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Une culture hors contrôle

Par Posted on 7 min lecture

Quand on lève les yeux dans les quartiers animés du Japon, il semble qu’il n’y ait de place que pour une publicité dictée par les grandes chaînes mondiales et nationales. Entre murs de verres bien propres et mannequins représentant un idéal servit sur un plateau, l’espace qu’il reste dans la rue pour ceux qui sortent du moule semble bien maigre ici.

H&M-Uniqlo-Osaka

Même dans leur comportement, ces « Japonais rebelles » essaient de ne pas trop empiéter sur ces espaces consensuels. Pourtant la touche underground pourrait avoir un sens particulièrement fort au pays des bons sentiments et des phénomènes de masses. Plus on sort des zones huppées et plus on aperçoit une sorte de laisser aller. Je constate que parfois une même personne va respecter les règles de bienséance lorsqu’elle est autour d’une gare ou d’un centre commercial propre et moderne, mais n’hésitera peut-être pas à jeter quelques déchets par terre sous un pont ou dans un coin peu recommandable, à l’abri des regards, sauf peut-être celui du Sky Building au loin.

sky-gomi

Au Japon, on voit des tags et graffitis, souvent peu travaillés, par ici entre les murs, par là derrière les distributeurs de boissons, comme un symbole de gens ayant envie de gribouiller une page parfois trop blanche, superficiellement parfaite.

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Dire qu’il n’y a pas de tags au Japon est signe d’une méconnaissance du pays. Considéré souvent comme du vandalisme, on aime à penser que ces actes sont inexistants au pays où, de loin, tout semble si propre et parfait. S’il est clairement moins sujet au vandalisme que tous les autres pays que j’ai pu visiter, le Japon reste un pays fait d’être humains.

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Mais est-ce que tous ces tags sont du vandalisme ? Je ne connais pas cet univers et j’en suis encore au point où je confonds Graffiti, Tag et Street art. Pour y voir plus clair, une recherche s’impose.

Il semblerait que le Street Art regroupe toutes les formes d’arts réalisées dans la rue. Ça englobe donc de nombreuses techniques différentes. Le Graffiti serait une forme de Street Art dont les outils principaux sont les sprays et marqueurs. Le Tag lui, serait surtout une signature stylisée appliquée dans la rue. Certains semblent vouloir marquer un territoire ainsi. N’hésitez pas à compléter ou corriger les explications en commentaire de cet article.

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Je me demande à quel moment ces marques, dessins, deviennent de l’art ? Jusqu’à quand, reste-t-elles de simples signatures ou revendications ? Quand franchit-on la limite qui amène les tags vers les graffiti ? Avouons que ce n’est pas un monde évident pour tout le monde.

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En général, le Japon n’aime pas trop tout ce qui est « Street ». Street Art, Street Food, Street Sport etc. Comme on a pu le voir avec Clet Abraham récemment. La rue c’est avant tout un espace de transport, un lieu fonctionnel. Sur Osaka, par endroits, la culture underground est souvent moins freinée qu’ailleurs. Moins de tags effacés, plus d’envie de s’exprimer, moins d’attitudes conventionnelle, plus de rebelles et d’excentriques, forment probablement un endroit idéal pour ceux qui souhaitent découvrir à quoi peu ressembler la culture underground urbaine ou graphique nippone.

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Clet Abraham a beau être considéré comme un artiste, ce qu’il fait est surtout vu comme une pratique illégale. Le monde lui a apporté assez de tolérance et respect pour continuer ses activités mais au Japon ça ne passe pas (auprès des autorités). Il est finalement assez rare de voir les panneaux de signalisations transformés par quelque personne que ce soit. Sur la photo ci-dessous on voit bien que si le panneau du bas est dorénavant illisible, le flèche sur fond bleu reste intacte. Ce panneau recouvert de stickers n’est pas un panneau de signalisation pour les voitures, mais d’information (assez inutiles d’ailleurs) pour les piétons.

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J’ai passé du temps à observer ce monde du Street Art. J’ai observé beaucoup de Tags que je considère comme un griboulli pas très joli, et d’autres oeuvres qui attirent franchement mon regard et force le respect. Parfois on a aussi affaire a de véritables peintures urbaines.

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Je ne décode pas toujours ce que je vois. J’ai vu des intégrations discrètes, mais aussi des détails osés et provocateurs.

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Osaka regorge de petites choses plus où moins intégrées volontairement et qui la pigmente comme un grain de beauté, entre tâche et sensualité. J’aime voir la charmante erreur intrusive qui apporte la différence au pays de l’uniformité.

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Certains envoient des messages engagés, comme ci-dessous. Un rat qui porte un masque à gaz avec un baril de pétrole pour le Tohoku, région touchée par la double catastrophe du tsunami et de la centrale de Fukushima.

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Pourtant, si parfois on tombe sur de belles surprises assumées comme une girafe géante qui vous observe dans un coin de béton …

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… la plupart du temps il n’y a aucun intérêt à ces jets de peinture. Peu de choses intéressantes à se mettre sous la dent au Japon. Il faudrait encore approfondir et aller à la rencontre des acteurs locaux de cet univers.

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Une vieille maison délabrée, des tags sur cette surface abandonnée, et pour certains ça semble être la définition d’une décharge. La police est obligée de mettre un panneau rappelant que ce n’est pas ici qu’on jette ses déchets encombrants.

