Balade nocturne à Shibuya après le 11 mars

On 14 mai 2011 by Angelo Di Genova

Prendre le pouls de la ville de Tokyo. Voilà ce que j’ai plusieurs fois cherché à faire lors de mon dernier passage, fin avril, dans la capitale japonaise. Une simple balade nocturne dans le quartier de Shibuya, permet de se faire une idée globale de la situation actuelle.

Setsuden (économies d’électricité) est un mot qui revient souvent. Aussi troublant que ça puisse être pour ceux qui connaissent Tokyo, la ville n’en est pas pour autant sombre. Elle est juste moins éclairée. C’est ainsi qu’il faut prendre la chose.

Une simple promenade à Shibuya me prouve à quel point peu de choses ont changé ici. Je ne vois rien dans le comportement qui me rappelle la catastrophe du 11 mars. La jeunesse déjantée de la ville se retrouve comme toujours ici, cherchant sa voie, défiant les modèles établis par les générations précédentes, apportant de la fraîcheur ainsi qu’un brin d’occidentalisation et d’individualisme et donc aussi, par extension, une légère indiscipline.

Dans ce coeur névralgique de la capitale, l’ambiance est là, aussi charmante et bruyante qu’à l’accoutumée. Les ados et leur « nouveau rapport au corps » s’affichent sans vergogne en tant que personne divisible du collectif. S’afficher pour exister . . .
Shibuya est un théâtre dont les panneaux publicitaire servent plus de spots pour éclairer la scène que pour véhiculer un message commercial.

Je finirai par citer Augustin Berque :

« Chacun vient là mettre sa corporéité en scène et apprécier celle des autres, à l’affût des consonances et dissonances, guettant les variations créatrices dans les comportements et les habillements, qui, à chaque instant, remettent en jeu le devenir des modes. »

« Zeami (1363-1443), grand acteur, auteur et théoricien du théâtre de No entendait que le véritable acteur doit être capable de maîtriser ses gestes comme s’il se voyait lui-même de loin, et même de dos ; c’est-à-dire capable non seulement de se regarder comme dans une glace, mais de se voir comme à partir de l’endroit que l’on regarde (c’est que Zeami appelle kensho no ken, le regard du lieu regardé) »

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