All Posts By Angelo Di Genova

Bairin, les bosquets de pruniers japonais

Chaque année c’est toujours un plaisir de se balader lors de douces journées d’hiver pour aller voir, et surtout sentir, les fleurs de pruniers.

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Récemment on vous a parlé de tempête de neige au Japon, surtout à Tokyo où il a exceptionnellement neigé. Personnellement, je n’ai rien vu de cette dépression à Osaka, à part de timides flocons. Ce pays est assez grand pour qu’on ne vive pas du tout les mêmes choses, en fonction des régions. Ce que je retiens de ces derniers jours, ce sont les pruniers en fleurs du « bairin » du parc du Château d’Osaka. Bairin c’est le nom que l’on donne ici aux bosquets de pruniers.

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Cette année j’ai tenté quelques clichés au 50mm, plutôt réservé aux portraits. Ce n’est pas l’idéal pour photographier des fleurs mais c’est un bon exercice.

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J’avais déjà écrit un article sur le sujet en 2012. Pour le relire, cliquez ci-dessous :
Les pruniers du château d’Osaka

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Hommage aux travailleurs

Sur ce blog, les photos servent surtout à illustrer mes propos. J’en ai une tonne en réserve et pas toujours l’envie de leur attribuer des mots.
Aujourd’hui, j’ai envie de poster sur le blog principalement pour la photo. J’ai prévu de ne pas trop parler mais me connaissant, ça risque d’être difficile à tenir 🙂

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Je déambule dans les marchés. J’aime les gestes des travailleurs. Cela fait des années qu’ils les recommencent. Ils sont inscrits dans leur peau. Précision, dextérité et impression de facilité sont souvent source d’étonnement pour moi. Le Japon est assurément un pays où culte du beau geste est très vivace. Ici l’apprentissage se déroule souvent par simple répétition face à son tuteur ou maître et ça se sent.

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Les Japonais développent souvent un exemplaire amour du travail. Ce dernier est très souvent vu comme un aboutissement. C’est à la fois une chose nécessaire à la vie mais c’est aussi une source d’épanouissement. Pourquoi le voyons-vous autant comme une contrainte en France ?

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C’est assez drôle de constater que dans les quartiers populaires du Japon, on ne remplace pas un appareil, un outil, une installation qui fonctionne. Elle peut avoir 50 ans, être rouillée, sale, écorchée, fixée sur son support par tant d’années de poussière, rien n’y fait, on la laisse.

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Pourquoi bousculer des habitudes quotidiennes ? Si ça marche c’est l’essentiel. Cette mentalité explique beaucoup de choses. Contrairement à ce que l’on croit, hors du champ d’action de la féroce société de consommation, le Japon est un pays où le besoin d’avoir l’appareil dernier cri n’est absolument pas une priorité. On ne remplace pas les appareils, tout comme les travailleurs. Courbé ou rouillé, tant que ça fonctionne …

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Le temps qui passe donne de la valeur aux choses qui le voit défiler. Les appareils aussi ont des rides ! L’ancien est moins frais que le nouveau mais ce qu’il perd en brillance, il le gagne en caractère.

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Et voilà, j’ai encore trop parlé 🙂

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Dotonbori, le poumon d’Osaka

Par Posted on 2 min lecture

Aussi étonnant que cela puisse paraître je n’ai encore jamais consacré un article complet sur Dotonbori. J’ai surtout essayé de montrer des images moins connues de la ville dans ces pages. Dotonbori est probablement le lieu le plus médiatisé de la capitale du Kansai, ce qui peut expliquer pourquoi je n’en ai pas forcément parlé jusqu’à aujourd’hui. Il n’en reste pas moins un des quartiers où je pose le plus mes pieds, surtout pour conclure une journée de balade à Osaka.

Pourquoi finir sur Dotonbori ? Car ce quartier de néons, de lanternes et d’odeurs s’échappant d’échoppes de Takoyaki fumantes, brûle de mille feux le soir. Bars, clubs, restaurants, magasins à n’en plus finir. Quelle abondance !