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Ceux qui mettent leurs déchets encombrants là, doivent se dire qu’ils ont meilleure conscience que de les balancer dans la rivière ou la forêt comme c’est parfois le cas. Au moins, ici, quelqu’un s’en occupera. L’important c’est de ne pas être vu, afin de pouvoir continuer à faire le beau devant tout le monde demain dans les quartiers chics brossés au peigne fin. Peu importe si autre part, les murs tirent la langue face à l’hypocrisie de certains.

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Armé de mon appareil photo, j’engage une partie de cache-cache avec les tags. Quelques pas dans des coins « peu recommandables » suffisent pour en voir en pagaille. Les arrières ruelles ou encore les zones proches des poubelles.

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Continuant mon avancée dans ces sombres ruelles, je tombe rapidement sur les quartiers chauds.

interdit aux moins de 18 ans-japon

Mais dans ces coins où la prostitution n’est jamais loin, ce sont les Love Hotel qui apportent couleur et graphisme à la ville.

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À bien y penser, le Japon semble accepter tous les délires urbains possibles, tant que c’est en rapport avec une activité commerciale. Je continue mon chemin et me retrouve sous les ponts ; ceux qui semblent vous aspirer dans le noir.

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Je remarque que les parkings de seconde zone sont souvent des lieux de choix.

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En levant les yeux dans des coins en apparence plutôt « clean », je suis quelques fois surpris.

Sur le toit

Et là, je tombe sur un mur comme on en voit peu au Japon. Comme une impression d’être dans une ville américaine d’un coup. Ici, on voit plusieurs couches de graffitis, comme s’il n’y a avait pas de respect envers la composition précédente.

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Parfois les devantures d’immeubles ont beau être propre, un tour par l’arrière permet de voir  une autre réalité. Les voyages m’ont appris à me méfier de tout ce qui semble trop reluisant, des bâtiments aux coeurs de gens.

face arrière

Mais il y a un quartier à Osaka qui semble vouloir assumer un peu plus l’art de rue. Par extension, il est devenu beaucoup plus indulgent face à ce qu’on considère comme du vandalisme dans le reste du pays. Faut dire que même les lampadaires sont des oeuvres urbaines comme on en voit nul part ailleurs au Japon. Son nom : Amerikamura

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Ici, les distributeurs de boissons sont recouverts d’autocollants.

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Peu de murs sont immunisés contre ces touches grouillantes.

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D’autres murs ont été mis à dispositions d’artistes urbains leur permettant d’opérer de manière tout-à-fait légale. Ils peuvent donc prendre leur temps.

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Certaines oeuvres semblent dénoncer que certains ont le droit de sourire tandis que d’autres ont le droit de se taire.

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Ce que j’aime c’est qu’on aperçoit plus de qualité graphique ici.

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Même les parkings, normalement gris et ternes, deviennent intéressants ici.

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Ici, les vélos ne ressemblent pas aux autres. Mais s’ils passent presque inaperçus à Amemura, ils dénotent totalement dans d’autres zones d’Osaka.

kominka+vélo

Il y a des douleurs dans la vie et des blessures sociales dans le monde entier. Le coeur des hommes peut parfois vite se laisser inonder de colère. Certains cherchent un espace où se faufiler afin de ne pas trop serrer les dents. Nos gestes sont parfois de simples actions thérapeutiques face à une vie moderne qui ressemble de temps en temps à une promenade sur du sable mouvant. Revenir à la surface est pour certains synonymes d’affirmation de soi. « Think for yourself » comme diraient certains. Alors au Japon comme partout, pour éviter les effluves de sang, les murs, parfois, saignent de l’encre.

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Illuminations au Namba Parks

Par Posted on 2 min lecture

C’était un soir de Saint Valentin. Je marchais dans le froid sans personne à mes côtés pour réchauffer l’ambiance. Comme seul compagnon de route, mon appareil photo à la main, froide au contact du vent et du métal de l’engin. Un samedi soir de février sur les coups de 18h30, traversant les odeurs de grillades et sillonnant au travers de toutes ces personnes allant et venant dans le quartier de Namba.

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J’avais décidé de shooter les illuminations du formidable Namba Parks. Mais, je n’avais pas beaucoup de temps devant moi. Un Gorillapod comme seul « trépied », j’ai fait au plus simple et rapide.

Namba Parks Illuminations-02

Avec du temps, j’aurais pu m’éclater au 50mm pour peut-être photographier les couples qui étaient eux aussi venus profiter de cette ambiance féérique mise en place chaque année par le centre commercial. Une promenade sur les toits était accessible depuis l’entrée principale. On y voyait des dizaines de visiteurs attendre leur droit de monter les marches vers les terrasses. Beaucoup de couples. Des couples de jeunes femmes, de filles, des amies venues ce soir. Peu d’hommes finalement. Drôle de Saint Valentin !
Est-ce par manque d’intérêt des messieurs pour ces loupiotes joliment colorées ? Est-ce par manque de couples tout simplement ?

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L’architecture du Namba Parks est vraiment surprenante et l’exercice proposé avec ces illuminations est intéressant. Au fisheye les courbes déjà si prononcées du bâtiment n’en ressortent que plus flagrantes.

