5 ans déjà !

On 11 mars 2016 by Angelo Di Genova

RÉTROSPECTIVE PERSONNELLE SUR LES ÉVÈNEMENTS SURVENUS AU JAPON IL Y A CINQ ANS AVEC LA DOUBLE CATASTROPHE DU TSUNAMI ET DE LA CENTRALE DE FUKUSHIMA

Cela fait donc 5 ans. Déjà ! Aujourd’hui les articles sur le sujet vont inonder internet. Au départ je ne pensais pas forcément écrire quelque chose, mais il se trouve que j’ai de la matière qui sommeille et qui n’a jamais été rendue publique.

Cette période suivant cette catastrophe est probablement la plus éprouvante de ma vie psychologiquement. Je n’ai pas envie de me plaindre mais j’ai perdu ce que j’avais construit professionnellement pendant plusieurs années. Sur la paille, sans boulot et dans un état moral déplorable, le seul moyen que j’ai trouvé pour garder le cap était d’écrire ce que je vivais au jour le jour. Le résultat est un livre, imprimé en 3 exemplaires, qui est toujours resté dans le cercle privé. De simples notes qui reflètent des états à des moments précis. Je vais montrer quelques extraits ici pour la toute première fois.

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PREFACE
Nous pensons tous. Nous avons tous des pensées qui nous traversent l’esprit. C’est de celles-ci dont il est question dans cet ouvrage. Ces pensées nous viennent naturellement, mais cela ne veut pas dire que nous les cautionnons toutes.

Toutes les informations des pages suivantes m’ont été accessibles via divers médias, jour après jour. J’y ai eu accès en tant que personne à informer. Ce n’est pas à moi de juger si elles sont scientifiquement justes. Je représente le peuple à qui l’on communique et vers qui je m’adresse aussi à présent.

Je n’essaie pas de donner une vision exhaustive de la situation. Je me suis concentré sur ce que j’ai vécu, là où j’étais et sur les informations dont j’ai accès à distance pour juger de la situation.

La réalité, je ne serais jamais sûr d’y avoir droit tant que je ne l’aurais pas devant mes propres yeux.

JOUR 1
Vendredi 11 mars 2011

Cela fait moins de 48 heures que je suis arrivé au Japon après avoir passé plus de 2 mois en France. Je retrouve le pays tel que je l’ai laissé. Ma ville, Osaka, mon quartier, mon appartement, où je vis partiellement depuis plus d’un an avec ma petite amie japonaise.
Je reviens donc pour effectuer des missions d’accompagnement de voyage pour des touristes occidentaux au sein du projet Japan Trotter, lancé depuis 2009. Nous sommes au mois de mars, les pruniers sont en fleur et ils seront bientôt suivi par les cerisiers qui lanceront la plus importante saison touristique du pays.

Je me balade en ville et monte dans un magasin. Au cinquième étage, regardant un produit, je sens comme une légère sensation de flottement. J’ai l’impression d’avoir la tête qui tourne ou le mal de mer. Je regarde autour de moi, ne bouge plus et me concentre sur ce que je ressens. Le sol bouge. Mon corps bascule légèrement, un peu comme dans un bateau. Une sensation amusante, mais qui devient vite désagréable. C’est une force extérieure qui semble prendre le contrôle de notre corps et le faire balancer. Nous ne sommes plus maîtres de nous, troublés.
Le sol se fait de plus en plus instable. Autour de moi, personne ne fait vraiment mine de remarquer quoi que ce soit. J’ai l’impression d’être le seul à comprendre qu’il y a en ce moment même un tremblement de terre. Ce dernier commence à être long et les basculements sont amples. C’est inhabituel. Finalement, des employés du magasin se mettent à observer la chose. Les pancartes suspendues au plafond se balancent de gauche à droite, tandis que la plupart des clients continuent comme si de rien n’était. Ont-ils seulement senti quelque chose ? Puis, petit à petit, tout redevient calme et se stabilise. C’est passé. À priori, c’était un tremblement de terre de routine. Je regarde l’heure. Il est 14h47.

Après m’être installé dans un café, j’arrive chez moi vers 17 heures, allume mon ordinateur et consulte mes mails. Je viens d’en recevoir un de mon père :
«Salut Angelo, je viens de me lever et d’apprendre la catastrophe. Qu’en est-il à ton sujet ?»
La catastrophe ? Quoi ce petit tremblement de terre ? Pas de quoi s’inquiéter ! Impossible qu’on en parle en France. Je décide alors d’allumer la télévision et tombe sur des directs montrant ce qu’il s’est déroulé cet après- midi pendant que je sirotais mon Matcha Late.

Réalisant l’ampleur de la catastrophe, voyant les images impressionnantes diffusées en France, je me dis que j’ai intérêt à prévenir mes connaissances françaises que je suis bien en vie. Pour les personnes qui ne connaissent pas bien le Japon, il leur est difficile de juger des distances et donc de se rassurer quant à ma position vis-à-vis de la catastrophe.

Ma famille, mes plus proches amis, en général, ils ont été plus rapides que moi. Petit à petit, je croule sous les messages me demandant si je vais bien. Difficile de suivre le rythme effréné d’informations circulant actuellement à travers tous les médias. Entre la télé japonaise, la télé française sur le net, les messages des proches, les réponses à faire, les actualités renouvelées sur les réseaux sociaux et les sites d’informations, ma tête s’échauffe. Tout le monde réagit, commente, interprète, questionne. Le trafic sur la toile est incroyable ! Les gens finissent par se dire que Facebook a été très utile. Certains sont presque reconnaissants envers le site, qui a été un des rares éléments leur permettant de communiquer avec leurs proches sans aucun souci.
1 mort, 5 morts, 13 morts, 26 morts. Le chiffre ne fait qu’augmenter à mesure que les heures passent.