Dotonbori, c’est la facette la plus connue d’Osaka, qui est la ville populaire nippone par excellence. Cité généreuse, kitsch, un brin bourrue. À Dotonbori, le raffinement n’est pas la fond de commerce même s’il se trouve ça et là. Ici c’est surtout excessif et jouissif ! Du son, des couleurs, des gens et l’effervescence qui se mue en énergie.

Dotonbori, c’est aussi un symbole car on n’y trouve le vrai « Osaka Style ». Pas de simples néons ici. Dans ce quartier ils sont énormes, comme le fameux GlicoMan ! À l’instar du célèbre crabe géant du restaurant Kani Dôraku, les devantures des établissements sont ici en relief ; de véritables sculptures commerciales urbaines. On se croirait dans un parc d’attraction !

Cet aspect de la ville représente souvent le seul point de vue qu’on les voyageurs occidentaux sur Osaka, car les seules zones qu’ils visitent : celles des quartiers comme Dotonbori ou Shin-Sekai. Des lieux populaires, animés, pas forcément très entretenus où les rencontres sont parfois douteuses, à slalomer entre les rabatteurs de restos et une jeunesse enfermée dans son petit monde. Mais il est important de comprendre qu’Osaka ne se résume pas qu’à ça !

En tout cas, si pour vous le Japon c’est une envie de lumière, de lanternes, de vie, de bouffe et d’un patchwork coloré au sein de villes immenses et vivantes, qu’attendez-vous ? Dotonbori devrait être en tête de votre liste de visites au Japon !

L’automne brûle sur Osaka

La plus grande ville du Japon de l’ouest ne déroge pas à la règle, en automne, Osaka se pare de couleurs automnales. Il existe plusieurs endroits où en profiter. L’un d’eux est le très joli parc du château d’Osaka.

Avec la ville qui se profile en fond, une des tourelles du château semble entourée d’arbres.

Toute la famille végétale d’automne est là. On a bien sûr le momiji ; autrement dit, la feuille d’érable.

Mais il ne faut pas oublier le gingko, arbre dont la robe est d’un jaune magnifique ! Contraste assuré avec les odeurs désagréables de ses graines fraîchement tombées par terre.

Il y a aussi le cerisier, star du printemps, qui sait aussi se faire beau en automne.

J’aime me balader dans sous ces voutes d’arbres.

Parfois, il faut lever les yeux pour une partie de cache cache avec le château.

Tout le monde profite de cette agréable saison. Vraiment tout le monde …

Le Japon ce n’est pas ce que vous croyez

Beaucoup disent aimer le Japon. Certains ne savent pas que ce qu’ils aiment, c’est surtout l’image qu’ils s’en font. Vous pourrez partager beaucoup d’avis sur ce pays et vous aurez probablement raison. Car entre une image reflétée et une réalité plus nuancée où se trouve la vérité ? Entre deux, la vie est parfois coquine !

Déjà, il serait maladroit d’oublier que le Japon est un pays d’Asie et que la culture de ce continent est palpable à chaque instant bien que l’archipel développe une identité bien affirmée.

Mais pour revenir à l’image du Japon en Occident, je tiens ici à apporter une nouvelle mesure. Comment le voyez-vous ?
Souvent on répondra comme un pays moderne, riche, où la propreté est exemplaire, la sécurité omniprésente et le désordre inexistant. On dira que les Japonais n’enfreignent pas les lois, que tout le monde reste dans les rangs. On dira que les installations sont à la pointe et que le pays est en avance techniquement parlant sur le reste du monde. Beaucoup diront encore bêtement que c’est un pays inaccessible car hors de prix. On dira peut-être que rien ne traine par terre, qu’il n’y a ni agression ni délinquance, que personne ne semble mal intentionné ou encore, que les rues sont parfaitement propres. Pour finir, certains diront que c’est un peuple proche de la nature. Près de la nature oui, mais avec, régulièrement, des lampes allumées en plein jour 🙂

En tant qu’Européen amateur du Japon, on a souvent tendance à rendre le pays plus irréprochable qu’il ne l’est. Surtout au début, lors du premier contact sur place. On arrive de notre bonne vieille France et sa délinquance, son bordel, ses grèves, ses retards de métro, son manque d’amabilité et de sens du service, ou encore son individualisme. Notre pays est souvent si fatiguant !  Il semble parfois naturel de rendre la France plus négative qu’elle ne l’est quand on est dans un Japon qui met en exergue nos propres problèmes et qui symbolise l’opposé absolu.