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À peine le temps de faire les clichés que j’avais en tête avant de venir, que me revoilà parti, laissant ainsi les couples et amis se partager cet espace lumineux au coeur de la ville d’Osaka. Il m’aurait fallu bien plus de temps et un autre matériel pour faire exactement ce que j’avais en tête. Mais, j’aurais probablement une autre chance un jour…

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Hiroshima est plus grande que Tokyo intra-muros

DANS CET ARTICLE, QUI RESSEMBLE PLUS À UN DOSSIER,
NOUS ALLONS DÉCOUVRIR DE PLUS PRÈS LE DÉCOUPAGE ADMINISTRATIF DES VILLES JAPONAISES,
QUI RÉSERVE PARFOIS QUELQUES BELLES SURPRISES.

Un jour, je roulais en voiture dans les régions au nord de Kyoto. J’étais en mission de prospection pour Vivre le Japon avec laquelle je travaillais régulièrement à cette époque. Je devais bien être à 25 kilomètres de la ville de Kyoto, au coeur de la forêt quand soudain je tombe sur un panneau m’indiquant que je venais de rentrer dans la ville de Kyoto. La ville ?! Une ville d’arbres et de cerfs ? Le découpage municipal doit vraiment être approximatif car on était loin de Kyoto en réalité et il n’y avait pas de ville ou même de village à l’horizon.

En voiture

Il y a quelques semaines, je discutais avec Yann sur Skype. On refaisait le monde, comme souvent. Faut dire qu’élever les débats ou philosopher, (même au raz des pâquerettes) c’est pas toujours le sport national au Japon ^^ Alors, faut en profiter entre Français. On en arrive à parler de la taille des villes quand soudain, il me dit : « En fait, Hiroshima c’est plus grand qu’Osaka ».
Moi : « Quoi ?!! C’est quoi ce délire ?! C’est pas possible ! ».

Je vérifie les informations. 905,41 km² pour Hiroshima contre 223 km² pour Osaka. C’est donc vrai ! Officiellement, la municipalité d’Hiroshima est plus grande que celle d’Osaka. Pourtant, il est clair pour tout le monde qu’Hiroshima est une ville bien plus petite qu’Osaka. Pas de doute là-dessus, d’autant plus qu’avec 905,41 km², ça voudrait dire que techniquement Hiroshima est plus grande que Paris (105,40 km²), Miami (143,15 km²), Le Caire (210 km²) ou encore Séoul (605,52 km²). Comment est-ce possible pour une ville de taille moyenne comme Hiroshima ?

Tout d’abord, pour mieux comprendre, présentons un peu les découpages administratifs qui nous intéressent ici. En gros, on a :

  • Les Ken 県 (parfois Fu 府, Do 道 ou To 都) : ce sont les préfectures (techniquement plutôt des départements)
  • Les Shi 市 : ce sont les villes ou municipalités
  • Les Ku 区 : les arrondissements des villes moyennes et grandes

Quand on regarde sur une carte le Shi 市 de Hiroshima 広島市, donc la municipalité de Hiroshima, on obtient ça :

Cliquez pour agrandir (via Google Map)
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En jaune on voit les limites de la « ville ». Cette dernière est surtout composée de forêts et de montagnes. On observe un gros décalage entre la ville réelle et son découpage administratif. Son agglomération est beaucoup plus grande que sa taille urbaine. En rouge, on voit le Hiroshima intra-muros. Le décalage est frappant !

Kyoto, avec ses 2000 temples et sanctuaires, ses 1,4 millions d’habitants se retrouve dans le même schéma qu’Hiroshima.

Cliquez pour agrandir (Google Map)
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Kyoto est en réalité beaucoup plus petite que sa taille administrative. Comme Hiroshima, c’est surtout montagnes et forêts.  Avec 827,90 km²,  Kyoto est plus grande que Milan (182 km²), Munich (310,43 km²), ou encore Chicago (606 km²). Elle est 8 fois plus grande que Paris ! Or c’est aussi une ville considérée comme moyenne à l’échelle japonaise.

Sachant à quel point le nombre de petits temples et sanctuaires augmente dans les montagnes et forêts, je me pose la question suivante : pour arriver au décompte de 2000 temples et sanctuaires à Kyoto, s’est-on basé uniquement sur ceux à l’intérieur de la cité historique, ou a-t-on englobé aussi ceux éparpillés dans les montagnes loin de la zone urbaine ?

Montagne Kyoto

Mais pourquoi le découpage se fait de manière si approximative ? Je pense qu’en fait c’est par simplicité et économie. Plutôt que de créer de nouveaux chef-lieux au milieu des montagnes ou dans de petits villages, le gouvernement englobe administrativement tout ça dans la grande ville du coin auquel ces territoires dépendent. Mais, je ne suis pas un spécialiste du sujet. Il y a peut-être d’autres explications.

Pour Osaka, c’est le contraire. La ville administrative, le Shi 市 d’Osaka 大阪市, est bien plus petit que ce que représente la réalité urbaine liée à la ville. Cette dernière est entourée de communes parfaitement incorporée au tissu urbain d’Osaka et dépendantes plus ou moins fortement de celui-ci, formant ainsi une agglomération d’environ 8 millions d’habitants dépassant haut la main les 1000km². Ci-dessous, en jaune, les limites du Shi 市 d’Osaka, en rouge, ce que l’on pourrait nommer le Grand Osaka, la mégapole.

Cliquez pour agrandir (via Google Map)
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Il y a donc souvent un décalage entre les impressions sur place et la réalité administrative lorsque ces zones urbaines s’étendent sous nos yeux. D’autant plus qu’au Japon, comprendre où se termine une ville et où commence la suivante est un jeu d’une extrême difficulté. Il y a plusieurs villes dans la photo ci-dessous.