JOUR 2
Samedi 12 mars 2011

Après une nuit agitée, mes yeux s’ouvrent tout doucement, éblouis par la forte lumière qui traverse le rideau de la fenêtre de mon petit appartement. Je regarde dehors. Un ciel bleu et une belle journée s’annoncent. La lumière est très blanche, comme souvent le matin au Japon. L’espace d’un instant, j’en oublie presque ce qu’il s’est passé hier. Rien en ce moment même ne me relie vers le monde extérieur. Je m’assois sur mon lit et savoure ce calme et ce silence. Je sais que lorsque je vais allumer la télé, l’information fera son oeuvre et la paisible vie qui se déroule sous mes yeux n’existera plus laissant place à la catastrophe. Tandis que ma vie est ensoleillée, ce qui est plaisant, c’est que je reste maître de décider à partir de quand j’accepte de rentrer dans ce monde de l’information et de consommer la tristesse du monde. Après quelques minutes, j’allume la télé, et passe donc de la réalité sensitive à la réalité intellectuelle.

La catastrophe au Japon fait la une des journaux du monde entier. Ici, les grands quotidiens indiquent le chiffre provisoire de 1200 morts et disparus. Le monde entier a découvert le phénomène des tsunamis en 2004 avec la catastrophe dans l’océan Indien. Hier, le mot tsunami est retourné dans son pays d’origine.

L’information au Japon se concentre sur les dégâts et sur les réfugiés dans la région de Sendai. Les habitants des zones touchées par le tsunami au nord de Tokyo sont privés d’électricité et d’eau courante.
Grâce à internet, j’arrive à regarder en streaming la chaîne d’info i-télé. Je trouve que comparativement aux médias japonais, i-télé parle beaucoup plus de la situation à Tokyo. Sans vouloir amoindrir les évènements survenus dans la capitale et le choc psychologique subi par ses habitants, je trouve qu’il serait plus judicieux de se concentrer sur les zones réellement touchées.

Des répliques continuent dans la région du Kanto et du Tohoku.
Il y a même eu un tremblement de terre de magnitude 6,7 a eu lieu dans la préfecture de Niigata.

On apprend que le tremblement de terre d’hier s’est produit à 24,4 kilomètres de profondeur et qu’il a fait déplacer Honshu, l’île principale du Japon, de 2,4 mètres d’un seul coup.

On commence à parler d’une centrale nucléaire qui aurait été endommagée par le séisme et le tsunami. Le nom de Fukushima se fait entendre. On parle de rejet de matière radioactive dans l’air et d’un nuage blanc. Des mesures de sécurité sont mises en place. Les habitants commencent à évacuer une zone de 10 kilomètres autour de la centrale. On demande aux habitants vivant dans un rayon de 30 kilomètres de se calfeutrer chez eux.

Google met en place un outil en ligne pour retrouver les personnes disparues.

Dans l’après-midi, la police japonaise fait état de 1400 morts et disparus. Le chiffre semble ne plus vouloir s’arrêter.

Je ne sais pas si je me rends bien compte de ce qu’il se passe. Hier matin, encore, tout était normal ici. Il me faut digérer toute cette matière.

Les médias français commencent à montrer des images-chocs en rapport avec le nucléaire. C’est beaucoup plus alarmant que les images de la télé japonaise. On voit le symbole radioactif habillant les textes du journal info. On emploie un vocabulaire fort, mais pour l’instant, je reste plus obnubilé par les dégâts du tsunami.

Je ne comprends pas pourquoi en Europe on parle d’un tremblement de terre de magnitude 8,9 alors qu’au Japon le chiffre est de 8,8.

JOUR 3
Dimanche 13 mars 2011

Aujourd’hui, je me lève comme d’habitude. Les prévisions météo sont unanimes : la journée va être superbe à Osaka. Il va faire 16 degrés. Le printemps pointe sérieusement le bout de son nez. En temps normal, les Japonais profitent de ces moments-là pour pique-niquer dehors au sortir de l’hiver.

Bilan ce matin : environ 1800 morts et disparus.

Ici, il fait beau. Là-bas, il pleut.
Ici, les abeilles butinent les premières fleurs. Là-bas, les flocons de neige rappellent que le printemps n’est pas pour l’heure.
Ici, c’est comme si rien ne s’était jamais passé. Là-bas, c’est comme si plus rien ne subsisterait.
Le contraste fait peur. La valeur de ce simple quotidien paisible grandit avec l’impression d’être dans une région privilégiée, celle-là même qui tremblait en 1995 avec le séisme de Kobe.

On voit les images de l’explosion survenue hier après-midi à la centrale nucléaire de Fukushima. C’est le toit qui a sauté.
L’IRSN, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire annonce que des «rejets (radioactifs) très importants» se sont «produits simultanément à l’explosion» d’hier.

Des experts du nucléaire sont invités et prennent la parole dans les médias du monde entier.

On voit des vidéos et des images des réfugiés du tsunami installés dans des gymnases.

Un communiqué de l’ambassade de France au Japon donne diverses informations. Elle parle d’un bilan provisoire de plus de 10 000 morts et déconseille aux voyageurs de se rendre au Japon. Le communiqué traite aussi de l’éventuelle distribution de capsules d’iode, censées limiter les risques de contracter un cancer de la thyroïde. Jusqu’à présent, je ne savais pas que de telles capsules existaient.