J’ai moi aussi été un peu comme ça. Le Japon représentait presque un idéal à atteindre. Il était mon échappatoire à toutes les merdes quotidiennes qu’il pouvait y avoir en France. Mais aujourd’hui, je me rends compte que le Japon est un pays comme un autre. Il est juste différent du mien, et je l’aime pour ça. Il est plus humain à mes yeux à présent qu’il ne l’était quand je comptais les jours qui me séparaient du prochain voyage vers cette terre lointaine. Je m’y sentais, je m’y sens, plus vivant qu’ailleurs.

Le Japon est fait d’êtres humains. Le pays se débrouille comme il peut en composant avec ses habitants. Ici comme ailleurs, il y a des cons, des voleurs, des pervers, des idiots, des racistes, des cambrioleurs, des cinglés ou encore des racailles. Je vous laisse juste le soin de juger des proportions.

Et n’allez pas imaginer que seuls les étranger présents sont à l’origine du bordel au Japon. Cela reviendrait à dire que nous y sommes plus nombreux qu’en réalité. Ou alors, extrêmement bien organisés dans le seul but de dégrader le pays.

Parfois, alors que les rues semblent impeccables, il suffit de se pencher au dessus des buissons qui bordent les trottoirs des quartiers populaires pour y trouver quelques déchets.

Et là, je vois venir les mauvaises langues dire que j’écris cet article parce que je vis à Osaka, ville dont la réputation est d’être sale. Je répondrai simplement avec les photos suivantes. Tout d’abord, un joli mur en plein coeur de Kyoto.

Ou encore un prospectus distribué à Nara pour la lutte contre le cambriolage de voiture.

Le Japon est aussi un pays vieillissant où de nombreux quartiers semblent simplement attendre d’être un jour rasés. En sursis, ils se délabrent. Leur urbanisme est inexistant mais c’est souvent ici que le charme opère, dans la laideur des câbles électriques, des climatiseurs, du bricolage de fortune, des aérations et du bordel accumulé.

Au Japon, une ville doit d’être avant tout un espace de vie. Elle doit être fonctionnelle et pratique. Et ça comprend les autoroutes aériennes, les zones industrielles, les buildings construits sans aucune logique. L’esthétisme est secondaire bien que, peu à peu, les mentalités changent pour aller vers un certain compromis.

Mais, si ce Japon existe, il ne faut pas oublier celui qui est beau. Ce blog l’a beaucoup mis en avant. Il vous suffit de l’explorer. Cet article ne vous vend pas du rêve mais il vous montre la vie … et rien n’est plus réel que la vie.

Attention, loin de moi l’idée de vous dire que le Japon est un pays sale. J’essaie simplement d’équilibrer la balance. Mon activité professionnelle m’oblige à explorer ce pays. Je ne suis donc pas dans un schéma métro-boulot-dodo et sors du micro-système qui entoure ma vie quotidienne et mon foyer, pour effleurer toutes les franges de la société dans diverses régions. Je mets donc souvent les pieds dans des endroits où je n’ai aucune raison de passer et cela me permet de nuancer ma vision globale du pays.

L’automne qui pointe sur les feuilles

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L’été c’est un peu le zénith de la nature. Une heure où le vert domine.

La mousse est encore bien verte. Elle a été bien nourrie des fortes pluies de la saison des typhons.

Mais l’automne arrive peu à peu comme un filtre jaune que l’on applique sur une photo. L’automne succède à l’été, saison chaude et ensoleillée. On dit que les beaux étés donnent de beaux automnes.
Ce que les Japonais veulent dire par bel automne c’est l’intensité de la coloration de la végétation.
On parle beaucoup du Japon quand les érables sont très rouges, mais je voudrais rendre hommage à cette période de transition.
En ce moment, on voit les prémices de l’automne. Mise en bouche à cette période si jolie où la nature semble faire ses adieux en beauté avant de quitter la scène pour l’hiver.

Étonnamment, certaines branches semblent avoir perdu le notion du temps. Elles sont précoces et côtoient les autres. On se retrouve donc avec de drôles de combinaisons de couleurs. Comme si sous le même ciel l’automne et l’été semblait vouloir se tenir par la main.