Sud d'Osaka-panoramique

Ça devient d’autant plus compliqué que les préfectures ont souvent le même nom que leur ville-capitale. Par exemple, les préfectures de Fukuoka, Nagasaki, Hiroshima, Osaka, Kyoto, Nara, Shizuoka, Tokyo et Nagano, pour ne citer quelles, sont des villes avant d’être des préfectures. Ce qui augmente les amalgames. Par exemple, lorsque l’on dit Tokyo, de quoi parle-t-on ? Du Tokyo intra-muros ? De la préfecture de Tokyo ? Du Grand Tokyo ?

Le cas de la capitale est un peu particulier. Ce n’est plus une ville Shi 市 depuis 1943. Il y a des arrondissements Ku 区 mais la ville à proprement parler n’existe pas. Ce qui n’aide pas à comprendre ce qu’est réellement Tokyo, qui est aujourd’hui surtout le nom d’une préfecture (Tokyo-to 東京都) et non d’une ville. Ces arrondissements, au nombre de 23, forment l’ancien Shi 市 de Tokyo. En d’autres termes, le vrai Tokyo intra-muros, en jaune sur la carte.

Cliquez pour agrandir (via Google Map)
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Le Tokyo intra-muros représente 622,99 km² (plus petit que l’actuel Shi 市 d’Hiroshima) pour environ 9 millions d’habitants. On est loin des 36 millions dont on entend si souvent parler au sujet de la capitale du Japon, comme avec des cartes en exemple ci-dessous, relayées en masse sur le net et sans explications précises, nourrissant ainsi l’amalgame entre Tokyo et Le Grand Tokyo.

http://undertheraedar.blogspot.jp

Ces 36 millions d’habitants c’est quoi au juste ? Et bien c’est simple, c’est la mégalopole du Kanto, nommée parfois Le Grand Tokyo mais dont le vrai nom est plutôt Kantō Major Metropolitan Area 関東大都市圏, et  qui englobe la préfecture de Tokyo (2 188, 68km² pour environ 13 millions d’habitants ; y compris les îles d’Ogasawara à 1000 km de Tokyo dans le pacifique) et les villes voisines, comme Saitama, Chiba ou encore Yokohama (3,7 millions d’habitants). Tout cela forme le tissu urbain le plus peuplé du monde sur environ 13 500 km². Impressionnant ! Néanmoins attention, ce n’est pas Tokyo au sens propre, mais une zone urbaine composé de plusieurs préfectures et villes différentes qui se sont étendues jusqu’à être littéralement collées les unes aux autres pour former une mégalopole.

Il existe plusieurs mégalopoles dans le monde, notamment le Grand New York comprenant entre autres les villes de Boston, New-York, Philadelphie, Baltimore et Washington. On parle ici de 34, 490km² (plus du double du Grand Tokyo) pour environ 23 millions d’habitants.

Sur le Kansai, il y a celle du Keihanshin, comprenant globalement Kyoto, Osaka et Kobe avec presque 19 millions d’habitants pour 11 170km².

Il faut savoir que le Japon reste particulier. C’est un pays composé surtout de montagnes et de forêts. Il n’y a que 18% environ de territoire plat, réparti principalement sur les côtes, où se trouvent la plupart des grandes villes. En extrapolant un peu, on peut dire qu’il y a tissu urbain pratiquement de Tokyo à Fukuoka en discontinu le long de la mer. On parle là d’une bande d’environ 1000 km !

Toutes ces informations permettent d’avoir envie de mieux comprendre de quoi on parle lorsque l’on emploie les mots « Tokyo », « Osaka », « Kyoto » ou « Hiroshima ». La définition d’une ville telle qu’on la conçoit en France ne semble pas forcément retrouver sens ici, au Japon, où le découpage se fait parfois de manière purement administrative sans prendre en compte la réalité urbaine du terrain. Quand aux mégalopoles, il est toujours important de préciser de quoi on parle quand on aborde le sujet.

Sources :
http://ja.wikipedia.org/wiki/広島市
http://ja.wikipedia.org/wiki/京都市
http://ja.wikipedia.org/wiki/大阪市
http://fr.wikipedia.org/wiki/Arrondissement_spécial_de_Tokyo
http://fr.wikipedia.org/wiki/Ville_de_Tokyo
http://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_Tokyo
http://en.wikipedia.org/wiki/Greater_Tokyo_Area
http://en.wikipedia.org/wiki/New_York_metropolitan_area
http://fr.wikipedia.org/wiki/Keihanshin

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Doyadoya Matsuri à Osaka

14 jours après le nouvel an, a lieu chaque année un Matsuri (fêtes traditionnelles) au temple Shitennoji d’Osaka. Comme souvent, les Matsuri  de cette ville sont entrainants, vifs, amusants comme ses habitants. Plus qu’une fête, ce Matsuri est un rituel. On est très loin des ambiances estivales. C’est plus confidentiel.

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Doyadoya Matsuri est un rituel pour lancer sur de bons rails l’année qui vient de commencer. Il tire ses origines dans un passé où de bonnes récoltes sans encombre étaient la première inquiétude du peuple. Manger à sa faim et avoir quelque chose à revendre ou échanger était essentiel.
Les Japonais ne l’époque ne vivaient pas dans l’opulence de futilités de ceux d’aujourd’hui. Néanmoins, il persiste encore ces rituels qui n’ont parfois plus beaucoup de sens à l’heure actuelle. C’est la force culturelle du Japon : savoir garder près de soi des pratiques transmises de génération en génération sans les bousculer. Ces Matsuri traversent les âges comme les générations se succèdent sur l’arbre de la vie.