Avec toutes ces informations, je commence à m’inquiéter de la situation à la centrale de Fukushima et me rends compte que les radiations peuvent venir jusqu’ici, à Osaka.

Nous dînons ce soir avec toute la belle famille. La télé tourne en fond. La plupart des chaînes continuent de parler uniquement de la catastrophe en apportant leur lot d’images tristes tandis que nous on profite de la soirée. La bière est en abondance. Les sourires, les discussions, la bonne ambiance habituelle des Japonais. J’aime beaucoup ces moments-là. Pourtant, un goût amer me reste à la gorge. Ce goût est-il aussi dans la gorge des gens autour de moi ? La bonne ambiance actuelle n’est-elle pas une manière de décompresser aussi au sujet de cette histoire ? L’envie d’oublier un instant la tristesse que l’on éprouve pour les sinistrés et toute la souffrance qui abonde dans le pays actuellement.

Je décide d’aborder un peu le sujet du tremblement de terre, du tsunami, mais surtout du nucléaire ; chose qui n’avait pas été faite jusque- là. Oui, c’est grave pour eux. Oui, ils compatissent. Mais, non, ils ne sont pas alarmés pour l’instant de la situation à Osaka. Un cousin me dit par comparaison que ce qu’il se passe en Lybie actuellement (massacre de l’armée de Kadhafi contre les insurgés) lui semble bien plus grave : «C’est à la mort directe et immédiate envers quoi ils doivent faire face. Le risque de radiation, ce n’est pas pareil.»

JOUR 4
Lundi 14 mars 2011

12h49
Il fait 18 degrés. L’air est agréablement tiède. Le ciel est un mélange de bleu et de blanc. Les rayons du soleil jouent à cache-cache avec la terre. Les corbeaux croissent comme à leur habitude, symbole que tout va bien. La paisible normalité règne sur les bords de la rivière où je me trouve actuellement, un stylo et mon calepin à la main. Les canards se regroupent vers moi. Quelques promeneurs passent par là. Le train local circule sur un pont enjambant la rivière en face de moi. Des petites fleurs s’épanouissent dans tous les recoins possibles.

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Difficile de croire que le Japon est touché par une catastrophe majeure :
– Un tremblement de terre d’une grande violence.
– Un tsunami furieux s’enfonçant dans les terres.
– Des centrales nucléaires endommagées exaltant
des vapeurs radioactives.
– De probables coupures d’électricité prévues dans
la capitale.
– Un réseau de téléphone bien diminué.
– Une pénurie de certains produits alimentaires et de l’essence.
– 3500 morts et disparus recensés officiellement.
– On parle d’une réplique possible de magnitude 7 dans la semaine.
Empilé ainsi, tout cela est alarmant, ça ne fait aucun doute. Est-ce pour autant sous cet angle qu’il faut prendre ces évènements ?
Quelle drôle de sensation que d’être dans un pays sinistré sans être directement touché !

Devant toutes ces maisons détruites que l’on voit à la télé, on comprend que ce sont des foyers, des familles qui ont volé en éclat. De telles catastrophes poussent les hommes à se remettre en question. On se demande si l’on vit correctement. On a l’impression d’abuser de tout car l’abondance nous entoure. On se dit que l’on a peut-être eu une vie trop matérialiste. Que plus on possède, plus on peut perdre.

J’apprends que les coupures d’électricités seront en fait établies par roulement en 5 zones.
Le courant sera interrompu par tranche de 3 heures. On demande à la population de faire des économies d’électricité quand c’est possible. Je regarde autour de moi, dans mon appartement et cherche où je peux en faire. Pourtant, je me demande si ça sert à quelque chose vraiment.

Hier, l’ambassade de France s’est exprimée en ces termes :
«(…) Il paraît raisonnable de conseiller à ceux qui n’ont pas une raison particulière de rester sur la région de Tokyo de s’éloigner de la région du Kantô pour quelques jours.
Nous déconseillons fortement à nos ressortissants de se rendre au Japon et nous recommandons fortement de reporter tout voyage prévu».
Certains Français ont déjà quitté le pays.

Des équipes de télé japonaises posent des questions à des Français résidants ici. La plupart de ceux qui ont été interviewés veulent partir et sont convaincus qu’il faut le faire le plus vite possible. Un seul seulement affirme qu’il ne panique pas, ne compte pas rentrer et que s’il y a besoin d’aide, ça fera des bras en plus.

En France, on parle de nucléaire à toutes les sauces. On commence à faire des analogies avec Tchernobyl. La tension monte.

JOUR 5
Mardi 15 mars 2011

Après le réacteur 1 et 3, c’est le réacteur 2 de la centrale de Fukushima qui a subi une explosion ce matin.
Le président de l’autorité française de sûreté nucléaire classe l’accident de la centrale de Fukushima à 6 sur l’échelle internationale. Tchernobyl, c’était 7, le maximum possible. Au Japon pourtant, le classement est au niveau 4.

Moi je finis par me dire que dans le pire des scénarios, il faudra peut-être quitter Osaka. Je pourrais effectivement rentrer quelques semaines car je suis libre et sans engagements étant donné que les premiers voyages dont je devais faire l’accompagnement ont été annulés. Ma famille me fait comprendre que si je veux rentrer, il n’y aura pas de soucis pour l’argent, ils m’aideront. L’important pour eux est que je sois en sécurité. Ils semblent plus inquiets que moi. Pour l’instant je reste.