Brume matinale

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Un levé inhabituel après une bonne nuit de sommeil. Un son flottant dans le hameau de montagne où je suis se propage jusqu’à mes oreilles endormies. Le son suivit de parole indique aux villageois que le soleil vient de se lever. Il sous-entend qu’on devrait en faire de même. Les yeux encore brouillés de fatigue, je sors me promener. Je sais que ce qui m’attends est beau car je suis en plein coeur de la montagne et j’ai déjà vécu l’expérience d’un levé très matinal plusieurs fois. Je sais que dehors de la vapeur s’échappe des toits de chaume des fermes alentours et que de la brume caresse les montagnes.

La brume flotte au dessus de moi. Elle voyage en suspension, lentement attirée vers le ciel. En contre-bas dans la vallée, il en reste beaucoup. Je profite du moment et me dit que ce que je vois de mes propres yeux est plus joli que le rêve que j’aurais fait si j’étais resté au lit.

Les rayons du soleil se renforcent et semblent faire fondre la brume comme de la glace au contact du feu. Mais le soleil a besoin de plus de temps pour tout assécher. La brume se met à perler pour mieux résister au coeur des plantes.

Ma dose d’été

Par Posted on 3 min lecture

La vie est un cycle. Les grosses chaleurs de l’été ne sont que la réponse au vent glacial de l’hiver, comme une partie de ping-pong saisonnière. Pendant mon enfance l’été rimait avec l’Italie. On passait des sapins des Vosges aux pinèdes en bord de mer. De Strasbourg au centre de la botte, où l’odeur d’iode et le sable chaud se côtoyaient sous un ciel bleu, chaque jour.

Aujourd’hui, je suis au Japon et cette Italie me paraît bien loin. Pourtant, il me faut encore ma dose annuelle d’eldorado de soleil et de mer. Et ces nombreuses années passées au Japon m’ont souvent surpris. Le Japon et l’Italie se ressemblent parfois. Des montagnes partout et la mer jamais loin.

Quelques jours devant moi pour aller rechercher cet été loin des villes et du quotidien. Je veux marcher pieds nus sur le sable brulant, courir vers la mer et m’y jeter comme un gosse, sentir la fraîcheur de l’eau qui caresse ma peau, plonger ma tête sous les vagues et entendre à nouveau ce son sous-marin étouffé, et ressortir à la surface les lèvres pleines d’eau salée et les yeux qui piquent un peu. Un retour aux sources. Un tiroir nostalgique qui s’ouvre à nouveau.

En voiture, je longe les côtes au sud d’Osaka à la recherche de plages et de coins sympas. J’ai du flair en général pour ces choses, mais je ne sais pas forcément si je suis sur la bon chemin. Un tanuki vient me saluer sur le bord de la route. S’il est ici, ça veut dire que je suis sur la bonne voie. C’est un signe, lui qui aime flâner dans les beaux endroits. Les instants suivants me prouveront que j’avais raison.

Du bleu encore et encore. Celui du ciel et de son miroir aquatique. Un horizon délicatement dessiné. Le son des vagues et leur fracas sur les roches brutales de ce littoral parsemé. Je respire profondément.

Des pêcheurs ont trouvé le meilleur endroit assurément. Comment sont-ils arrivés là ? J’ai envie de les rejoindre en bas mais ils me semblent aussi inaccessibles que l’Italie de mon enfance.

Longeant le littoral, j’arrive au point le plus au sud de l’île de Honshu, à quelques minutes avant la fin de la journée. Le soleil rougissant à mesure qu’il s’enfonce vers l’horizon est un instant de paix et de confidences.

Je trouve le soleil bien trop rouge pour l’instant. En réalité j’avais oublié que je portais encore mes lunettes de soleil.

Le voici ce soleil qui nous quitte ici. Il y va lui, vers cette Italie. J’ai comme une envie de sauter dessus pour qu’il m’emporte de l’autre côté de la terre à travers une balade sympa de 24 heures.

La nuit, le sommeil, l’inconscience, le réveil et le revoilà ce soleil qui n’arrête pas. La nature est chargée d’espoir. Encore un nouveau paysage avec ces roches alignées au bord de la mer.