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Tout d’abord, des enfants se dirigent devant le pavillon Rokujido presque nus en affrontant le froid. Voir de tels petits bouts procéder à ce rituel avec assiduité est admirable. Mais, certains semblent surtout bien s’amuser.

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Puis, place aux plus grands, des jeunes hommes en Fundoshi arrivent par l’est et l’ouest. Le but pour eux est de récupérer des amulettes. Seulement, être nu en plein mois de janvier ne semble pas suffire pour obtenir la clameur des dieux. Il semblerait qu’il y ait plus de chance en leur jetant de l’eau froide sur le corps.

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Le spectacle est impressionnant ! Mais le rythme des voix, le son des sifflets et les sourires de la plupart permettent de ne pas vivre l’instant comme une souffrance gratuite. Le moment est léger, dur, mais léger.

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Le professeurs sont chargés d’arroser ces ados et ils le font à coeur joie. C’est un rapport très particulier qui doit se créer entre eux et les élèves après ça.

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Place ensuite à la prière, les mains jointes, le corps humide, sensible au moindre déplacement d’air.

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Et quand on croit que ça se calme enfin, c’est reparti pour un tour.

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Place ensuite à une pause assise. Une pause qui n’a de pause que le nom.

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Dans le froid hivernal, on pourrait croire qu’il neige sur eux.

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Moi je vois surtout Doyadoya comme un rituel de passage. Une sorte d’endurcissement avant de devenir adulte. Il y a  un côté militaire dans tout ça mais mon coeur balance. Quand je vois de quelle manière ça se déroule, je trouve ça bien. Bien sûr, je plains l’instant que vivent ces adolescents, mais je me dis parallèlement qu’il doit y avoir du positif et que ça ferait pas de mal d’avoir quelques rituels comme ça chez nous. Seulement la France remet tout en question. C’est sa force et sa faiblesse. Le Japon, au contraire, ne le fait jamais. C’est sa force et sa faiblesse.

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Osaka kitchen : fin du tournage sur place

J’avais parlé en juillet d’un projet de reportage audio sur Osaka et sa cuisine. Ce projet était propulsé via une plateforme de crowdfounding française. Merci à tous les donateurs sans qui ce projet sur Osaka n’aurait jamais pu se faire.

Bol d'anguille

Car oui, pour ceux qui n’ont pas suivi, le tournage a bien eu lieu. C’était pendant les deux premières semaines de décembre. Mon rôle ? Prise de rendez-vous et traduction en direct sur place. C’était la première fois que je faisais un travail de « fixeur » pour un reportage. Le challenge de la traduction français-japonais en direct m’a bien plu. C’est un boulot passionnant et j’admire encore plus à présent les interprètes de métier. Au delà de ça je pense avoir aussi joué le rôle de consultant culturel sur le Japon et Osaka pendant l’élaboration des thématiques du projet avec les deux journalistes.

Ce fut une expérience assez inoubliable car on a pu aller à la rencontre de beaucoup de personnes de talent. On a vécu des privilèges en poussant des portes normalement closes.

Forgeron japonais

Le fil rouge était bien sûr la cuisine à Osaka. Je le savais déjà mais ce reportage n’a fait que conforter le statut spécifique d’Osaka en matière de gastronomie. On a vécu une véritable immersion dans cette fascinante citée.

Osaka

À l’école Tsuji, la plus réputée des écoles de cuisine au Japon (voir peut-être de toute l’Asie) la rencontre avec des chefs et des professionnels était passionnante. L’important rôle historique et fondateur d’Osaka dans la gastronomie japonaise ne fait aucun doute, tout comme son aura actuel. Et on ne parle pas forcément des plats populaires comme les Okonomiyaki et Takoyaki.

École tsuji

J’en ai profité parfois pour shooter à la volée avec mon appareil photo bien que je n’étais pas là pour ça.

Au resto Yoshoku

Je garde un formidable souvenir de cette journée complète auprès d’un chef de Tempura renommé !

Chef tempura

Tout comme notre réveil à 2h30 du matin, dans le froid hivernal, pour participer aux diverses criées du marché central de la ville.

Pierre feuille ciseaux

On a pu élargir le sujet sur divers aspects liés à la cuisine, des marchés …

Marché central d'Osaka

… aux maîtres artisans des couteaux japonais.

Aiguisage de couteau

« Japon, entre tradition et modernité » : on peut déjà être sûr que les journalistes ne vont pas tomber dans le piège de cette phrase facile et systématique. Je ne me fais pas de soucis quand au fait que ce reportage apportera vraiment un vent frais. Après tout ils parlent d’Osaka. C’est déjà original en soi. Je les remercie d’avoir eu l’audace de traiter cette ville plutôt que de « surfer sur la vague ». À eux de jouer pour la suite à présent ! Bon courage 🙂

Pour suivre l’avancée du projet ça se passe ici : http://www.osaka-kitchen.net

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Star du jour, tu redeviendras poussière

Quand on tient un blog sur plusieurs années, il arrive qu’on doive traiter plusieurs fois le même sujet. Ça fait quand même depuis 2007 que j’écris sur le Japon. Deux sujets reviennent souvent avec lui, les cerisiers en fleur et les couleurs d’automne. Alors, comme le Beaujolais nouveau, voici le cru 2014 de l’embrasement automnal.