Dans les zones sinistrées, il y a de longues files d’attente aux rares pompes à essence fonctionnant. Une limite de consommation par voiture est établie à 2000 yens. Ce n’est pas beaucoup. Je me demande si certains tentent de faire les malins pour en obtenir plus.

Une vidéo amateur circule sur le net afin d’expliquer aux enfants japonais la situation de la centrale de Fukushima de manière imagée. C’est très drôle. La centrale a une forme humanoïde. À cause du séisme qui vient de se dérouler, la centrale a été très secouée et a maintenant mal au ventre. Elle a tellement mal qu’elle veut faire caca. Mais, un caca de la centrale pue tellement qu’il embêterait tout le monde. Il faut donc à tout prix éviter ça. Malgré les efforts de la centrale pour se retenir, de temps en temps elle lâche des gaz. Ces gaz puent un peu, mais pas suffisamment pour être très graves. Pour définitivement empêcher la centrale de faire caca, des médecins vont sur place pour lui donner des médicaments. Grâce à leurs efforts, la centrale pourra peut-être guérir.

Pendant une guerre, ça doit être un peu comme ça. Il y a forcément des endroits où aucune bataille ne se déroule. Dans ce cas, la vie suit son cours tant bien que mal. Quand, je repasse les images de reportages sur la seconde guerre mondiale dans ma tête, j’ai dû mal à imaginer que des gens allaient au restaurant, que des films sortaient au cinéma, que des soirées dansantes étaient organisées avec les dernières chansons à la mode, que les gens allaient travailler quand c’était possible. Pourtant, c’était sûrement le cas. Ce n’est pas la partie que l’on retient d’une guerre et donc, finalement, ma génération, qui n’en a pas vécu, a du mal à s’imaginer ce que ça doit faire de vivre des moments pareils.

Aujourd’hui, toute proportion gardée, j’ai l’impression de pouvoir un peu mieux comprendre ce à quoi ça peut ressembler. J’ai l’impression que dans toutes les situations possibles, il n’y a pas d’exception, autant que faire se peut, la vie suit son cours. Certains détails sont néanmoins toujours là pour nous rappeler dans quel contexte particulier le cours des choses subsiste.

JOUR 6
Mercredi 16 mars 2011

À Osaka, la vie suit son cours. Les Japonais continuent leurs activités. Ma famille m’ordonne presque de rentrer en France.
Comment réagir ? Je n’ai pas le droit de les inquiéter comme ça. Mais ce n’est pas si simple. J’ai une vie sur place, une vie que je suis entrain de construire.
Beaucoup de personnes ont fui le Japon. Mais quand je regarde ce pays, actuellement, devant mes yeux, à Osaka, je n’y vois aucunement l’objet de toutes les peurs. Rien n’y est affolant. J’ai l’impression d’être pris en sandwich entre deux réalités qui ne se ressemblent pas du tout. Ça me trouble au plus haut point.

Le risque de radiation, c’est vraiment traître ! C’est un ennemi que l’on ne voit pas, que l’on ne sent pas. Impossible de l’affronter en se basant sur ses sens. On est dépassé. C’est l’angoisse d’un risque omniprésent. Je regarde par la fenêtre. Y a- t-il des radiations en ce moment même dehors ?

Quand je marche à l’extérieur, je sens l’air frais caresser ma tête et passer entre mes cheveux. Est- il chargé de radiations ? Les taux communiqués prouvent que le niveau est normal à Osaka. Mais comment faire confiance réellement à des chiffres que l’on nous communique ?

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Le temps passe. Mentalement, je suis anéanti. Le regard dans le vide. Professionnellement tout s’effondre. Tout les touristes semblent avoir annulé leur voyage. Le projet touristique sur lequel je travaille depuis 2008 est entrain de s’effondrer devant mes yeux. Des années de travail qui volent en éclat en quelques jours.

J’ai perdu toutes mes forces et commence à honnêtement m’inquiéter de la situation. J’envisage le pire. J’envisage la mort, le chaos, la souffrance, la fuite, la perte. Je suis sain et sauf, mais devant un choix incroyable qui conditionnera mon avenir, ma vie. Au fond de moi, rien n’existe plus et je suis angoissé par les évènements. Je vois la centrale du Fukushima comme un monstre prêt à tout casser. C’est un cancer. Une tumeur dans le corps du Japon. Est- ce qu’elle viendra jusqu’ici ? Doit-on tout abandonner ?
Même si je voulais partir, je suis tellement vidé mentalement que je ne suis pas sûr d’en avoir la force.

L’ambassade de France au Japon affirme que la situation est grave sur le site nucléaire de Fukushima. Un accroissement des niveaux de radioactivité a été constaté à Tokyo.
«À titre préventif, mais aussi afin de faciliter la tâche des autorités japonaises, dans l’hypothèse d’une aggravation importante de la situation, un éloignement de Tokyo (et plus généralement des régions relativement proches de la centrale de Fukushima) vers le sud du pays, ou un retour en France est recommandé à tous ceux dont la présence n’est pas indispensable sur leur lieu de résidence et de travail».

Les médias français diminuent leurs effectifs dans la capitale.

Le premier ministre François Fillon s’exprime à l’Assemblée générale sur la situation au Japon. Deux avions gouvernementaux vont être mobilisés pour rapatrier des Français. Une boîte mail est établie afin de s’inscrire : aideretour.ambafrance@gmail.com
L’ambassade ne dit pas qu’il faut fuir le Japon, mais ces avions gouvernementaux résonnent comme tel.