La marée basse permet de s’en approcher. On y voit alors des coquillages prit au piège dans de maigres amas d’eau qui s’évaporent un peu plus chaque minute. Vont-ils tenir jusqu’à ce que l’eau revienne ?

Est-ce là encore le cycle de la vie ? Le mer et le soleil qui vont et viennent ? La nuit ou le manque d’eau. Une moitié de danger et une autre d’apaisement ? L’été et l’hiver ? Les jours déclinent déjà et bientôt le froid reviendra.

Buildings Retro, vestiges de la modernisation du Japon

Par Posted on 4 min lecture

On lit parfois qu’Osaka a été entièrement rasée pendant la seconde guerre mondiale. Pour avoir traversé cette ville en profondeur, il est clair que c’est faux. Alors oui, comme tant de villes au Japon, Kyoto exceptée (merci Serge), Osaka à été extrêmement touchée par les bombardements américains ; pourtant ça ne fait pas d’elle une ville entièrement rasée.

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J’y ai vu d’innombrables maisons traditionnelles d’avant-guerre. Le problème c’est qu’elles sont souvent éparpillées ça et là, isolées entre deux immeubles sans charme, sauf dans certains quartiers bien particuliers où j’emmène parfois les voyageurs qui font un Osaka Safari avec moi. Mais quand on parle de bâtiments d’avant-guerre, il ne s’agit pas seulement de maisons de style traditionnel.

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Pendant l’ère Meiji (1868-1912), Taisho (1912-1926) et au début de l’ère Showa (1926-1989), le Japon a construit beaucoup de bâtiments d’inspiration occidentale. La brique venait remplacer le bois. La souplesse des poutres laissait place à la dureté de la pierre. On commençait à verticaliser, tout en y ajoutant des petites touches japonaises, plus ou moins codifiées.

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En tant que port important, Osaka a toujours eu beaucoup de rapport avec les pays étrangers. Au tout début de l’ère Meiji, la plupart des Occidentaux arrivaient par Nagasaki, sur l’île plus méridionale de Kyushu, puis ils remontaient jusqu’à Osaka et Kobe et finissaient souvent à Tokyo.

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À Osaka aussi il reste donc de nombreux bâtiments de ces années d’avant la seconde guerre mondiale. Ils regorgent de détails amusants pour nous autres. Ces immeubles passeraient presque inaperçus en Occident mais dans un contexte japonais, ils deviennent de véritables attractions.

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Et comme, ils sont disséminés un peu partout, il faut aller les chasser, comme on irait traquer une bête sauvage dans la jungle urbaine et chaotique des villes japonaises.

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Certaines églises sont encore debout d’ailleurs. Et voir ces silhouettes si familières ici est une sensation étrange. Comme l’impression de revenir un peu chez soi.

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La plupart de ces bâtiments sont classés au patrimoine départemental d’Osaka. Les propriétaires reçoivent des financements pour les entretenir. Ces constructions reprennent souvent les techniques occidentales, non étudiées pour résister aux séismes. À l’époque, on manquait de recul pour savoir si ça allait tenir réellement. Aujourd’hui, plus personne ne construirait des bâtiments ainsi. C’est pourquoi, beaucoup ont subi des travaux de renforcement de leur structure. Il ne reste plus qu’à espérer que ça tienne bon jusqu’à ce que la terre tremble fortement à nouveau.

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Ils font donc partie intégrante de l’histoire et de la culture japonaise à présent. Ils sont authentiques et spontanés, à l’inverse de bon nombre de réalisations actuelles, qui singent notre architecture pour mieux immerger le passant/client dans un établissement commercial dépaysant, un peu comme certains parcs d’attraction au style apprêté.

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Construit avec de lourdes pierres bien épaisses, on retrouve dans l’antre de ces immeubles, cette sensation de protection que l’on ressent parfois en Europe. C’est comme être dans cocon qui nous garde des maux de l’extérieur, de sa chaleur, de ses vents, de son bruit. Revenir dans une maison japonaise construite aujourd’hui est en réalité plus sûr en cas de séisme mais je ne peux m’empêcher de m’y sentir dans un corps de plastique, léger, creux et peu réconfortant.

