De passage pour l’éternité ?

On 14 mai 2014 by Angelo Di Genova

C’est toujours étrange de vivre dans des villes immenses comme Osaka. Dans les gares, on se croise tout en faisant bien attention à ne jamais vraiment interagir avec l’autre. On vit ensemble mais sans se connaître. On se tolère mutuellement.

hankyu-station

Dans la société d’aujourd’hui, on ne se bat plus vraiment pour la liberté. On l’affiche encore mais elle est devenue presque banale dans un champ d’antennes et de paratonnerres.

Liberty

Même si on a beau nous dire quand nous devons traverser une route, on est libre d’emprunter celle que l’on veut.

Lixil

La dernière fois que je marchais dans l’allée ci-dessous, je n’imaginais pas que ce serait la dernière fois. Le lendemain, un incendie s’est déclenché dans un de ces petits restaurants de bois collés les-uns aux autres. Une trentaine de maisons ont brulé, envolées en fumée avec les restes d’un Japon populaire « à l’ancienne » voué à disparaitre … un jour. Il paraît qu’un rat aurait rongé un câble qu’il valait mieux ne jamais contrarier. Certains se frottent sûrement les mains à présent, près à nous installer à la place de flambants neufs Starbucks, MacDo ou Uniqlo. Je croise les doigts.

Juso

Chaque créature cherche son chemin,  sa survie, avec toutes les erreurs que cela peut malheureusement parfois engendrer.

green

 On a souvent l’impression d’être en face de quelqu’un quand on place ses pions sur le plateau de la vie.

shogi

On continue de marcher. On avance vers son propre lendemain. Ceux qui suivent le rythme nous entourent. Les autres, on ne les voit plus vraiment à l’horizon. Ce qui est derrière soi n’existe plus.

wataru

Chacun gère son petit monde et s’offre ses libertés ; des moments intimes entre soi et le temps que l’on s’octroie personnellement.

lecture

On descend, on monte. On a même plus besoin de regarder devant soi pour le faire. Du temps en plus pour ne pas lever les yeux.

escalator

J’adore observer ce petit monde qui tourne tout seul. Armé de mon appareil photo et de ma tête blonde, les gens ici pensent que je ne fais que passer. Je suis pour eux un touriste sans lendemain sur ces terres. Alors, je passe, encore et encore. Je m’octroie moi aussi des moments solitaires bien que je sois rarement seul quelque part, même sous la pluie.

sous la pluie

À force de passer, certains finissent par me reconnaître. On se parle. Je deviens peu à peu un des leurs. Non pas ethniquement parlant mais on m’assimile peu à peu à la vie de cette ville qui est leur foyer natal.

déjeuner

Il faudra du temps encore. Des étés et des hivers. Des moments de bonheur. Des crépuscules et des couchers de soleil.

sun

Des pleurs et des rires pour que la vie nous envahisse et transforme cette terre d’accueil en un lieu qui nous apaise. Le genre d’endroit où l’on se dit tout bas qu’il fait bon être chez soi.

12 Responses to “De passage pour l’éternité ?”

  • c’est vrai que c’est plutôt triste cette modernisation et cette aseptisation à outrance du Japon … reste quand même un pb de salubrité quelque fois (très bien mis en valeur par certaines de tes photos d’ailleurs).

    Peut être qu’un jour, cette position du tout standard fléchira un peu pour repenser une ville faite pour ceux qui y vivent et pas ceux qui la vendent.

    Tu vois, même si je suis loin de ton niveau, tu me rends presque aussi rêveur et poétique que toi …

    Seb

    • Hé hé ! Envolée lyrique en commentaire ^^
      Heureusement, j’ai bon espoir qu’il reste toujours des endroits « hors contrôle ».
      J’aime aussi les endroits flambants neufs mais j’aimerais seulement que tout ne devienne pas ainsi. On en est loin encore mais ça fait juste mal au coeur de les voir se faire grignoter à petit feu.

  • Ce n’est pas une aseptisation du Japon, c’est une aseptisation mondial auquel on a affaire malheureusement…

  • Bonjour,

    Pour les vieilles maisons urbaines, espérons que le caractère traditionnel soit conservé – tout en pensant à la sécurité et au confort des habitants. Certaines municipalités agissent, il me semble. Mais ce serait dommage de ne retrouver ces machiya qu’à Kyôto… Fais-tu parti d’une association de préservation ? Il en existe peut-être à Ôsaka ? Ce serait, je pense, un des meilleurs moyens pour agir.

    Pour la fille sur l’escalator, ça va encore : elle se cherche certainement une bonne musique ! ;) Le pire, ce sont les couples dont le garçon et la fille, l’un à côté de l’autre, sont chacun plongés dans leur smartphone…

  • Très inspirant et immersif Angelo ! Bravo !

  • Encore un très bel article ! J’ai trouvé ça très bien de parler de « tolérance », le rapport direct se perds c’est évident. Et je suis en train d’en donner un exemple : Si je t’avais croisé faire ces photos dans la rue je n’aurais sans doute pas osé venir te féliciter, ce que je n’hésites pas à faire une fois sur mon ordinateur : supers photos :)

  • Trés bel article, et trés belles photos.
    Merci

  • Bon, c’est la première fois que je commente (je n’osais pas, mais j’ai demandé la permission à David).

    Il semblerait que, comme moi, cette aptitude qu’ont les Japonais à détruire des morceaux de leurs villes qui sont des morceaux d’histoire pour en faire table rase et y construire des monstres de verre, te perturbe.

    C’est vraiment la chose à laquelle je n’arrive pas à me faire ici. Après avoir tant vu de clinquant et de modernité, on a envie de retrouver un petit bout de nostalgie, comme on la trouve dans les vieux quartiers ou les bars sous les rails par exemple. Le Japon d’après-guerre ou de l’Ere Taishô, c’est quelque chose que je recherche dans Tokyo… Respirer un peu de l’époque moderne quand elle n’était pas encore aseptisée.

    • Bienvenue à toi sur mon blog. Il ne faut pas hésiter à commenter ici :)
      Oui, l’inconsistance qu’il peut y avoir au Japon est parfois fatigante. On a quelque fois l’impression que tout est plat dans ces villes qui cultivent l’artificiel et le paraître comme si c’était les seules valeurs d’un développement sain.
      Au Japon c’est souvent tout ou rien. Ce pays alterne le modernisme consumériste avec des zones en complète opposition. Ce qui me fascine avec des villes comme Osaka ou Tokyo ce sont les contrastes qu’il peut y avoir entre ces deux visages du Japon. Un pays à deux vitesses. Ces dernières se démarquant de plus en plus à mesure que le temps passe.

      • Il faudra certainement un jour qu’on se rencontre. Je crois qu’on a pas mal de points communs sur nos visions de ces deux villes. Je sais que tu aimes les vieux quartiers et je les adore aussi (et ils se prêtent tellement à la photo). Un jour peut-être pourra-t’on discuter devant un verre à Tokyo ou Osaka. ;)

  • Jolies photos ;)
    Je vais à Osaka en Octobre :)

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