Une vidéo circule sur le net. Celle d’une interview de Cécile Duflot, secrétaire des Verts. Elle dit que le Japon est dans l’hémisphère sud ! C’est ridicule. J’apprends qu’elle a en plus un DEA de géographie. C’est ça les spécialistes à qui on donne la parole en France ? Oui, je sais, c’est un cas isolé et on a droit à l’erreur. Il serait stupide de mettre tout le monde dans le même panier, mais tout de même. On est en droit de se poser la question.

Ma petite amie est moi, nous partons pour le quartier animé de Umeda. Ce samedi soir, nous allons au restaurant avec un couple d’amis japonais dont la femme est enceinte d’une petite- fille. Nous allons donc chercher un cadeau pour le futur bébé en vue de leur offrir lors de notre rencontre. Si je me base sur ce qui est dit en France, j’ai l’impression que l’avenir de cette petite fille sera à jamais lié à Fukushima. Voilà ce à quoi je pense lorsque je descends en escalator au sous-sol d’un grand magasin, à l’étage consacré aux enfants en bas âge. Musique ridiculement joviale, couleurs rose et bleu pastel, futurs parents faisant des achats le sourire aux lèvres, caressés par la chaleureuse attente d’un bébé. Un papa porte son fils sur ses épaules et marche à travers les rayons, tandis qu’un bébé boit du jus de pomme que sa mère lui donne affectueusement. Quand j’écris le mot rayon, je suis obligé de me rappeler la radioactivité.

En rentrant chez moi, je consulte mes mails. Pleine de bonne volonté, ma famille continue de me convaincre de rentrer :
«Tu devrais quitter le pays ! Si tu restes, tu te condamnes toi-même. Pas de besoin de se poser 1000 questions. Ta famille te demande de rentrer parce qu’il y a un risque, aussi infime soit-il, ça ne sert à rien de s’exposer au danger lorsqu’il y a une solution pour l’éviter».
Chaque phrase, chaque mot, me détruit à petit feu et me plonge encore plus dans les abysses. Oui, je les comprends. Je suis d’accord, mais . . . je ne trouve pas les mots pour expliquer cette force qui agit sur place et qui semble me dire de rester encore pour l’instant.
Une journée noire, dont je me souviendrai toute ma vie, vient de se dérouler. Une nuit très agitée s’annonce et je n’ose pas penser au lendemain . . .

JOUR 7
Jeudi 17 mars 2011

Un camion est arrivé à Fukushima avec de l’eau pour inonder la piscine où les combustibles nucléaires doivent refroidir. La température monte dangereusement depuis hier car l’eau de refroidissement diminue. On parle de fusion et de très forte radioactivité sur place. Un hélicoptère a déversé 5 tonnes d’eau sur la centrale n°3. Des opérations du même type sont prévues toute la journée. Tout ça sent un peu le « bricolé ». Est-ce peine perdue ? Est-ce juste des mesures pour gagner du temps ?

Pénuries de produits de première nécessité à Tokyo. Certains magasins sont à moitié vides.

Hier, un article a été publié sur France-Soir témoignant de la psychose qui existe dans l’hexagone. Malgré le discours rassurant des spécialistes, affirmant que l’impact des accidents nucléaires au Japon sera nul en Europe, des pharmaciens français ont vendu des boîtes d’iodes.
Un pharmacien ajoute dans l’article : «Il y a une partie de la population qui somatise très vite. On a vu des gens qui se battaient presque pour les masques pendant la grippe A».

Mon instinct me parle bien que je ne puisse totalement lui faire confiance.
Rentrer via le premier avion ? J’ai l’impression d’avoir statistiquement parlant plus de chance de mourir dans un accident d’avion qu’en respirant l’air d’Osaka. Si je reste, je risque d’être exposé et c’est la sensation d’être souillé qui me dérange. Souillé par un mal dont je ne sais pas sous quelle forme il fera surface.
Si un jour, par malheur, mon enfant naît avec des problèmes, je ne pourrais m’empêcher de me dire que c’est peut-être à cause des radiations. Si je suis touché par un cancer, c’est pareil.

Il existe plusieurs unités de mesure en rapport avec les radiations. Tout est mélangé : becquerel, sievert, gray. Difficile pour les non-initiés d’y comprendre quelque chose et quelles sont les différences. Néanmoins, pour mesurer l’effet d’une radiation sur un organisme, c’est le sievert qui semble le plus approprié. C’est d’ailleurs l’unité de mesure utilisée par les autorités japonaises lors de la plupart de leurs interventions.

J’apprends aussi qu’il y a très peu d’études menées pour découvrir les effets d’expositions à long terme à de faibles débits de radiations. On a encore beaucoup de choses à apprendre sur ce point. Que sait-on au juste à part que ça peut augmenter les risques de contracter des cancers ?

Je lis sur Internet qu’une centrale nucléaire ne peut pas exploser comme une bombe atomique. Si cette simple info est vraie, il faudrait clairement l’annoncer au peuple car beaucoup ne le savent pas. Ça va péter, ça va péter, on entend que ça.

Sur le site internet Aujourd’hui le Japon, un article fait état du compte-rendu de l’ambassade d’Angleterre dans l’archipel. Le discours y est bien différent de celui de l’Ambassade française. Pour eux, c’est clair, on est dans une situation complètement différente de Tchernobyl. Ils affirment que dans le pire des cas, c’est-à-dire d’une fusion totale d’un réacteur et d’une explosion radioactive, une zone d’exclusion de 50 kilomètres devrait suffire. Selon leurs experts, Tokyo est sans danger. Il faudrait que le niveau des radiations actuel soit cent fois supérieur pour que ça nuise à la santé, et selon eux, ça n’arrivera pas.