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Pour finir je voudrais parler de l’ère Meiji. Certains emploient le terme péjoratif de copie au sujet de l’assimilation technique et culturelle du Japon, suite à son ouverture sur le monde. Ethnocentrisme quand tu nous tiens. La réalité est bien plus nuancée.
Il y a pourtant une différence non négligeable entre copie et assimilation. Dois-je rappeler que ce sont les Occidentaux qui ont demandé d’ouvrir les portes du pays, et que certains d’entres eux vivaient de leur enseignement sur le territoire nippon ? Ils venaient enseigner ce qu’ils savaient, et les Japonais avaient soif d’apprendre. Et le mouvement inverse existait aussi.
Quand on apprend une langue étrangère on assimile un savoir nouveau. Mais est-ce que ça fait pour autant de nous des copieurs ? L’homme est un inventeur mais aussi un reproducteur.

Le monde est fait d’assimilations et d’échanges. Le Japon, par son isolation a régulièrement assimilé des connaissances extérieures par vagues intenses. Mais d’autres pays ont vécus des situations d’assimilation. Rome a assimilé la culture de la Grèce antique pour former la sienne. Le monde arabe a intégré le savoir de l’Égypte antique et ce qu’on nomme les chiffres arabes sont originaires d’Inde en réalité. Et la France est vraiment mal placée pour parler de copie vis-à-vis d’un autre pays.  Elle a elle-même assimilé la culture romaine (de force il est vrai) et a bénéficié de la renaissance italienne pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui dans le domaine de l’art ou de la gastronomie. Même les fables de La Fontaine sont inspirées d’oeuvres de fabulistes gréco-romains. Mais doit-on parler de copie ?
Je crois que nous vivons à une époque où les évolutions majeures du monde s’effectuent par les échanges. On a tout intérêt d’arrêter de se regarder le nombril en pensant qu’il est plus rond que celui de son voisin.

Le Japon de l’envers

Par Posted on 5 min lecture

Le Japon, pays des samouraïs et des geishas. Archipel à la pointe technologique avec un niveau de vie très élevé. Voyager au Japon, c’est faire un bond vers le futur. Mais cette avancée frénétique vers un avenir technologique n’empêche pas son peuple de maintenir ses traditions pour former un cocktail paradoxal (pour nous, pas pour eux). Démocratie puissante, pays « clean », tourné vers l’écologie (pfff), proche de la nature avec comme fer de lance le fameux Mont Fuji. Terre composée d’immenses villes où les gens travaillent avec une grande précision du matin au soir et se déplacent dans des trains bondés jamais en retard avec des pousseurs sur les quais et …. rho j’en ai marre d’écrire ce texte !


J’espère que vous y avez cerné le second degré. Car je crois avoir balancé pas mal de mots magiques non ? Ah, j’ai peut-être oublié sushi, kawaii, manga, robots et jeux-vidéos ? Il doit y en avoir d’autres encore que j’oublie.

Regardez la photo plus haut d’Osaka. Telle est l’image qu’on se fait des villes japonaises, fascinantes certes mais un peu inhumaines à cette échelle. On aurait peine à croire que, cachés dans ces blocs apparents de béton se trouvent des lieux, des matières, des gens qui sont hors des grandes idées de base sur le Japon.

Pas de building, pas de frénésie, pas de technologie, pas vraiment de richesses, pas forcément beaucoup de travail, pas beaucoup de consommation futile ou de paraître, pas de prise de tête, pas vraiment de retenue et pas de soucis avec le bordel. La sobriété japonaise semble bien loin.

Vétuste, désuet, ancien, abîmé, bricolé, rafistolé, vieillot, tels sont les mots qui me viennent à l’esprit quand je me balade dans ces quartiers populaires si charmants qui font parfois penser à un taudis de pays riche.

Le mélange de matière, d’époques, de style donne un cachet sincère à ces lieux en marge mais jamais bien loin de tout.

Entre les grands immeubles se cachent parfois des petites ruelles étroites aux antipodes du décor rutilant des boulevards tout proches. Quelques lanternes s’illuminent le soir pour égayer un passage qui collectionne les moteurs de climatisation. On s’engouffre sans trop savoir où l’on va ni si l’on en a seulement le droit.

