ! Mais il faut savoir que Lino Ventura est Italien.
– Ha bon ? Bah désolé alors.
– Non, ça me fait plaisir car je suis à moitié italien de par ma maman.
– C’est vrai ? Bon alors, oui, j’aime bien Lino Ventura.
– À cette époque la France et l’Italie avaient vraiment beaucoup de connexions artistiques. Mais aujourd’hui ce n’est plus vraiment le cas. Plus le temps passe et plus la France perd sa latinité j’ai l’impression.

Je lui propose mon aide pour déplacer un gros pot de fleurs. Elle refuse disant qu’elle a l’habitude. Puis elle me dit :

– Tout change tout le temps de toute façon.
– Je comprends. Changer c’est une chose, mais disparaître c’est une autre. Quand je vois votre maison, j’aimerais qu’elle ne disparaisse jamais.
– Elle sera détruite un jour, comme toutes les autres.

Ce jour j’ai attendu le soleil se coucher et le voir baigner le reste du monde lumineux d’un dernier rayon.

dernier rayon

Je suis repassé plusieurs fois dans les parages au cours des années suivantes. Je n’ai jamais recroisé ma vieille dame, mais sa maison était toujours-là.

Un dernier passage il y a quelques jours et voilà ce que j’ai retrouvé.

bye bye

Un pincement au coeur et une légère colère m’envahit toujours quand ce genre de chose arrive. Ce n’est pas la première fois ni la dernière.

Comme lors de mon premier contact avec cette maison qui n’existe désormais que dans les souvenirs de gens qui s’en souviennent, je joue au jeu des devinettes. Qu’est-il arrivé aux habitants, à ma vieille dame ? N’y avait-il pas mieux à faire que de tout détruire ? Que vont-il construire de moche et d’impersonnel à la place ?

Je continue mon chemin. Et ma vieille baraque de taule aussi a disparue.

les restes

Ce sont comme des destins qui s’envolent. On rase tout pour tourner une page. Un lieu n’est qu’un espace physique qui flotte dans l’air. Nos souvenirs ne sont que de vagues sensations qui flottent dans nos coeurs et nos esprits.

Actuellement mes voisins détruisent leur maison. Il veulent en construire une plus grande au même endroit.

maison detruite

Ce n’est pas une pratique unique au Japon, mais cette capacité à détruire est tellement banalisée ici. Les seules maisons anciennes qu’il reste ne sont que des miraculées.

Parfois finalement, ce sont les maisons des classes populaires qui restent sur pied le plus longtemps. Pourquoi ? Car ils n’ont probablement pas l’argent nécessaire pour la détruire eux-mêmes afin d’en avoir une plus moderne, plus dans l’air du temps … celui qui ne fait que passer.

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