Après avoir lu le discours de l’ambassade anglaise, en ayant connaissance des mesures prises par les autorités japonaises et en suivant les médias français, une question m’obsède :
Pourquoi les experts des différents pays ne préconisent-ils pas la même chose ? S’ils se basent sur de la science, cette dernière n’est pas censée être différente d’un pays à l’autre. Où alors, il y a autre chose ?

Air France a annoncé baisser ses prix du Japon vers la France. Une connaissance me parle quand même d’un billet aller simple à plus de 1700 euros. C’est pratiquement deux fois plus cher que
d’habitude pour un vol aller-retour. Certaines compagnies profiteraient du vent de panique pour augmenter leurs profits ?

Depuis, hier, on me dit que ça va péter dans les deux jours, que la situation ne pourra jamais s’améliorer ni même se stabiliser. On m’avait prédit que cette journée serait décisive. J’ai attendu le pire et commencé à penser à l’après. J’ai appelé un ami resté sur Tokyo pour le mettre en garde. J’ai passé ma journée à suivre les infos, attendant l’évènement si redouté. Je m’apprête à aller me coucher et rien ne s’est passé.

JOUR 8
Vendredi 18 mars 2011

Cela fait une semaine maintenant que le tremblement de terre et le tsunami ont eu lieu. À 14h46, heure de la première secousse, une minute de silence est observée.
À la télé, des reportages font des rétrospectives sur cette semaine passée. Que d’évènements ! Ça fait vraiment beaucoup en quelques jours et ce n’est peut-être pas encore fini.
Mais, aujourd’hui, on apprend que la radioactivité baisse petit à petit. Je me sens vraiment redevable envers les hommes qui sont là-bas, à la centrale. Ils ont un vrai mérite. Je leur souhaite de ne jamais souffrir à cause des radiations.

JOUR 9
Samedi 19 mars 2011

Je suis réveillé par des voix de lycéens qui récoltent des dons pour les sinistrés. Le lycée est juste à côté de chez moi.

Incroyable ! Un survivant a été retrouvé sous les décombres huit jours après le tsunami.

On voit de plus en plus d’images détaillées de zones sinistrées. Un bateau de taille moyenne est suspendu sur le toit d’un immeuble de 5 étages. On commence à faire des recherches plus sérieuses sur la taille réelle du tsunami. Il est possible que la vague ait atteint par endroits une hauteur de plus de 10 mètres.

977 Français ont été évacués depuis jeudi par des avions gouvernementaux.

Les tentatives pour rétablir l’électricité à la centrale continuent. Les infos se contredisent. On ne sait pas si c’est réellement en bonne voie ou pas.
L’arrosage continue sans relâche et semble être bien organisé à présent. C’est avec un canon à eau que c’est fait depuis ce matin.

JOUR 10
Dimanche 20 mars 2011

Je suis toujours au Japon. Je fais peut-être l’erreur de ma vie. Je le saurai un jour, si par malheur, dans de nombreuses années, devant ma balance déséquilibrée j’aurais les larmes aux yeux et le coeur plein de regrets. Mais les choses peuvent aussi se dérouler autrement. En attendant, j’ai l’impression d’avoir fait les bons choix. C’est le plus important.

Par la pensée, je reviens en arrière, avant la catastrophe, voyageant à travers mes souvenirs, m’exaltant de la simple normalité qui existait avant où rien ne s’était écroulé. Je repasse ce moment de ma vie sans troubles où le printemps 2011 s’annonçait particulièrement positif. La vie normale. La vie simple. La vie où l’on avance sans obstacle. Ces moments-là sont des chances que l’on doit savoir apprécier à leur juste valeur car en réalité ils peuvent être rares. On les appelle «moments normaux», mais en réalité, ils sont exceptionnels.

*****

Aujourd’hui, je vis toujours à Osaka. J’ai du me renouveler professionnellement. Ma petite amie est devenue ma femme, et le 11 mars, cette date sombre de ma vie, est aujourd’hui celle d’un heureux évènement, celui de la naissance de ma fille, qui est en pleine forme et a un an aujourd’hui. C’est le hasard, d’accord, mais pour moi, c’est tout un symbole. Cette date me donne aujourd’hui le sourire et je peux à nouveau profiter du parfum enivrant des pruniers.

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28 Responses to “5 ans déjà !”

  • Un article très émouvant, et vraiment bien écrit.
    Joyeux anniversaire alors 🙂

  • Superbe article qui donne envie de lire un des 3 exemplaires si précieux 😉

  • Article très fort, plein de courage, d’émotion et pour finir d’espoir. Merci pour ce partage Angelo, et belle journée pour toute ta petite famille !

    • Merci Nico ! L’espoir est toujours là, les journées ensoleillées ne disparaissent jamais, tout comme les fleurs d’éclore. C’est la nature qui te permet de garder le cap dans ces moments difficiles même si c’est elle qui les as parfois engendrés.

  • C’est une belle date. Bon anniversaire à la petite 🙂
    Cette sensation que tu as ressenti et que tu dois encore ressentir, j’ai la meme. C’est bizarre parce que j’étais encore moins impacté que toi et pourtant toutes ces sensations que tu décris, je les ai eu aussi. C’était très intéressant de lire tous ces passages. Merci.

