Et pendant ce temps-là . . . à Osaka

On 13 mars 2011 by Angelo Di Genova

Osaka, 12 mars 2011, 19h48

Aujourd’hui, à Osaka, c’est avant tout un samedi. Et qui dit samedi, dit sortie nocturne. Les rendez-vous sont fixés aux pieds du centre commercial Hep-Five. Une fille attend son petit-ami portable à la main. Une rabatteuse d’un restaurant présente d’alléchantes réductions pour une pinte de bière.

Je parle d’Osaka car c’est là que je me trouve. Je parle de tout ça pour montrer ce qui s’y passe parallèlement à la catastrophe que vit une partie du Japon et dont les images tournent en boucle à la télévision.
Le Japon sous les vagues, le Japon détruit, le Japon des réfugiés, le Japon sous les risques radioactifs ; tous ces Japon-là existent. Mais un autre Japon poursuit sa vie presque normalement. Un Japon quotidien, classique dont personne ne parle mais qui existe bel et bien.

Osaka, 12 mars 2011, 19h13

À travers les médias, qui ne montrent que les zones sinistrées, on peut facilement s’imaginer que le pays tout en entier pris dans les problèmes. Mais la réalité est bien différente. Lorsque je regarde par la fenêtre de mon logement, je vois la vie paisible que je connais bien se dérouler sous mes yeux. Lorsque je regarde dans l’encadrement de la télé, je reste bouche bée devant les dégâts et ne sais quoi faire pour soutenir les victimes, culpabilisant presque d’être tout à fait à l’abri au sein même du pays catastrophé. Est-il correct de montrer ces images lorsque l’on sait que la souffrance n’est pas très loin ?

Les livreurs de pizza travaillent comme d’habitude

L’équipe de baseball du collège du quartier revient d’une partie interscolaire

On continue de manger des crêpes de cocorico

Les trains sont à l’heure

Les filles font du shopping

Comme toujours, on fait la file pour aller déguster les ramen de ce restaurant

Les « Nanpa » (dragueurs) et rabatteurs sont sur leur 31, tels des prédateurs, postés au coin du passage piéton le plus traversé par leur proie. Que doivent-ils faire ? On pourrait penser que c’est mal placé de continuer à vivre normalement. Ont-ils le droit de célébrer la vie ? Ne peuvent-ils pas être heureux de ne pas avoir été touchés par cette catastrophe ? Ils en profitent tant qu’ils peuvent. Qui sait, les prochains sur la liste, c’est peut-être eux.

Ce soir, les sourires ne manquent pas malgré tout

Finalement, j’ai trouvé un lien avec la catastrophe. Finalement, un élément inhabituel est là. Un jeune pratiquant du beatbox dédie sa prestation aux 1200 morts et disparus. Acte de compassion. Acte d’entre aide. Nombreux sont ceux qui déposent de l’argent dans sa boîte improvisée. Ses beats font échos aux sons des pièces qui s’amassent, à mesure que les gens passent. Preuve que l’on s’amuse mais que l’on n’oublie pas pour autant.

Lorsque je regarde vers le haut, je vois la lune, brillante, tel un point blanc dans l’obscurité. Toujours là, rien ne la perturbe. Elle est annonciatrice de jours meilleurs ici bas. Un élément naturel qui ne nous trahit pas.

La roue tourne. La vie est un cycle permanent fait de joie et de peine. Comme pour les fleurs de cerisiers, elles doivent se faner une fois pour pouvoir refleurir . . .

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