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Qui dit automne au Japon dit se rapprocher de la nature. Souvent on pense à Kyoto, dont les splendides joyaux se trouvent sous leur plus beau jour courant du mois de novembre. Cette année, pas de Kyoto pour moi. Comme l’année dernière, je suis principalement resté sur Osaka, dont j’avais montré quelques photos d’automne dans le parc du château. Toutes les villes et toutes les campagnes du Japon sont des lieux permettant observer les phénomènes de la nature, pour peu qu’on sache où regarder.

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Cette fois je vous présente une saison plus tardive. Le feu d’automne qui rayonne a déjà bien consumé les feuilles. Ces dernières viennent chercher la fraicheur sur un sol humide. La brune terre, le gris asphalte et la verte mousse se retrouvent oranges, rouges, jaunes.

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Feuilles recourbées, usées, rongées, elles ont connu la gloire, celle de voir les gens lever leurs yeux pour les observer. À présent, on les baisse pour les regarder, quand on ne les écrases pas au passage. Star d’un jour, tu sera, ou jetée à la poubelle ou consumée en poussière pour rejoindre ta terre mère.

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Parfois tu aura encore la chance de voyager un peu, portée par le courant d’eau qui coule ici bas, comme la sève dans tes nervures aujourd’hui asséchées. Où comptes-tu aller ?

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Toutes les générations observent ce phénomène annuel. Les jeunes sont debout, brûlant d’énergie, sur les hauteurs de pierres face aux couleurs.

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Les anciens s’allongent comme les feuilles, dans le repos et le calme pour humer les effluves de terre si typiques de cette saison.

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Quand a moi je reste bloqué quelques minutes sur le reflet de ce ginkgo. L’automne ce ne sont pas que les érables. Le jaune des feuilles de ginkgo sous un ciel bleu est une des plus belles choses a observer en cette saison. Mais ici, dans l’eau trouble vous y verrez des oasis de netteté. La symbolique est belle pour ce miroir de la vie. Je n’ose pas me pencher pour me regarder. J’ai peur de n’être que dans le flou.

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Halloween 2014 à Osaka

Halloween n’est pas vraiment une fête culturelle en France. C’est en venant au Japon que j’ai découvert l’impact qu’il pouvait avoir dans certains pays. Comme toutes les fêtes et beaucoup de pratiques culturelles étrangères, les Japonais ont reprit les formes qui leur plaisait en enlevant la symbolique derrière. Noël ou les mariages à la chrétienne c’est pareil. C’est une façade vide. L’enveloppe est plutôt jolie mais il n’y a aucun fond.

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Hier soir c’était Halloween donc, comme tous les 31 octobre. J’étais en balade avec des voyageurs à Osaka et je n’ai donc pas pu faire les choses librement, mais on a quand même pu prendre quelques clichés en passant volontairement sur Amemura et Dotombori.

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Voici donc quelques photos prises au vol pour vous donner une petite idée de ce qu’il se passe ici pendant cette fête. Il y a des costumes encore plus fous mais il faudra un jour que j’aille photographier tout ça dans de bonnes conditions.

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Entre tâches de sang, délires et tenue sexy, le Japon est toujours au top lorsqu’il s’agit de se déguiser.

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Un village de plusieurs millions d’habitants

Ça pourrait avoir les pulsations saccadées d’une caisse claire ou les sonorités synthétiques de la musique électro, en réalité on y trouve plutôt de douces mélodies de guitare acoustique. Les villes japonaises me font penser à de la musique. En fonction de sa position, on change de genre comme si on zappait sur l’écran tactile de son iPod. Un instant d’ascenseur et un registre nouveau s’offre à vous.

Osaka-Village-12

Il y a ici plusieurs millions d’habitants, environ 11 millions dans cette plaine bordée de montagnes, les seules ayant assez d’autorité pour freiner cette étendue envahissante. La concentration peut faire peur mais elle est en réalité très fascinante, car elle réserve bien des surprises.

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On parle de métropole d’Osaka, mais quand je m’y engouffre j’y découvre surtout un village, pas de campagne mais urbain. On remplace ici les clochers par des gratte-ciels. Si ces derniers se voient au loin, ce qui nous intéresse ici c’est la dimension invisible des choses lorsqu’on surplombe la cité.

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Il existe comme une sorte de macro univers dans ces villes qui ne bouillonnent en réalité uniquement dans des endroits bien précis. En dehors de ces « hubs » ou quartiers nocturnes, le Japon est d’un calme exemplaire. Un pays de couche tôt et de lève tôt où, contrairement ce que l’on imagine, la vie ne grouille pas 24 heures sur 24. Pour nous autres européens, aller se promener dans des villes avec une telle dimension et une telle verticalité nous conditionne d’office en mode frénésie, lumière, foule etc. L’exotisme de ces nouvelles sensations, que l’on attribue volontiers aux grandes villes américaines, nous ferait oublier de regarder le revers. Car oui, il suffit de creuser un peu pour découvrir tout le contraire de ce à quoi on s’attendait en voyant la ville d’en haut.

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Il y a plus de maisons individuelles au Japon que de buildings ou d’appartements. Quelques toits de tuiles, de maisonnettes en bois, de bains publics, de pots de fleurs sur le bord des routes et une jeunesse qui court dans d’étroites ruelles où les voitures ne peuvent pas passer.

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Une grand-mère qui accroche son linge sur des poteaux de bois devant sa maison. On sort du Japon carte postale et touristique pour y découvrir la vie, simple et quotidienne.