  • Bon tout d’abord j’ai trouvé cet article passionnant, cela n’a pas du être facile à vivre, ça me rends très triste de relire ça…mais c’est quand même un sujet que chacun d’entre nous qui souhaite s’installer plus ou moins longtemps au Japon se doit d’étudier car le risque au Japon fait parti de la vie quotidienne.

    C’est courageux d’être resté sur place, être déchiré entre ceux qui nous ont toujours aimé depuis tout petit qui demandent de rentrer rapidement et ceux qui sont avec toi sur place qui constitue une nouvelle famille, les nuits ont du être interminables c’est un choix impossible…

    A la lecture de ton témoignage on voit quand même que l’expertise de la France dans le nucléaire a permis même depuis l’extérieur d’avoir un examen lucide de la situation et c’était surement un peu dramatisé par les médias mais la suite à montré que c’était très proche de la réalité et je suis assez stupéfait, même si on l’a tous appris par la suite, de la sous estimation de la situation par les experts Japonais.

    Pour finir Joyeux anniversaire à ta fille qu’elle soit née un 11 mars, c’est un symbole très fort qui représente un nouveau départ, il y en eu un avant et un après 11 mars 2011.

    Encore une fois un vrai article sérieux, adulte et bien écrit qui fait du bien au milieu du reste des français du Japon…

    • Merci Dorian pour ton commentaire !

      C’était effectivement très compliqué à vivre. C’était sans comparaison possible avec le malheur des sinistrés du tsunami, mais ça prouve qu’une telle catastrophe peut avoir des répercutions bien plus larges qu’on ne le pense.
      Cette période a été vécue par tous de manière différente je pense. Il y a eu des polémiques parallèles qui n’ont fait qu’empirer l’ambiance, déjà pas terrible.
      Aujourd’hui, je suis bien content que cette période soit du passé, même si chaque année, le 11 mars, on regoûte un peu à tout ça. Finalement l’heureux évènement pour nous avec ce 11 mars et la naissance de ma fille, est peut-être une chance pour prendre encore plus de recul par rapport à tout ça.

      Bref, merci à toi, bonne continuation et à bientôt sur ces pages 😀

  • Bonjour Angelo, et merci pour cet article qui évoque tant de choses chez moi.
    Comme beaucoup, je vivais au Japon (a Tokyo) a cette période, et tes mots me confortent dans l’idée que nous avons tous, plus ou moins, eu les même doutes, les mêmes questionnements, les même pressions de nos proches qui n’avaient d’autres moyens de nous mettre à l’abri …
    Ma situation était différente (pas de petite amie, pas de travail, pas de projet à long terme, plus d’argent), ce qui a fait que, au bout d’une semaine d’incertitude, j’ai fait l’autre choix : rentrer.
    Même si je sais que ce choix était le plus raisonnable dans ma situation, je continue encore aujourd’hui de le regretter.
    Pour ce que ça vaut, je pense que tu as fais le bon choix, même si ça a dû beaucoup te couter.
    En te souhaitant bonne continuation.

    • Bonjour Guillaume. Merci pour ton commentaire.
      À chacun son expérience. Qui sait ? Dans ma situation tu serais peut-être resté et dans le tienne, je serais peut-être rentré.
      Il y a trop de facteurs qui viennent en compte pour émettre un jugement de valeur. Et c’est facile de regretter après coup ses propres actes ou ceux des autres. La vie est faite d’initiatives alors ne regrette pas trop 🙂
      Bonne continuation à toi !

  • Angelo san,
    Bon guide, bon photographe, voilà que tu révèle un vrai talent d’écriture; une âme de poète.
    Cette publication anniversaire est un beau symbole, un bel hommage.
    En tout cas ce témoignage est très touchant, et le message d’espoir qu’apporte ta conclusion est très fort.

    Tout mes voeux pour l’anniversaire de la petite princesse du Kansai.

    Amicalement,
    Pierre-Alain

  • Superbe article Angelo
    Merci pour ton récit et ton point de vue sur la catastrophe
    Chacun a du la vivre bien différemment
    Cela donne envie de lire un des trois précieux exemplaires

    Un très bel anniversaire à ta fille
    C’est un merveilleux symbole, le renouveau
    Sarah

    Rabbijaccob

    • Merci Sarah ! 😀
      En effet, je pense que chacun a vécu la chose différemment, si bien que les témoignages peuvent être intéressants, aussi bien pour ceux qui étaient directement touchés que pour d’autres plus loin.

  • Beau témoignage décrivant bien le déroulement des événements, la différence des informations selon les pays, source supplémentaire d’anxiété et la gamme des émotions ressenties .
    Je pense que beaucoup de Français résidant au Japon et revenant en France à la demande de leur famille ont subi un véritable déchirement et ont mal vécu le fait de délaisser leurs amis japonais!!
    En tout cas,je connais une personne proche qui ne pensait qu’à retourner dès que possible au Japon et qui l’a fait un mois plus tard !
    Bon anniversaire à votre petite fille qui a mis un rayon de soleil dans votre vie un autre 11 Mars!
    Et bonne continuation dans votre travail ( je regarde régulièrement votre blog que j’apprécie même si je ne mets pas de commentaire )
    Pascale

    • Merci Pascale pour ce commentaire et votre régularité à venir regarder ce blog 🙂
      En effet, le tiraillement entre famille et vie au Japon a été très dur à vivre. C’était vraiment très désagréable mentalement parlant.
      Bien content que tout ça soit terminé. En espérant ne plus a avoir vivre de catastrophe, ni pour moi, ni pour personne.

