Dimanche 11 septembre 2011
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Aujourd'hui, c'est le 11 septembre. Le monde pensera probablement que cela fait 10 ans déjà que les Twin Towers sont tombées à New York. Quand à moi, comme pour beaucoup d'autres, ce sera plutôt
une date marquant les 6 mois écoulés depuis le tsunami du 11 mars.
6 mois déjà. Autant dire que ça passe vite. Je me rappelle encore très clairement de tout ce que j'ai vu ou enduré au printemps dernier avec cette catastrophe déclarée historique. Un jour, je
pourrais dire : "j'y étais". Pourtant, comme ceux qui vous disent "j'ai vécu la guerre", mais qui n'ont participé à aucune bataille, j'ai vécu cette catastrophe sans être directement touché.
Je me rappelle le choc des images des villes côtières dévastées par le tsunami. Je me rappelle avoir attendu que la centrale Fukushima explose en crachant tout son venin. Je me rappelle avoir
regardé le ciel en me disant qu'il était peut-être chargé plus qu'à la normale de radiation. Je me rappelle avoir pris du gros ruban adhésif en main dans un supermarché en pensant que ça pourrait
servir pour boucher les arrivées d'air chez moi ; puis, je l'ai reposé. Je me rappelle surtout avoir dû convaincre mes proches que rentrer en France n'était pas la seule et unique solution
possible. Je me suis inquiété pour mes amis vivant à Tokyo et je regardais les infos qui passaient en boucle, sur toutes les chaînes, françaises, japonaises, constatant les grandes différences
qu'il y a avait entre-elles.
Aujourd'hui, avec le recul, je repense à ces quelques publicités qui passaient sur les ondes nipponnes. Des pubs réservées pour les périodes de crise. Fini les annonces de Kirin et les bruits de
gorgées exagérés, pas viandes grillées en gros plan, pas danse Pocky, pas de Instant Ramen fumants ou de maquillages. Aux images désastreuses succédait ça :
Ce spot est presque nostalgique. Je peux dire sans me tromper qu'il a cassé la tête à tous ceux qui étaient au Japon à ce moment-là. Marrant au début, il est vite devenu gonflant quand il passait
deux fois par minute.
Dans un autre genre, il y avait ça :
Mais aussi l'intervention de célébrités, notamment le groupe Smap :
Tant que ces pubs subsistaient, la crise était toujours considérée comme intense. L'accalmie fut proportionnelle à la diminution de ces spots exceptionnels. Un vrai indicateur donc, tout comme le
retour progressif des émissions de variétés ou des séries, à mesure que le temps passait.
Je me rappelle aussi ces confessions d'un ami japonais :
«Je suis désolé de ce qui se passe en ce moment. Je suis désolé que mon pays mette mal à l’aise les étrangers. Nous sommes heureux de voir que tant de pays veulent bien nous aider, mais, en
même temps, cette catastrophe c’est notre problème ; c’est à nous de l’assumer. C’est peut-être impossible, mais j’aimerais que les Japonais soient capables de la régler sans déranger les
autres».
Je le comprends mais je ne peux m'empêcher de voir dans ces confessions le signe qu'il ne se sent pas lié au monde comme nous autres Occidentaux. Il y a les Japonais, et les autres. Un peu comme
s'il ne réalisait pas que le Japon se trouve sur la même terre que tous les autres pays du monde. Pourtant, nous sommes tous réunis sous le même toit et l'on doit se serrer les coudes pour le
protéger, peu importe où la fissure survient.
Pendant 10 jours après le tsunami, j'ai écrit des notes que je garde précieusement et qui retracent ce que j'ai vécu. Un jour, je les relirais sûrement, en souriant face à certains détails,
endurci que je serai par le formidable recul sur les choses que nous offre le temps qui passe.
Dans un état presque second, paralysé par les images des maisons en lambeaux, j'ai composé mon premier vrai Haiku à cette époque où les arbres allaient commencer à fleurir, comme ils le font
chaque année :
"Débris asséchés
Dans mon coeur en mille morceaux
L'orée du printemps"
Une pensée encore pour les nombreuses victimes ainsi que pour tous ceux qui ont été touchés de près ou de loin par la catastrophe du 11 mars 2011.
Retour en arrière
- le 11 mars : Séisme au Japon
- le 12 mars : Et pendant ce temps là . . . à Osaka
- le 13 mars : Et pendant ce temps là . . . à Kyoto
- le 20 mars : Une lueur au bout du tunnel
- le 25 mars : Solidarité
- le 27 mars : Visiter le Japon c'est une marque de solidarité
- le 29 avril : Golden Week en Jazz à Tokyo