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Des couples qui se promènent embaumés par de planantes effluves de fleurs.

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Le béton a perdu le monopole qu’il semblait avoir de la haut. On  ne va pas s’en plaindre. Il y a quelque chose de beau dans la fragilité apparente et l’usure.

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Il existe d’innombrables petits chemins qui s’engouffrent dans des zones charmantes, calmes, où la vie semble véritablement localisée. Les gens se connaissent, se saluent, se retrouvent dans des commerces de proximité désuets et bordéliques.

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Le soir, parfois on découvre de nouvelles choses. Des lumières qui semblent nous inviter à glisser entre deux maisons sur d’étroits pavés.

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J’adore montrer ce genre de coins lors des Osaka Safari. Certains voyageurs y sont plus sensibles que d’autres. Certains pas du tout mais la grande majorité est souvent étonné de ces contrastes d’ambiance. Osaka en regorge, entre l’animation la plus palpable et le flottement confortable de villages collés les uns aux autres sur des kilomètres pour former une masse urbaine nommée parfois mégalopole. Si vous êtes prêts à me suivre, je vous inviterais volontiers  dans ce « mégavillage » nommé Osaka.

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Les sanctuaires d’Ise, un appel vers l’âme du Japon ?

Par Posted on 5 min lecture

Le shintoïsme n’a pas la même origine que le bouddhisme. Il faut bien comprendre qu’à la base, ces deux croyances n’ont pas grand chose en commun. Au cours de l’histoire, elles se sont influencées mutuellement jusqu’à devenir une seule et unique entité, avant d’être à nouveau séparées. Visiter les sanctuaires d’Ise permet de découvrir un shintoïsme plus originel, comme resté dans sa bulle. Il n’y a aucun endroit au Japon qui représente le shintoïsme de manière aussi pure.

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Pour moi, le Japon n’est pas un pays monumental. Sauf pour ceux qui s’intéressent à sa culture et nourrissent l’envie d’y aller après avoir étudié le sujet, ce n’est pas un endroit où les touristes enchaînent les « waouh » lorsqu’ils sont confrontés aux codes esthétique originels. Trop sobre, trop simple, trop discret, pas assez grand, sont des remarques que peuvent aisément ressentir des voyageurs un peu arrivés au Japon comme un cheveu sur la soupe.

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Un non initié sera très souvent perplexe devant un jardin sec, sans plantes et verdures, avec pour seule chose à regarder qu’un tapis de cailloux. Le clinquant du Pavillon d’Or parlera beaucoup plus facilement au monde entier car il en met plein la vue et ne requière aucun travail sur soi. Il a quelque chose de monumental que les sanctuaires d’Ise n’ont pas.

Autre exemple : Nikko. Aussi jolis et incontournables que puissent être ses sanctuaires, ils ne représentent que peu la sensibilité esthétique du shintoïsme, et outre mesure, du Japon. Ils sont le pur délire prétentieux du shogun Ieyasu Tokugawa. Nikko a trop de tout. Le sanctuaire Toshogu en met plein la vue avec son style baroque mais que reste-t-il de l’essence discrète et raffinée du Japon ?

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Ise représente ce Japon un peu dur d’accès. Il demande de l’investissement de soi. Il fait appel à notre sensibilité. Il force à revenir à des choses simples et à sentir, avec ses sens et son coeur. Il donne envie d’apprendre les codes, ceux-là même qui permettent aux initiés de comprendre alors que je me sens mis de côté. Aujourd’hui, j’ai finalement compris que plus les formes sont simples et plus le fond est compliqué.

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Les ablutions se font avant de pénétrer dans la forêt. À la base, les sanctuaires shintô ne se trouvent que dans des endroits naturels et beaux. La forêt ici, fait partie intégrante du lieu sacré. Elle est composante du sanctuaire au même titre que ses bâtiments. C’est un tout.

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Construit en hinoki, cyprès japonais, ce sanctuaire n’a comme couleur que celle du bois, de la paille ou encore de la mousse qui s’invite dans des recoins humides. Pas de sculptures décoratives, ni sur le bois ni sur de la pierre. Il est nu et c’est ce qui semble le plus dérouter les touristes. Moi-même en venant la première fois ici je m’attendais à quelque chose de grandiose. Dans ma tête, le sanctuaire shintô le plus important du pays se devait d’être un symbole magnifique et imposant, à l’image d’un vatican pour le catholicisme. Je pensais en Occidental. Le lieu m’avait marqué mais il m’avait aussi vraiment déçu, sans compter que le visiteur n’a pas accès à tous les endroits et que les photos sont parfois interdites. Vous êtes prévenus !

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Aujourd’hui, il est un des endroits que je respecte le plus pour son côté entier. Le Japon est un pays, une culture de l’éphémère. Ici, toute semble transitoire, comme si rien n’était fait pour durer. Ça se ressent au quotidien quand on y vit et c’est parfois dur à accepter. Aussi vieux que puisse être le sanctuaire d’Ise (construit au 7e siècle mais la légende le place un peu avant la naissance du christ), il n’a jamais plus de 20 ans. En effet, il est éternellement reconstruit après 2 décennies.

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La dernière reconstruction est de 2013, date à laquelle j’y suis allé pour la seconde fois. Encore fraîchement coupé, le bois de cyprès sentait sur tout le sentier. Incroyablement doux au touché, ses torii ont capté mon attention comme aucun jusqu’alors. Je contemplais ses fibres et sentais ses effluves enivrantes, comme si sa sève s’évaporait dans l’air pour embaumer les passants. Pas besoin d’encens ici. C’était encore plus beau, et bien sûr, éphémère. Le bois ne doit plus sentir autant aujourd’hui.