  • Bravo d’avoir partagé ce témoignage, qui doit remuer beaucoup de choses personnelles en toi. Lire ton vécu sur place au moment des faits m’a beaucoup émue.

    Je suis une simple passionnée du Japon qui l’a visité pour la première fois en 2015 (et qui compte bien y retourner), mais j’étais déjà attachée à ce pays avant même d’y aller, et tous les 11 mars depuis 5 ans j’ai le cœur serré… je me rappelle le choc et la tristesse ce jour là et les semaines qui ont suivi, alors que j’ai vécu l’évènement de très loin, à 9000km via les informations. Je n’imagine pas ce que ça a dû être sur place, en ayant toute sa vie là bas.

    J’ai souvent pensé à ce jour là pendant mon voyage l’an dernier mais c’était finalement dur de réaliser qu’à quelques centaines de kilomètres de là il y avait cette centrale accidentée… et pourtant. Même si ça va être encore très long pour le Tohoku, j’ai toujours été impressionnée par la volonté de résilience du Japon.

    C’est un symbole très beau que ta fille soit née un 11 mars, c’est peut être un hasard mais c’est aussi un signe que l’espoir et la vie sont plus forts que tout… Bonne continuation!

    • Merci Camomille !
      Tu as un joli prénom 🙂 Je te bois parfois en hiver avant d’aller me coucher ^^

      C’est toujours difficile de s’imaginer ces situations après coup. D’autant plus au Japon où la mentalité cultive souvent le non dit.
      Ce qui est important c’est de comprendre et de savoir que le vie continuait presque normalement en dehors des zones sinistrées. C’est quelque chose qui n’était presque jamais mis en avant. Ce témoignage parle de ça justement. De ces deux réalités qui se font face.
      Bonne continuation à toi aussi.

  • Très bel article, merci d’avoir partagé tes pensées sur ton blog, c’est très intéressant et le reste du livre doit l’être tout autant!

    Un joyeux anniversaire à ta fille et plein de bonheur à vous! 🙂

  • Bonjour Angelo,
    Je me souviens très bien de notre safari avec toi l’année dernière, peu de temps après la naissance de ta fille. Très bon anniversaire à elle !

    Chaque année en mars, je lis des témoignages sur cette journée et cette semaine qui a suivi la catastrophe, et chaque année, j’ai l’impression qu’en france, on en entend de moins en moins parler.

    Merci à vous, les français au Japon de nous rappeler cette date et à témoigner.

    Félicitations également pour avoir su trouver les ressources pour rebondir professionnellement et surtout d’être resté au Japon il y a 5 ans.

  • Salut Angelo ! Bien débordée ces semaines, j’avais gardé ton article dans les favoris. Donc bon anniversaire à ta petite avec pas mal de retard !
    Merci pour ce partage. C’est fort de relire, au jour le jour, les évènements et de quelle façon ils t’ont touché, à des centaines de km. Tu nous en avais dit un mot lors de notre passage il y a deux ans, mais je comprends mieux maintenant.
    Et ce que tu dis sur les différences entre les info locales et les info dans un autre pays, je l’ai vécu entre France et Egypte aussi concernant des agressions de rue il y 9 ans !
    A bientôt !

    • Merci pour ton commentaire. Ma fille te remercie d’ailleurs 🙂
      j’imagine que ce que j’ai vécu est transposable dans beaucoup de pays avec divers évènements. C’est assez étrange la différence de traitement des infos qui existe parfois d’un pays à l’autre. Comment tout passe par des points de vues différents. Les médias sont des outils fascinants mais qui resteront toujours subjectifs.
      Merci à toi et à bientôt ^^

  • C’est vraiment terrible ce qu’il s’est passé le 11 mars 2011. C’était une grande émotion de voir ces images à la télé en France et ne pas pouvoir faire grand chose à part quelques dons. C’est vraiment un très bel article qui nous ramène un peu dans le passé, et nous rappelle de penser à ces personnes disparues.

  • Il y a bien quelque chose de différent dans ce billet…
    Merci Angelo de ce partage et surtout merci de ton courage et d’être resté.
    Sans cela nous ne t’aurions jamais rencontré l’année dernière lors d’un safari le jour de mon anniversaire et nous n’aurions pas ce souvenir à chérir… car chaque instant passé sur les terres de cette patrie de coeur, chaque personne rencontrée, chaque instant partagé me sont particulièrement précieux.
    Sans l’attachement que j’ai pour ce pays, je n’aurai pu surmonter les épreuves difficiles de ma jeunesse… cela m’a permis de me reconstruire après avoir cru perdre tout ce que j’avais également commencé à bâtir… c’est pourquoi venir au Japon et partager des moments avec des personnes telles que toi a été extraordinaire.
    Alors, je te souhaites une longue vie Angelo, et de continuer à te battre pour tes projets, car eux aussi, ils pourront influer sur la vie d’autres personnes…
    Encore merci.

    Et un bel anniversaire à ta fille.

    • Bonjour Candice,
      Merci pour ce commentaire et pour tes mots chaleureux. Ça me touche 🙂
      Quand on a un blog ou quand on fait un travail avec un contact humain comme le mien, avoir des retours ou des commentaires comme celui-ci ça aide à continuer. C’est un vrai moteur de motivation. Merci infiniment.
      J’espère pouvoir vous revoir tous les deux lors du’n prochain voyage.
      Prenez-soin de vous et merci encore.

      • J’espère aussi avoir l’occasion de te croiser à nouveau, pour de nouvelles aventures ! 🙂
        Merci et portes-toi bien !

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