La touche exotique n’est jamais loin, comme une note d’espoir. Une éclaircie sur un visage parfois monotone tels des Origami accrochés sur les barreaux peu accueillants d’une fenêtre.

Poubelles et compteurs d’électricité, asphalte troué dans lequel s’entasse l’eau de pluie et où se reflète l’envers de la ville.

La gentillesse est toujours là, la vraie cette fois, celle qui s’accompagne parfois de maladresse. Mais ici, si quelqu’un pense non, il dira non et si t’es pas content c’est pareil. Si un couple veut marcher main dans la main, il le fait. Si un homme veut fumer en marchant dans la rue, il le fait. Si une grand-mère veut gueuler contre les gosses qui jouent bruyamment dans la rue, elle le fait. Si un commerçant veut regarder l’étranger que je suis dans les yeux, il le fait.

La sincérité y est encore un peu régulée il est vrai mais juste ce qu’il faut, entre esprit collectif et affirmation de soi. J’existe sans piétiner les autres et je peux garer mon scooter en laissant les clés dessus.

Il n’y a pas que les matières qui sont anciennes, les pratiques le sont aussi parfois. Avouez qu’en regardant la première photo de cet article on a du mal à imaginer que celle ci-dessous à été prise au coeur de la même ville.

J’aime ce Japon qui ne connaît pas le sèche-linge ou le double-vitrage, qui utilise des téléphones en bakélite, qui se soucie peu de l’isolation des maisons car on ne l’a jamais sensibilisé sur le sujet, qui fait pousser des plantes et des fleurs dans la rue, qui bricole au petit bonheur sa gouttière rouillée, qui scotche un rétroviseur sur un poteau pour faciliter la circulation des voitures, qui utilise un pot de peinture comme cendrier sur le bord de la route, qui se laisse envahir de mauvaises herbes que personne n’enlève vraiment ou qui utilise encore des bouliers pour calculer les transactions commerciales.

On a l’impression que le monde s’est arrêté ici. Il vieillit depuis 30, 40, 50 ans et ne se renouvèle que peu. Une télé récente par ci par là mais dans un contexte rétro digne d’un Musée sur l’habitat d’après-guerre.

Partout au Japon, il existe ce genre d’endroits. Partout il reste des maisons de bois éparpillées pas loin d’une galerie commerçante bercée par de vieux tubes crachés des entrailles de haut-parleurs vieillissants, le tout sous une toiture bâchée qui se troue petit à petit.

Ce Japon là, on n’en parle pas beaucoup. Les Japonais en ont honte (ils ne devraient pas). Il est déroutant, crasseux, poussiéreux, ce n’est pas l’image qu’ils veulent donner de leur pays et ce n’est pas l’image que l’on s’en fait en Occident. Mais le Japon est aussi un pays qui vit avec ses propres inégalités et ses micros univers. Et puis qu’on le veuille ou non, il ne faut pas oublier qu’on est en Asie et donc on retrouve, toutes proportions gardées, ces quartiers populaires aux effluves enivrantes, où la bière coule à flots pour des clients installés dans des restos de fortune, au coin d’une rue, assis sur des cagettes de bières et des tables récupérées à gauche à droite. Et ça rigole, ça braille, ça vit à fond !

Le cuisinier fait griller ses brochettes la clope au bec mais n’est pas avare d’interactions avec les passants. Son collègue découpe du poisson cru sur une planche en bois à l’intérieur d’une minuscule cuisine dont les murs sont salis par l’humidité et la graisse transportée en fumée. Et si ça ne vous plaît pas, vous pouvez toujours aller au MacDo ou à toutes autres adresses de ce monde aseptisé, sans saveur et impersonnel que l’on connaît tous très bien. Bref regardez plutôt la photo ci-dessous pour y chercher la pointe technologique et le futur.

Toutes ces photos ont été prises à Osaka, capitale nationale de cet univers populaire. Un aspect du Japon tellement intéressant. Mais chuuuuuut ! Il ne faut pas le dire !

Laissons les Japonais superficiels et complexés qui ne se dévoilent pas pour les autres, nous on retourne rigoler avec des gens plus entiers.