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Et c’est en ça qu’il est monumental ! Il ne l’est pas dans sa forme, il l’est dans son fond. Il l’est dans les efforts fournis. Il l’est dans la régularité à travers les âges de ses rituels. Il est ce qu’il y a de plus japonais. Il me force à me poser des questions. Car cette mentalité qui porte à reconstruire en permanence pour avoir perpétuellement du neuf se retrouve d’une certaine manière dans la manière dont sont pensées les villes ici. Les bâtiments prédateurs d’aujourd’hui seront un jour détruits comme leurs proie. C’est un cycle.

Seule au monde

Je colère toujours intérieurement quand je vois toutes ces vieilles maisons traditionnelles détruites ici sans la moindre « compassion ». J’ai toujours envie de faire changer les mentalités et sensibiliser un peu ces Japonais, qui pour la plupart, n’ont que peu d’intérêt pour les vieilles constructions. Mais, quand je repense à Ise, je me dis que je vais peut-être à l’encontre de cette culture. Je pense faire ce qui est bien, alors que je risque peut-être de souiller son processus spontané. Qui suis-je pour dire ce qu’il faut faire ou pas ?

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Tant qu’il y aura Ise, on pourra se rappeler ce qu’est l’âme esthétique japonaise ; quelque chose de presque incompréhensible pour nous autres Occidentaux sans apprentissage et investissement de soi. C’est tellement loin de nous à tous les niveaux !

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Des parallèles d’approche similaires existent dans d’autres domaines. La cuisine par exemple. Voyez la différence entre un bol de Ramen savoureux et un délicat bouillon de bonite et algue konbu. On n’est pas du tout dans la même approche gustative. Le Japon c’est à la base plus le bouillon d’algue que le bol de ramen à base de porc. Le Japon c’est plus une sucrerie faite de riz et de haricots rouges qu’un Melon Pan.

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Pareil dans la littérature. Haruki Murakami a une reconnaissance planétaire mais est avéré par beaucoup comme le plus « occidental » des écrivains Japonais. La démarche à fournir pour saisir ses livres n’a rien à voir avec celle pour appréhender un livre comme « Oreiller d’herbe » de Natsume Sôseki.

De Nikko au bol de ramen, de Murakami au Pavillon d’or, toutes ces choses sont la réalité du pays aujourd’hui. Ils sont le Japon, mais c’est bien de se rappeler que les contrastes de ce pays sont aussi ailleurs que là où on nous dit systématiquement qu’ils sont. Vous connaissez la chanson …

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Dompter la rue

Quand on fait de la photo je crois que le comportement le plus naturel est d’appuyer sur le déclencheur quand on voit quelque chose qui nous frappe. Ça doit être spontané, au moins lorsque l’on débute. À l’époque, je faisais surtout des paysages. Je voulais montrer les rues, les ambiances, le décor du Japon, pays dont je rêvais.  Tout ici me semblait si fascinant ! J’adorais observer ce monde passivement, sans le bousculer. Je ne voulais pas l’influencer.

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Lorsque j’ai commencé, je n’aurais pas pensé continuer à faire encore aujourd’hui autant de photo. C’est le fait de voyager au Japon qui m’a poussé à commencer. Aujourd’hui je vois ça comme un fil rouge de ma vie, d’autant plus que je vis au Japon et que d’une certaine façon, c’est comme être en voyage de manière permanente, à la différence près que je fais maintenant aussi partie de ce monde. Je n’ai plus de raison d’être passif. En tout cas j’évolue avec mes envies photographiques et explore à mon rythme, et sans prétention, cet univers si riche et complexe.

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Ces derniers temps, j’ai l’impression d’avoir fait un peu le tour quant à ma manière de procéder jusqu’à aujourd’hui. Il est temps d’explorer de nouveaux horizons. On pourrait tomber dans le piège de vouloir renouveler son matos pour changer d’air (ce dont j’ai envie au fond de moi, je ne vous le cache pas), mais au delà du matériel, j’ai des idées en tête. Seulement, il me faudra du temps pour amorcer concrètement tout ça. Je veux changer ma manière de faire, mon approche, aller plus loin, aller plus dans l’humain.

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À force de m’enfoncer dans les couches sociales les plus profondes de la société nippone, je suis de plus en plus sensible à la condition des hommes et des femmes que je croise. Je le dis souvent, le Japon est beaucoup plus complexe et inégal que ce que l’on en voit habituellement. J’aimerais un peu plus immortaliser ces personnes dans leur environnement. Ils sont la vie et font la vie.

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J’ai toujours eu un peu de mal avec une approche trop « anthropocentriste » dans l’art. Mettre l’homme au centre de tout, inondant le reste, ne m’a jamais attiré vraiment. Néanmoins, à moi cette fois-ci d’essayer de dompter un peu plus la rue pour élargir mon angle, aiguiser mon regard et améliorer ma technique photographique.
C’est drôle mais là où l’homme se trouve j’aime le noir et blanc en photo. J’ai l’impression que ça permet de se concentrer plus facilement sur les choses essentielles qui se dégagent d’un cliché.

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Mais attention, je reste dans la continuité et si quelque chose me frappe, je continuerais de shooter comme au bon vieux temps. Les hommes c’est bien, un soleil d’été aussi 🙂

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